Déficit de communication institutionnelle et risques liés aux suppositions

26 novembre 2025

Le déplacement « inattendu » du Premier ministre Ousmane Sonko vers les Émirats Arabes Unis, et sa coïncidence avec le départ officiellement annoncé du chef de l’État Bassirou Diomaye Diakhar Faye pour Luanda (Angola) alimentent la controverse ! La tradition républicaine n’admet pas l’absence simultanée des deux têtes de l’Exécutif. À cela s’ajoute une carence de communication institutionnelle qui a donné lieu à toutes sortes de spéculations.

Le samedi 22 novembre 2025, le Premier ministre Ousmane Sonko a pris la direction des Émirats Arabes Unis, dans ce qui a été perçu par l’opinion comme une initiative « surprise ». De son côté, l’agenda présidentiel prévoyait le départ du chef de l’État dimanche pour Luanda, afin de participer au 7ᵉ Sommet Union Européenne – Union Africaine, entamé la veille.

Selon A. M. Diop, professeur de droit constitutionnel, il n’existe pas de texte légal interdisant formellement l’absence concomitante du Président et du Premier ministre, mais la tradition — voire la pratique républicaine — veut qu’au moins l’un des deux chefs de l’État demeure sur le territoire afin de pouvoir faire face à une éventualité d’urgence. « Or, l’agenda officiel prévoyait le déplacement du président vers Luanda pour dimanche. Or, le samedi, le Premier ministre quittait le pays pour l’étranger. En pratique, lorsque les deux se trouvent absents, c’est généralement le ministre de l’Intérieur, épaulé par le ministère chargé de la Sécurité publique, qui assure l’intérim. Cela signifie renforcer la supervision intérieure et la sûreté de l’État », explique ce juriste.

A en croire Dr Momar Thiam, expert en communication politique et institutionnelle, la règle républicaine voudrait qu’ils ne s’absentent pas simultanément. « Au pire, un bref communiqué de la Primature informant du déplacement du Premier ministre serait le bienvenu, afin d’éviter toute interprétation tendancieuse de ce voyage qui suscite des discussions », affirme-t-il. Le tout renforce ce qu’il appelle la « fantasmagorie politique » et alimente davantage des rumeurs malveillantes sur les liens entre le président et son Premier ministre. « Il faut espérer que les résultats et les retombées de cette visite, largement commentée, justifieront l’indignation qu’elle a provoquée », avance l’ancien membre du pôle Communication de la Présidence sous le mandat de Me Abdoulaye Wade.

Combler les lacunes d’information officielle…

Quoi qu’il en soit, le différend ou le malentendu « feutré » entre le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko constitue un contexte qui influence nécessairement chacun de leurs gestes. Leurs déplacements et leurs rencontres font l’objet d’un examen minutieux de la part d’une large portion de l’opinion, qui suit ce « mélodrame politique » tel une série télévisée à plusieurs saisons. Le silence assourdissant du président de la République, Diomaye Faye, perçu comme une force tranquille, tranche avec les actes, discours et comportements des fidèles et militants de son Premier ministre Ousmane Sonko. Des patriotes affichant l’image de « Sonko » n’hésitent pas à profiter de chaque occasion pour attaquer le président de la République, jusqu’à révéler des détails des rencontres du bureau politique du Pastef. Autant de situations qui créent un malaise et offrent des occasions propices à des interprétations hâtives des faits et gestes des différents protagonistes.

En période de crise politique comme celle que nous vivons, la communication institutionnelle doit être stratégique, régulière, anticipative, proactive et transparente. Elle s’articule autour d’un plan de communication préétabli et la diffusion de communiqués officiels via des canaux appropriés. L’objectif est de limiter les impacts négatifs sur la bonne marche des institutions de la République et viser à construire une image positive de l’État. Et surtout de rassurer les citoyens et les hôtes étrangers ainsi que les investisseurs qui vivent ou travaillent parmi nous. Comme quoi, toute absence de communication institutionnelle entraine des suppositions (interprétations, hypothèses). Outre les citoyens lambda, journalistes et analystes politiques sont bien dans leur rôle de combler les lacunes d’information et de communication officielle.