Après une décennie d’errance, de difficultés et d’espoirs déçus, sa détermination n’a pas fléchi. Aujourd’hui, agripreneur prospère et employeur de son propre domaine, Mouhamed Demba Camara démontre que la terre peut nourrir les plus belles revanches.
Dès l’entrée de son champ, sur un mur qui attire le regard dès les premiers pas, Mouhamed Demba Camara a gravé en grosses lettres la devise : « Seul est vaincu celui qui renonce ». Cette parole condense le chemin atypique de cet originaire de Fimela, dans le Sine, autrefois tenté par la migration clandestine et devenu aujourd’hui l’exemple vivant d’un agripreneur agroécologique. Il y a une dizaine d’années, comme des milliers de jeunes Sénégalais, Mouhamed Demba Camara aspirait à autre chose. Son but était clair et crucial : gagner une vie meilleure, soutenir sa famille et réaliser quelque chose de tangible pendant sa vie active. Il n’a pas su résister à l’appel de l’aventure et a vécu ainsi six ans en Mauritanie et deux ans au Mali.
À son retour au Sénégal, il a sillonné plusieurs régions, notamment Fatick et la Casamance. Au total, près d’une décennie marquée par l’errance, les épreuves et les espoirs qui se déçoivent. « Ça n’a pas pris », résume-t-il. Pourtant, il peut aujourd’hui être fier de son parcours. De retour dans son village, il prend contact avec le directeur de son ancienne école, Gora Ndiaye, et lui confie ses péripéties et ses doutes. Celui-ci l’encourage à tenter « une autre expérience ». En 2017, il intègre la « Ferme-école agroécologique de Kaydara » (Jardins d’Afrique), à Keur Samba Dia, dans la commune de Fimela. Soutenue par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao) et des partenaires locaux, cette formation de neuf mois en agroécologie et agriculture biologique va tout changer pour lui.
Dans ce cadre, l’apprentissage est avant tout pratique : chaque stagiaire bénéficie d’une parcelle individuelle d’environ 1000 m², qu’il gère sous sa propre responsabilité. Mouhamed y découvre la culture multi-étagée, les associations culturales, la gestion durable des sols, les traitements naturels, la production de semences et de pépinières, ainsi que les bases de l’élevage et de la transformation. La formation intègre aussi un volet essentiel : l’entrepreneuriat (gestion financière, commercialisation et élaboration du projet personnel).
Ayant ainsi obtenu une véritable qualification professionnelle, il se voit confier un hectare aménagé qu’il transforme en modèle de diversification. Mangues, cocos, agrumes, pépinières… Mouhamed réussit une prouesse en associant un grand nombre de cultures sur une surface restreinte. Son champ est luxuriant alors que l’hivernage ne fait que débuter.
Ce champ est devenu le symbole de son dévouement et de sa capacité à se surpasser malgré un parcours semé d’embûches. « On nous a appris la culture multi-étagée. Tout est diversifié ici. Nous produisons un peu de tout », affirme-t-il avec fierté. Après les récoltes, l’entrepreneur agricole saisit les opportunités offertes par le numérique pour écouler sa production. Il déniche ses clients via WhatsApp et les réseaux sociaux. Ces compétences numériques, il les doit à la formation soutenue par la Fao. Aujourd’hui, les résultats dépassent largement ses attentes. Mouhamed Demba Camara emploie une quinzaine de personnes selon les périodes, dont un ouvrier permanent, et parvient à épargner pour financer d’autres projets, comme la construction de sa maison. Polyvalent, il est également puisatier et réalise des ouvrages dont le coût varie entre 500 000 et plus d’un million de FCfa.
Interrogé sur ce qui lui donne désormais la motivation de ne plus tenter l’aventure migratoire, il répond sans détour : « Avec une bonne formation, on peut réussir tout en restant chez soi. Ceux qui me connaissent remarquent la différence ». Il ajoute que ce lopin de terre représente pour lui une « seconde naissance ». Mouhamed incarne toute une génération de jeunes Sénégalais qui, après avoir goûté les déceptions d’une migration manquée, ont choisi d’investir leur énergie dans le travail de la terre. Il affirme que son histoire n’est pas celle d’un retour contrait, mais d’une reconversion réussie. Aujourd’hui, ce fermier épanoui est aussi employeur. Son bonheur est désormais lié au pré et il a fini par le comprendre. Mieux, c’est désormais sa nouvelle identité.