Le Premier ministre sénégalais en voyage à travers l’Afrique et le reste du monde, entre plaisirs et ambitions
Notre Premier ministre semble jouir d’un bonheur sans pareil, puisqu’il a l’opportunité de voyager à travers différents pays en Afrique et au-delà, alors que le pays lui-même demeure encore profondément plongé dans une crise profonde. En effet, comme il l’a lui-même reconnu, notre nation est encore tombée au plus bas, au « quatrième sous-sol » de l’échelle économique et sociale. Cependant, M. Ousmane Sonko, en fin mai, a entrepris un voyage dans plusieurs pays ouest-africains. Ce déplacement lui a permis de parcourir au moins trois états et de renforcer son image d’homme d’État visible et crédible. Bien que ce voyage n’ait pas permis d’obtenir des contrats financiers concrets, il a servi à donner à la population ouest-africaine une meilleure idée de sa personnalité, de ses ambitions et de ses capacités, à l’image de ce que la majorité des Sénégalais qui soutiennent son parti ont voulu lui reconnaître en leur âme et conscience.
Une fois cette tournée achevée, le Premier ministre a saisi une invitation pour se rendre en Chine, où il a participé à une rencontre économique baptisée pompeusement « Forum de Davos d’été ». Cet événement doit débuter prochainement dans la ville chinoise de Dalian. Avant cela, il a d’abord profité d’un rendez-vous organisé par l’APIX (Agence française pour l’investissement international), à Hangzhou, pour rencontrer des investisseurs chinois et tenter de les convaincre de s’engager dans des projets économiques avec le Sénégal. Il reste à voir si ce voyage portera ses fruits, en fonction du nombre de contrats qui seront signés et des projets qui seront finalement lancés ou en cours de finalisation. En attendant, il est évident que cette dernière sortie de notre chef de gouvernement pourrait aboutir à la vente de sacs d’arachide, ou, étant donné qu’aujourd’hui le Sénégal pourrait devenir un émirat pétrolier et gazier en devenir, à placer un certain volume de pétrole brut sur le marché international.
Une expédition à 115 millions de francs CFA
Le déplacement du Premier ministre s’est effectué à bord d’un avion privé Falcon 8X, qui est la dernière version des jets privés de luxe fabriqués par Dassault. Bien que cet appareil appartienne à la même compagnie qui lui a loué celui qui l’a conduit en Afrique de l’Ouest, le Falcon 8X est à la fois plus moderne et plus confortable, ce qui était essentiel pour couvrir la longue distance de Dakar à Hangzhou, avec des escales à Athènes en Grèce, à Aqtau au Kazakhstan, puis à Changzhi en Chine. Ce voyage a duré environ 16 heures, escales comprises. Mais la question qui se pose est : cet investissement en vaut-il la peine, sachant qu’il a coûté près de 115 millions de francs CFA ?
Ce montant couvre la location de l’avion, l’équipage, ainsi que les frais liés aux escales et à la gestion de l’aéronef. Il faut aussi noter que cette dépense justifie probablement le fait que l’avion n’ait pas été immobilisé durant toute la durée du séjour du Premier ministre et de ses accompagnants, contrairement à celui qui a été utilisé entre Dakar, Abidjan, Bouaké, Conakry et Freetown, qui a coûté presque le double. Certes, il aurait été difficile d’utiliser l’avion présidentiel de commandement, celui qui est officiellement réservé au chef de l’État, puisqu’il en aurait besoin pour ses missions prioritaires. Toutefois, on peut se demander pourquoi notre chef du gouvernement n’a pas préféré prendre place dans des vols commerciaux. Des compagnies comme Emirates ou Turkish Airlines, contactées à l’avance, auraient pu fournir des avions avec des cabines en première classe, offrant un confort proche, voire supérieur, à celui d’un jet privé. Rappelons qu’en novembre 2014, soit quelques mois après son arrivée au pouvoir, le président Macky Sall avait voyagé sur un vol Dakar-Dubaï-Brisbane pour participer au Sommet du G20 dans cette ville australienne. Cette décision n’avait provoqué aucune critique, et il est probable que le coût pour le contribuable avait été bien moindre.
Un cadeau d’un industriel sénégalais
Selon certains témoignages, l’État sénégalais n’aurait pas eu à débourser un seul franc CFA pour financer les voyages de M. Ousmane Sonko, tant en Afrique de l’Ouest qu’en Chine. Il semblerait que ces déplacements aient été offerts gracieusement par leur propriétaire, un industriel sénégalais de renom. Cependant, il est difficile pour nous de confirmer cette information avec certitude. Si cette version s’avère exacte, elle serait particulièrement scandaleuse. On ne peut imaginer que notre Premier ministre, co-créateur du mouvement « JubJubal-Jubanti », accepterait sans broncher ces dons de la part d’un homme d’affaires. D’autant plus que ce dernier, selon nos informations, a des contentieux en cours avec l’administration fiscale et la Douane sénégalaise, qui lui reprocheraient des manœuvres frauduleuses dans la gestion de ses affaires. Il aurait également engagé une procédure auprès de l’État pour la régularisation d’un titre foncier de grande importance, précédemment retiré par les autorités, qu’il estime indispensable pour l’exploitation de ses activités.
