Le coût du gaz en Europe prend encore une nouvelle envolée ce mardi, porté par les tensions au Moyen-Orient qui ont provoqué la mise à l’arrêt du trafic dans le détroit d’Ormuz et l’arrêt de la production de gaz naturel liquéfié (GNL) par la société publique qatarie, ravivant les inquiétudes liées à une nouvelle poussée inflationniste.
Le contrat à terme du TTF néerlandais — référence du marché européen — s’envolait de plus de 35 % autour de 10h25 GMT (11h25 GMT), s’établissant à 59,950 euros le mégawattheure, un niveau inégalé depuis février 2023, à la suite de la flambée des prix provoquée par la guerre en Ukraine.
Ce niveau reste toutefois inférieur à celui observé en 2022, au tout début de l’invasion russe, lorsque les cours avaient brièvement dépassé les 300 euros par mégawattheure, avec un record à 345 euros.
« La question est de savoir si nous allons revivre le scénario de 2022, où l’explosion des prix de l’énergie avait déclenché une vague d’inflation massive, qui a durement frappé l’économie mondiale », résume Kathleen Brooks, analyste chez XTB.
Niveaux de stocks –
Un responsable iranien a menacé lundi de « brûler » tout navire qui tenterait de franchir le détroit d’Ormuz, goulet d’étranglement par lequel transite environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux, où la navigation est aujourd’hui paralysée.
Par ailleurs, la société énergétique publique QatarEnergy a suspendu lundi sa production à la suite d’une attaque de drones iraniens visant deux de ses principaux sites de traitement du gaz. Entre 10 et 15 % des importations européennes de gaz proviennent du Qatar.
Le groupe américain Chevron a, pour sa part, été contraint samedi par les autorités israéliennes d’arrêter « temporairement » l’exploitation du vaste champ gazier Léviathan, au large des côtes d’Israël.
« Même avant le déclenchement du conflit avec l’Iran, l’Europe se préparait à une période estivale de réapprovisionnement particulièrement difficile », souligne Jonathan Schroer, analyste chez UniCredit.
Les stocks de gaz européens n’étaient remplis qu’à 30 % fin février, contre 62 % fin février 2024, selon la plateforme officielle répertoriant les réserves.
« Bien que l’Europe soit moins directement exposée aux exportations de GNL qatari que la Chine et d’autres clients asiatiques, ce gel des flux par le détroit d’Ormuz intensifiera la concurrence mondiale pour les flux restants de GNL », ajoute M. Schroer.
Factures d’électricité –
Parallèlement, le cours des deux références mondiales du pétrole poursuit son ascention, en hausse de plus de 5 % mardi. Ils affichent une progression d’environ 12 % depuis la clôture de vendredi.
Cette flambée des prix de l’énergie intensifie les craintes d’un phénomène de stagflation dans la zone euro, c’est-à-dire une inflation élevée conjuguée à une croissance fragile, note Neil Wilson, analyste chez Saxo Markets.
Si ce risque n’est pas encore équivalent à celui observé lors de la guerre en Ukraine, le conflit au Moyen-Orient en porte selon lui le potentiel.
« L’évolution des prix dans les semaines à venir dépendra du calendrier de révision du terminal d’exportation de GNL au Qatar », estime Giovanni Staunovo, analyste chez UBS, cité par l’AFP.
« Heureusement, une éventuelle crise devrait avoir un impact moindre sur les factures d’électricité, car davantage d’énergies renouvelables sont désormais connectées au réseau, ce qui réduit le recours aux centrales à gaz », tempère cependant Jess Ralston, du groupe de réflexion Energy and Climate Intelligence Unit (ECIU).
AFP