Le village de Thiallane a vécu, lundi 5 octobre 2026, un après-midi chargé d’émotion avec le rappel à Dieu de son doyen, Elhadji Idrissa Thior. Le patriarche aurait dépassé les cent ans selon les témoignages reçus, et son départ laisse un vide immense dans cette communauté insulaire du Bassoul, dans les îles du Saloum (Foundiougne). Affectueusement surnommé « Mama Aladji » par les plus jeunes, il était le père biologique du journaliste Mamadou Thior, ancien président du Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias (Cored).
FOUNDIOUGNE – Désormais, Thiallane devra apprendre à vivre sans lui. Elhadji Idrissa Thior est intervenu dans l’histoire comme une étoile qui s’éteint, lundi après-midi. Un géant a chuté, et aussi sûr qu’un baobab tombe ou qu’une bibliothèque brûle, la disparition d’un homme qui aura consacré sa vie entière à son village se ressent fortement. Le décès du doyen, âgé de plus d’un siècle, a plongé le village insulaire de Bassoul dans le chagrin et la consternation. Dès l’annonce, les témoignages ont afflué, que ce soit par appels téléphoniques, messages sur les réseaux ou simples rencontres : tous ont salué celui qui, tout au long de son existence, a servi sa communauté avec dévouement et bienveillance. Son sourire légendaire et sa voix marquée par la tendresse resteront gravés dans la mémoire collective de Thiallane, ce village mythique dont il a assuré la stabilité pendant plus de vingt années. Homme pieux et généreux, « Mama Aladji », comme l’appelaient les plus jeunes, part humblement, laissant une population en deuil.
« Un homme de vertu est parti. Nous avons perdu un père, un grand-père qui a servi ce village avec honneur. Il était vraiment aimé de Dieu », témoigne Kolwane Sarr, octogénaire qui a connu le patriarche de près et l’a accompagné pendant de longues années.
Dans des propos similaires, Moussa Amsa Sarr, très proche du sage, se fait l’écho d’un homme discipliné et engagé, attaché au travail. Selon lui, Elhadji Idrissa Thior a toujours accompli ses tâches avec sérieux et détermination. Cette figure emblématique a rempli sa vie selon l’adage de se nourrir à la sueur du front, tel que l’enseigne le Créateur. Par conséquent, il a inspiré des générations entières en occupant divers postes de responsabilité durant sa vie adulte. Au début des années 2000, il a pris les rênes du village et y est resté jusqu’en 2022, avant de passer le témoin à la prochaine génération. Détenteur d’un esprit démocrate, il avait été élu chef du village à la suite d’un scrutin organisé par les habitants, après le décès de Mory Thior, son prédécesseur. Ayant atteint l’âge avancé, Mama Aladji a transmis la charge à Bakary Léna Thior qui, depuis près de quatre ans, dirige les destinées de l’île surnommée le Margouillat.
Le décès du patriarche n’affecte pas uniquement Thiallane, mais résonne aussi dans le milieu médiatique, puisqu’il était le père biologique de Mamadou Thior, journaliste à la RTS et ancien président du Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias (Cored). Un homme que le vieux Thior avait comblé d’affection paternelle et qui a, lui aussi, laissé une trace dans la presse nationale. Le Sénégal peut être fier d’avoir compté dans ses rangs ce patriarche qui a donné naissance à un fils qui a marqué le monde de la presse.
Au-delà du rôle de chef de village, l’héritage du défunt sage s’étendait bien plus loin. Il avait déjà effectué le pèlerinage à la Mecque en 1960 et, avec Fodé Ansou, figure marquante, il figure parmi les premières personnes du village à avoir rendu visite au prophète de l’islam, Mouhammad (PSL).
Pendant de nombreuses années, Mama Aladji a porté sur ses épaules la coopérative villageoise chargée d’acheter et de grillager la sardinelle, activité qui a rythmé l’économie locale et renforcé les liens communautaires. Sa prestance et son influence ont résonné bien au-delà des frontières de Thiallane, atteignant des lieux tels que Djifère, à Palmarin (Fatick), et même des régions de Gambie, où son leadership a été reconnu et respecté.
Au-delà des aspects temporels, ce grand-père exemplaire était intrinsèquement attaché à la foi : fidèle assidu, la mosquée était pour lui une demeure secondaire, où il puisait force et consolation au quotidien.