L’arrivée, d’abord par avion puis par l’accueil enthousiaste de la foule, puis le trajet jusqu’au Palais des Congrès de l’Hôtel Ivoire à Abidjan, où une nouvelle marée humaine était suspendue dans l’attente. Cette fois encore, ce fut une vaste foule, et l’on disait que l’on distinguait « le gouvernement ivoirien au grand complet » au milieu des regards et des vibrations de joie.
C’est ainsi qu’un grand homme posa le pied dans ce pays qui l’accueillait comme l’un des leurs. Maître Abdoulaye Wade, alors ministre d’État, bénéficiait de l’estime des Jeunes Boigny pour présider une conférence lors de la Semaine de la Paix. L’événement faisait suite à l’attribution du Prix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, remis à Paris sous l’égide du président Abdou Diouf.
Monsieur Paul Akoto Yao, à l’époque président de la Fédération mondiale des clubs et associations UNESCO (ancien Premier ministre lui aussi), ne manqua pas de s’adresser à lui avec une considération égale à celle qu’il éprouvait pour lui.
Le Soleil relatait ainsi l’éloge qui entourait Wade : « Je salue en vous ce génie africain qui honore le continent, l’homme de conscience et de science, l’homme de devoir et le défenseur des Droits de tous et de chacun, l’homme de raison et parfois de déraison calculée et voulue ».
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Ces mots charriaient la synthèse d’un homme qui allait expliquer à ses hôtes ce que signifiait et ce que portait le Prix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix. À Abidjan, la rencontre fut placée sous la présidence du Premier ministre Alassane Ouattara. On relève également la présence du secrétaire général du Pdci-Rda, Laurent Dona Fologo, ainsi que celle du Grand Chancelier Koffi Gadeau.
On remarqua en outre l’éclat et la maîtrise avec lesquelles Maître Abdoulaye Wade aborda son sujet. La Une de Fraternité-Matin, après la conférence, disait long sur le niveau de satisfaction des personnes présentes, qui tenaient à prendre la parole avec lui. Le quotidien affichait en gros titre : « Maître Wade : Brillant convaincant ».
Brillant, convaincant… honoré. Le ministre d’État affirma sa joie et son honneur d’avoir été choisi par Abidjan pour porter ce message. Il n’évita pas de mettre en lumière la jeunesse africaine dans son allocution et insista surtout sur la nécessité de préserver la paix.
Que proclamait le président Houphouët ? « Sur le chemin difficile qui nous conduit vers le bonheur, face aux difficultés de toutes sortes, le président Houphouët-Boigny nous a légué un bouclier : la Paix, et une arme : le dialogue ».
Paul Akoto Yao avait sans doute raison lorsqu’il évoquait en Wade « celui qui représente si magnifiquement la synthèse harmonieuse d’un tas d’ambitions, de luttes, d’espérances, de souffrances pour finir par persuader que tout passe par la compréhension, par la tolérance et le dialogue ».
Parce que le dialogue est un bouclier face au chaos, « s’adressant à nos populations, le message invite à résister à la tentation de l’affrontement ». Abdoulaye Wade, lors d’un jour de février 1992, s’adressait à un public ivoirien et, par là même, à tout le continent africain. Tout le continent !