À mesure que les réseaux sociaux favorisent l’aspiration à un teint plus clair, les produits dépigmentants suscitent des préoccupations croissantes chez les professionnels de santé. Troubles pigmentaires, infections cutanées, diabète, hypertension artérielle, difficultés de cicatrisation et risque accru de cancer de la peau figurent parmi les complications évoquées par le Dr Mame Aminata Ndir, dermatologue. Dans cet entretien, elle met en garde contre les dangers d’un usage prolongé de l’hydroquinone et des corticoïdes, et appelle à une prise de conscience renforcée des répercussions de la dépigmentation sur la santé.
Entretien
Quels sont les risques liés à l’utilisation des produits éclaircissants, notamment l’hydroquinone et les corticoïdes ?
Les produits dépigmentants peuvent engendrer diverses complications. En ce qui concerne l’hydroquinone, les effets les plus fréquemment rencontrés concernent des troubles pigmentaires, particulièrement l’ochronose exogène, qui se manifeste par une coloration anormale de la peau. Certaines lésions peuvent devenir préoccupantes après exposition au soleil. Pour ce qui est du risque de cancer de la peau, les inquiétudes restent nombreuses sur le plan médical. Les corticoïdes, fréquemment présents dans les mélanges éclaircissants, peuvent provoquer un éventail important de complications cutanées. Ils fragilisent la peau et favorisent les infections bactériennes, les abcès, la gale et les infections fongiques. Dans certains cas, les complications peuvent nécessiter une hospitalisation, notamment en cas d’érysipèle, infection cutanée fréquente touchant les membres inférieurs. On peut également observer des vergetures et un amincissement de la peau. Lorsque les corticoïdes sont absorbés par l’organisme, leur usage excessif ou prolongé peut entraîner des complications générales, telles qu’une élévation de la glycémie, le diabète, l’hypertension artérielle et, dans certaines circonstances, une atteinte rénale.
Comment la dépigmentation fragilise-t-elle la peau et quels signes doivent alerter les utilisateurs ?
La mélanine joue un rôle essentiel dans la protection de la peau contre les rayons ultraviolets. Certains produits dépigmentants perturbent sa production ou sa répartition. En réduisant cette protection naturelle, ils peuvent rendre la peau plus vulnérable aux effets du soleil et à certaines lésions cutanées. Le niveau de risque dépend toutefois des substances utilisées et de leur mode d’utilisation. Plusieurs signes doivent alerter les personnes qui utilisent ces produits. Une prise de poids inhabituelle peut notamment être liée à l’utilisation prolongée de corticoïdes puissants, qui peuvent aussi perturber le métabolisme du sucre et modifier la répartition des graisses. Il faut également surveiller l’apparition de plaies, de vergetures, d’un amincissement de la peau ou de lésions pigmentaires persistantes sur le visage et le dos. Une accumulation anormale de graisse à la base du cou, appelée bosse de bison, peut évoquer un excès d’exposition aux corticoïdes. Face à ces signes, une consultation médicale s’impose.
Quels sont les dangers de ces produits et quelles complications avez-vous rencontrées dans votre pratique ?
L’utilisation de corticoïdes puissants, notamment dans des préparations dépigmentantes appliquées sur de grandes surfaces du corps pendant une période prolongée, peut présenter des risques pour la mère et le fœtus. Certains effets indésirables peuvent toucher le développement du nourrisson. Les risques dépendent toutefois du produit utilisé, de la dose et de la durée d’exposition. La dépigmentation peut également compliquer la prise en charge chirurgicale. Une peau fragilisée peut présenter des difficultés de cicatrisation. Dans le cadre d’une césarienne, cela peut notamment compromettre la bonne cicatrisation de la plaie opératoire et compliquer les soins postopératoires. Dans ma pratique, j’ai rencontré des cas de cancer, de diabète et d’hypertension artérielle, ainsi que des complications cutanées.