Prendre des « dons » auprès d’un tel individu pourrait ouvrir la voie à des conflits d’intérêts, ce qui serait difficilement acceptable dans le contexte actuel. En outre, si cette hypothèse s’avère fausse, on doit encore expliquer comment, en période de crise économique où l’État peine à financer ses investissements, le Premier ministre peut se permettre de dépenser près de 400 millions de francs CFA pour louer deux avions privés lors de ses déplacements, plutôt que d’avoir recours à des aéronefs militaires ou à des vols réguliers.
Il faut également ajouter aux coûts les frais liés aux missions et à la logistique pour accompagner le chef du gouvernement durant ses tournées. Même si les instructions contenues dans la note circulaire du 22 janvier 2025 ont été scrupuleusement suivies, cela n’enlève rien aux dépenses élevées pour la délégation. Par exemple, pour son voyage en Chine, chaque membre de la délégation, notamment ceux issus de cabinets ministériels ou de la Primature, perçoit quotidiennement 250 000 francs CFA, logement non compris. On peut difficilement imaginer que ces responsables, présents lors du déplacement, puissent rester joignables à tout moment sans être logés à proximité immédiate. Si l’on ajoute à cela les membres accompagnant chaque ministre, cela représente pour l’État une dépense considérable pour une mission à l’étranger.
Une Primature frugale, une Assemblée en luxe
Ce style de modestie apparente contraste fortement avec la flamboyance reprochée récemment au président de l’Assemblée nationale, M. El Malick Ndiaye. La volonté de celui-ci de doter ses collègues de véhicules 4×4 haut de gamme, dont le coût pourrait atteindre 8 milliards de francs CFA, suscite de vives critiques. Un tollé est en train de naître, en particulier après les premières dénonciations de concessionnaires locaux, qui se plaignent d’avoir été exclus d’un appel d’offres, favorisant selon eux des concurrents étrangers. Ce qui accroît la suspicion, c’est le fait que même ces fournisseurs étrangers auraient été introduits par l’intermédiaire de partenaires discrets. Ce manque total de transparence dans la procédure a été dénoncé, y compris par des membres du camp adverse, comme le député Guy Marius Sagna, qui dénonce ne pas avoir été consulté sur cette décision d’achat de véhicules, estimant que ses priorités devraient être ailleurs.
Ce député a également saisi cette occasion pour dénoncer d’autres formes de gaspillage au sein de la classe politique et administrative. Plusieurs responsables du parti au pouvoir, qui occupent des fonctions dans l’administration ou dans des entreprises publiques et parapubliques, n’ont jamais montré une attitude de modération ou de retenue. Certains n’ont pas caché que leur rémunération, bien qu’inférieure à 7 millions de francs CFA mensuels, leur semblait dérisoire. Pourtant, il faut rappeler que ces mêmes responsables ne se sont pas toujours engagés à mener une vie austère ou simple.
Le problème, cependant, réside dans le fait que, selon le dernier rapport trimestriel d’exécution budgétaire pour le premier trimestre de l’année en cours, l’État n’a dépensé que 2,4 milliards de francs CFA pour l’investissement en infrastructures. Pour cette période, les ministres et députés ont donc reçu un montant supérieur à celui investi dans le développement du pays. Si cette tendance devait continuer, cela soulève une question cruciale : combien de temps faudrait-il pour remettre définitivement le Sénégal en marche vers une croissance durable, comme le promettait le leader de Pastef lors de sa campagne électorale, lorsqu’il dénonçait la gestion calamiteuse de ses prédécesseurs ?
Ce contexte rappelle aussi que, durant les premiers mois de son mandat, Macky Sall a hérité d’un pays en situation critique. Son prédécesseur, Abdoulaye Wade, lui avait déjà indiqué que le pays risquait de ne pas pouvoir payer les salaires deux mois après son arrivée. Cependant, Macky Sall s’est rapidement attelé à la tâche, en veillant à garantir le paiement des fonctionnaires, en créant l’Institut national du pétrole et du gaz, pour former la future main-d’œuvre dans cette filière excitante, et en suivant une politique de baisse des prix des produits de première nécessité et des loyers. Après 14 mois de gestion, la situation semblait amorcer une amélioration. Mais aujourd’hui, alors que l’on aurait pu penser que les conditions économiques allaient se stabiliser, le Sénégal se retrouve probablement face à des coupures d’électricité régulières, et le sentiment d’insécurité économique refait surface, notamment chez les plus vulnérables, qui regrettent aujourd’hui même l’époque où, sous Macky Sall, la Bourse de sécurité familiale garantissait un minimum vital à leurs familles, ce que certains de ses actuels opposants combattaient naguère.