Dans le village de Nguène Sérère, au sein de la commune de Missirah, dans la région de Tambacounda, une quinzaine de femmes s’activent autour d’une farine obtenue à partir de banane, utilisée aussi bien pour la bouillie que pour la pâtisserie. Cette activité, qui représente une source de revenus complémentaires pour les femmes de Nguène, ambitionne de positionner la localité comme le pôle principal des produits dérivés de la banane.
Un trajet plutôt sinueux nous conduit jusqu’au village de Nguène Sérère, situé dans la commune de Missirah à Tambacounda. En quittant la Route nationale n° 4, qui relie Tambacounda à Kolda, on découvre une piste en latérite flanquée d’une végétation encore marquée par les feux de broussailles qui ont dévasté la zone.
Au détour d’un village appelé Dialiko, nous empruntons une voie de terre qui nous mène à Nguène Sérère, l’une des grandes zones de production bananière de Tambacounda. À cet endroit réside un petit trésor: le centre de transformation de la banane Germaine Ndione.
Ce projet, né il y a environ vingt ans dans le cadre du programme Femmes et agriculture résiliente au Sénégal (Far), réunit plus d’une quinzaine de femmes du village. À l’intérieur du site, des tables présentent des rondelles de banane finement taillées et proches de l’étape de maturation, destinées à l’inspection des visiteurs.
Avec délicatesse et minutie, Rose Tine, l’une des femmes chargées de la transformation, retourne les rondelles pour assurer un séchage uniforme. « Nous les faisons sécher au soleil pendant trois jours afin qu’elles deviennent simples à moudre et donnent une farine de banane de qualité », affirme-t-elle.
Poursuivant la visite, elle montre le complexe qui comprend un bâtiment principal destiné au stockage et au conditionnement, un séchoir couvert d’une grande bâche en plastique, une salle dédiées au moulin et des panneaux solaires fournissant l’électricité au centre.
D’un rythme énergique, elle décrit tout le procédé de fabrication de la farine de banane. « Nous prenons des régimes de bananes que nous cultivons autour de Nguène, puis nous les nettoyons avec une solution javellisée et les découpons en rondelles pour les laisser sécher à l’air libre ou dans le séchoir pendant trois jours », précise Rose Tine, chargée de la transformation.
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L’État sollicité pour la commercialisation
À l’intérieur du bâtiment principal, des femmes en blouses bleues et masques couvrant leurs visages travaillent à la transformation de cette farine de banane. Elles parviennent à produire plus de 25 kg de produits dérivés à partir de cette farine, sous forme de « thiakry », « araw » (granulés), « sankhal » (semoule) et « sunguf » (farine), destinés à la bouillie ou à la pâtisserie.
Ces produits, selon les promotrices, sont ensuite conditionnés dans des sachets de 400 g, vendus autour de 1500 FCfa l’unité et livrés sur commande à des clients issus de tout le Sénégal.
Non loin de là, Chantal Tine, présidente du groupement des femmes transformatrices de Nguène, demeure attentive à chaque étape du processus de transformation et insiste sur les règles d’hygiène.
Cette activité occupe les femmes trois fois par semaine et constitue pour elles un revenu d’appoint, leur permettant de subvenir à leurs besoins. Elle indique en moyenne une rémunération d’environ 15 000 FCfa par transformatrice.
« Nous comptons une dizaine de femmes qui travaillent sur les champs et dans l’unité de transformation afin d’offrir à nos clients des produits de qualité. Nous alimentons aussi un réseau d’intermédiaires qui viennent s’approvisionner chez nous et revendre nos produits à Thiès, Diourbel et Dakar », affirme-t-elle.
Cependant, Chantal Tine ne cache pas son souhait de voir l’État apporter un soutien plus important pour accroître la part de leur produit dans la chaîne de valeur.
« Nous disposons de produits polyvalents qui pourraient servir de nombreuses manières. Les pelures de banane pourraient être utilisées en cosmétique et en pharmacopée. Si l’État pouvait faciliter l’obtention de machines pour éplucher les bananes, cela allègerait la charge de travail des femmes », soutient-elle, appelant en outre à la mise en place d’un réseau de partenaires commerciaux pour mieux écouler leurs produits dans les grandes surfaces et les marchés, conclut-elle.