Les pluies abondantes qui se sont abattues ces derniers jours sur Dakar et sur divers territoires du Sénégal nous invitent tous à la vigilance. Je pense d’abord à l’ensemble des ménages affectés par ces intempéries et j’adresse mes condoléances les plus sincères aux familles qui pleurent des proches, en particulier suite aux pertes humaines survenues aux Parcelles Assainies et à l’Unité 7.
Au-delà de l’émotion et de la solidarité que réclament les situations d’urgence, ces épisodes imposent une interrogation centrale.
Cette réalité doit aussi être replacée dans un cadre mondial où les dérèglements climatiques deviennent de plus en plus apparents. Des épisodes de précipitations extrêmes et d’inondations affectent aujourd’hui des zones variées, allant de l’Espagne au Mexique, en passant par la Thaïlande, la Grèce, la Malaisie, et bien d’autres pays encore.
En Espagne, ces pluies intenses ont engendré des inondations importantes et d’importants dégâts; des recherches scientifiques récentes indiquent que le réchauffement planétaire a amplifié l’intensité des précipitations lors des inondations catastrophiques qui ont frappé Valence en 2024.
En Thaïlande, les pluies soutenues de septembre 2026 ont touché des dizaines de provinces, y compris Bangkok, avec des répercussions importantes pour les habitants, les infrastructures et l’activité économique.
La Malaisie est aussi fortement exposée aux inondations, qui constituent l’un de ses principaux risques climatiques et dont les effets économiques et sociaux devraient s’aggraver avec l’évolution du climat.
La transformation climatique modifie les paramètres auxquels nos agglomérations et nos zones doivent désormais se préparer. L’Organisation météorologique mondiale rappelle aussi la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes et l’importance cruciale des mécanismes d’alerte et d’adaptation.
Nous ne pouvons donc plus concevoir l’assainissement en se basant uniquement sur les conditions climatiques du passé.
Notre pays connaît lui aussi une vulnérabilité accrue face aux inondations, aussi bien dans les grandes agglomérations que dans les zones périurbaines et rurales.
À Dakar, les épisodes récents ont particulièrement touché divers quartiers des Parcelles Assainies, Grand-Yoff, Front de Terre, Castors, Pikine, Diamaguène, Mbao, Guédiawaye, Keur Massar et Rufisque, engendrant des dysfonctionnements dans la circulation et mettant en péril certains logements ou infrastructures.
Mais le souci ne se limite pas à la capitale.
Des zones rurales et d’autres régions du pays paient aussi le prix des fortes précipitations, avec débordements, accès difficiles et dommages aux logements, aux infrastructures et aux activités économiques. Les chiffres nationaux indiquent que les inondations se répètent depuis plusieurs années et touchent un grand nombre d’habitants, avec une vulnérabilité particulièrement marquée dans les zones urbaines et périurbaines.
Il est donc nécessaire d’envisager Dakar, les autres villes et les zones rurales dans le cadre d’une même stratégie nationale de résilience.
La pluie n’est pas notre adversaire. Elle fait partie intégrante de notre climat. Le véritable défi réside dans notre aptitude à anticiper, canaliser, stocker, traiter, évacuer et mettre en valeur l’eau.
Dakar représente une capitale singulière: une presqu’île, une métropole densément peuplée et le pivot administratif, économique, commercial, sanitaire et éducatif du pays.
Cependant, quelques heures d’averse soutenue peuvent suffire à bouleverser son fonctionnement: routes difficiles, quartiers coupés, moyens de transport ralentis, travailleurs bloqués pour rejoindre leur poste, activités économiques perturbées, et l’accès aux hôpitaux et écoles fortement entravé.
Les pluies du 4 octobre 2026 ont une fois de plus mis en évidence cette fragilité: les déplacements entre Dakar et sa banlieue ont été grandement perturbés, et plusieurs zones de Pikine, Diamaguène, Mbao, Guédiawaye et Keur Massar ont été touchées.
Il ne s’agit donc plus de voir l’assainissement comme une simple problématique technique, mais comme un enjeu économique, social, environnemental et stratégique.
Il ne suffit plus d’attendre l’apparition des premières pluies pour sortir les motopompes et intervenir sur les points sensibles.
Ces interventions d’urgence restent indispensables, mais elles doivent s’inscrire dans une démarche permanente d’anticipation et de prévention.
Je propose l’ouverture d’une réflexion nationale autour d’un objectif ambitieux: Dakar zéro inondation
Une ambition évolutive, mesurable et fondée sur l’expertise, articulée autour de 10 axes stratégiques proposés:
1. dresser une cartographie des zones à risque
2. mettre en place une surveillance intelligente des eaux
3. moderniser et entretenir les réseaux
4. développer des bassins de retenue et des espaces de stockage
5. faire des eaux pluviales une ressource
6. étudier les possibilités d’évacuation maîtrisée vers le littoral
7. moderniser les réseaux d’eaux pluviales et d’eaux usées
8. veiller au respect des règles d’urbanisme.
9. élaborer un plan de résilience économique.
10. faire de chaque commune un acteur de la prévention.
Cette démarche n’est dirigée contre aucune institution. Elle vise à dépasser les polémiques et à bâtir des solutions qui vont au-delà des mandats politiques.
Dakar appartient à ceux qui y vivent aujourd’hui, mais aussi à ceux qui y habiteront demain.
Nous devons donc aller au-delà de l’urgence et inscrire notre action dans une vision réelle de transformation urbaine et territoriale.
Je rêve d’un Dakar où la pluie n’inspire plus la crainte.
Un Dakar où les routes demeurent praticables, où les quartiers disposent d’infrastructures adaptées, où l’eau est récupérée et valorisée, où la technologie permet d’anticiper les risques et où l’environnement est protégé.
Un Dakar propre, accessible, connecté, résilient et durable, à la hauteur du Sénégal que nous aspirons à bâtir.
Les pluies récentes doivent être bien plus qu’un épisode pénible.
Elles doivent constituer un véritable électrochoc.
Le moment est à l’expertise.
Le moment est à la planification.
Le moment est à l’investissement.
Le moment est à la responsabilisation.
L’assainissement de Dakar doit se transformer en un chantier central de la métamorphose de notre capitale, tout en enrayant cette ambition dans une politique nationale de résilience face au changement climatique.
Parce que Dakar ne doit plus être une ville qui attend la pluie pour trouver des solutions.
Et notre objectif doit être net et clair :
DAKAR ZÉRO INONDATION D’ICI 2050
Pour protéger nos populations.
Pour préserver notre économie.
Pour créer des emplois.
Pour protéger notre environnement.
Pour préparer notre jeunesse.
Et pour transmettre aux générations futures une capitale dont nous pouvons être fiers.
Dakar doit devenir une solution, jamais une problématique.