Crise imminente : elle va se propager et s’étendre

14 novembre 2025

(SenePlus) – Le divorce politique entre le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko est désormais acté et irrévocable. C’est l’appréciation exprimée par Assane Samb, journaliste et analyste politique, directeur de Solo Quotidien, qui a pris la parole mercredi 12 novembre sur RFI pour commenter les frictions apparentes au sommet de l’État.

« En clair, les deux dirigeants ne s’entendent plus. Et cela remonte au mois de juillet », avance aussitôt Assane Samb, en désignant la décision de la Cour suprême qui a confirmé la condamnation de Sonko à six mois de prison avec sursis et à 200 millions de francs CFA pour diffamation envers l’ancien ministre de la Culture sous l’ère Macky Sall, un verdict qui « risque effectivement de le mettre hors course pour la présidentielle de 2029 ».

Selon l’analyste, c’est dès cet instant que le lien s’est irrévocablement cassé. « Depuis lors, Sonko est en proie à des accès d’agitation. Il pense que le président serait en partie complice de cette décision de la Cour suprême, ou du moins qu’il n’a rien fait pour l’éviter. Il en veut au président, c’est clair », détaille Assane Samb sur RFI.

Le journaliste souligne aussi que « depuis lors, les deux hommes ne s’entendent plus. On observe fréquemment des attaques très directes du Premier ministre envers le président de la République, et cela se fait le plus souvent en public et ouvertement. »

Le désaccord autour de la direction de la coalition « Diomaye Président » illustre ce clivage. « Dès le 10 septembre, le président de la République avait exprimé le souhait de remplacer Mme Aïda Mbodj à la tête de cette coalition. Et samedi dernier, lors de son meeting, le Premier ministre est intervenu pour affirmer qu’il confirmait Aïda Mbodj », rapporte l’invité de Nicolas Sur. Face à cette opposition frontale, le président a tranché : « il a pris la décision d’annoncer que Mme Aminata Touré remplacerait Mme Aïda Mbodj », rapporte Assane Samb.

Pour l’analyste politique, cette décision marque un tournant majeur : « En annonçant justement le remplacement d’Aïda Mbodj par Aminata Touré, Bassirou Diomaye Faye résiste publiquement et frontalement à Ousmane Sonko pour la première fois. »

Assane Samb voit que le Premier ministre a mis le président dans une position délicate. « Sonko n’a pas laissé au président énormément de marge de manœuvre. Soit il se soumet à ses exigences, c’est-à-dire à sa volonté, soit il assume ses responsabilités », affirme-t-il.

Le directeur de Solo Quotidien n’élude pas son inquiétude face à l’évolution des choses. « Aujourd’hui, il est clair qu’il existe une crise politique profonde qui pourrait se transformation en crise institutionnelle, car elle va toucher l’ensemble des collaborateurs et chacun devra choisir son camp », avertit-il sur RFI.

Interrogé sur la capacité du président à se passer de Sonko, qui a orchestré samedi une « véritable démonstration de force » lors d’un grand meeting du Pastef, Assane Samb répond sans détour : « Il est politiquement contraint; tant que Sonko adoptera ce comportement, Bassirou Diomaye Faye sera forcé de prendre ses responsabilités et de bâtir autour de lui une nouvelle force politique. »

Le journaliste déplore la pression exercée sur le chef de l’État. « La puissance politique du Pastef semble, à nos yeux d’observateurs, exercée au-delà du raisonnable sur le président. Il y a trop de chantage, avec des arguments du type ‘c’est vous qui nous avez élus, vous ne représentez rien, vous n’avez pas de parti, pas de mouvement, rien du tout’. On lui a tout écrit », déclare-t-il sur RFI.

Assane Samb rappelle que « le président Diomaye Faye était co-fondateur du Pastef avec Sonko. Ils ont réfléchi, rédigé les statuts et monté le parti ensemble. Aujourd’hui, Sonko paraît lui faire comprendre qu’en réalité, il ne représente rien au sein du parti. »

Pour l’analyste, le président n’a plus le choix : « Il doit prendre ses responsabilités. Il doit assumer, ou disparaître. On ne peut pas être président pour faire valoir quelqu’un d’autre. »

Questionné sur les soutiens que le président pourrait trouver au sein du Pastef, Assane Samb se montre pessimiste : « Les soutiens ne sont pas nombreux. Les Pastefiens, en général, ce sont des fidèles à Sonko. Il y a un culte de la personnalité exacerbé dans ce parti. Ce ne sont pas des militants, ce sont presque des fidèles », analyse-t-il.

Néanmoins, l’observateur estime que Diomaye Faye pourra évidemment compter sur d’autres forces politiques, notamment des alliés disposant de mouvements, de partis, peut-être même sur certains partis de l’opposition, et sur certains Sénégalais. Mais le constat demeure sans appel : « Il ne pourra pas compter sur le Pastef en tant que parti, ni sur les militants du Pastef qui restent tellement attachés à Sonko qu’ils n’adhèrent à aucune autre figure. »