Le recours au « un mois défalqué » sur le dépôt de caution ne les satisfait plus. Ils jouent à la fois le rôle d’intermédiaires et de négociateurs entre le locataire potentiel et le propriétaire. Les courtiers tirent aisément profit de ce système. Conscients du marché lucratif et en plein essor au Sénégal, ils jouent sur l’urgence et le désespoir des demandeurs. Chercher un logement à Dakar n’est plus qu’un parcours du combattant; obtenir un toit par l’intermédiaire d’un courtier semble pire que la formation imposée à Bango.
Dans une capitale où la demande de logements surpasse largement l’offre, la profession de courtier immobilier s’est métamorphosée en zone qui échappe au cadre légal. Loin des agences immobilières dûment agréées, ces intermédiaires auto-proclamés se font leur propre carnet d’adresses et leurs propres marges. Ils évitent souvent les vraies négociations, et se montrent bien plus discrets quand vient le moment de percevoir leur dû.
Chez eux, c’est la loi du « quand quelqu’un laisse, quelqu’un prend ». Les « seigneurs » de l’immobilier ont franchi un nouveau palier. Avant même de discuter d’un loyer ou d’examiner un contrat, la consigne est claire et sans appel : payer les frais de visite. Un montant compris entre 2 000 FCFA et 5 000 FCFA. Oui, il faut payer pour vérifier si le local convient ou non.
Pourtant, le rôle de ces démarcheurs devrait être transparent, et le métier de courtage demande bien plus que cela. Le courtier immobilier est un professionnel formé pour agir comme intermédiaire neutre dans une transaction. Ceux qui opèrent au Sénégal semblent l’ignorer totalement; la seule chose qu’ils maîtrisent, c’est le montant de leur commission après une vente conclue. Agissant par secteur, ces démarcheurs fonctionnent presque comme une secte : ils se transmettent les numéros et savent précisément qui agit dans chaque quartier.
Le décret n° 2023-382 du 24 février 2023, qui fixe des plafonds de loyer et des conditions d’accès sous la supervision de la Commission Nationale de Régulation du Loyer des locaux à usage d’habitation (Conarel), ainsi que le Code de l’urbanisme (loi n° 2023-20 du 29 décembre 2023), éclairent les choses. Pour les baux dont le loyer mensuel est inférieur ou égal à 500 000 FCFA, le décret plafonne la caution à deux mois de loyer maximum : un seul mois est dû à l’entrée et le solde peut être échelonné sur douze mois, tandis que le paiement du loyer d’avance est désormais interdit.
Mais qu’en font-ils de ces textes et de ces lois ? Ces courtiers avides de miettes continuent d’agir en toute impunité. À quoi servent alors ces lois s’ils ne sont pas appliqués ? Alors même que l’accès au logement ressemble à une quête ardue, la responsabilité n’incombe pas uniquement aux intermédiaires, mais aussi à ceux qui subissent et tolèrent leurs manœuvres frauduleuses.