À 30 ans, Omar Africa, de son vrai nom Oumar Soumaré, figure parmi cette jeune génération de créateurs de contenus qui a façonné la mobilisation politique et citoyenne au Sénégal. Après plusieurs années passées dans le Royaume chérifien, il est revenu au Sénégal en 2021, animé par l’envie de servir sa patrie et d’accompagner un projet politique qu’il estime porteur d’espoir. M. Soumaré revient, dans cet entretien, sur son rôle aux côtés de Pastef, l’influence des réseaux sociaux, « nouveaux médias », la vie publique et la responsabilité qui incombe aux créateurs de contenus dans l’espace public sénégalais.
Le parti Pastef a bâti une grande partie de sa victoire sur la mobilisation des jeunes via les plateformes numériques. Comment analysez-vous le rôle joué par les créateurs de contenus lors de l’élection de mars 2024 ?
La réussite électorale de Pastef à l’occasion de l’élection présidentielle du 24 mars 2024 illustre la prééminence des réseaux sociaux par rapport aux médias traditionnels. En réalité, derrière ce triomphe, on peut observer au fil du temps que ces plateformes sont devenues des terrains d’influence privilégiés pour Pastef. C’est pourquoi de nombreuses figures de l’ancien régime l’avaient déjà surnommé « candidat des réseaux sociaux », et l’histoire a montré que cela les a Menés là où ils ne l’imaginaient pas.
Dans ce sens, si l’on remonte l’histoire, des débuts fulgurants jusqu’à l’exercice du pouvoir, on perçoit clairement l’apport majeur de ces outils numériques depuis l’arrivée de Pastef au pouvoir. Pour la première fois, les créateurs de contenus ont réussi à convertir leur influence digitale en un levier de mobilisation des masses. Grâce à des canaux variés tels que TikTok, Facebook, X (anciennement Twitter) ou WhatsApp, nous avons éveillé une conscience critique parmi les jeunes qui n’avaient pas toujours accès aux médias traditionnels.
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Le contenu de ces productions vidéo était hétérogène, mêlant des séquences explicatives courtes et des appels à la mobilisation lors des marches et manifestations politiques du parti. Cette variété de formats diffusés sur les réseaux sociaux a permis de toucher l’ensemble des jeunes, des lycéens aux étudiants, des travailleurs aux Sénégalais résidant à l’étranger. Les créateurs de contenus ont ainsi joué le rôle de passerelle entre la sphère politique et la population, en rendant l’information accessible en temps réel, avec la jeunesse comme cible privilégiée.
Depuis l’avènement de Pastef jusqu’à son accession au pouvoir, en mars 2024, les médias traditionnels ont été mis de côté au profit des réseaux sociaux. En tant que créateur de contenus, comment le voyez-vous ?
Plusieurs facteurs expliquent cette dynamique. Aujourd’hui, les médias occupent une place importante dans la société sénégalaise, mais il faut reconnaître qu’à l’époque nombre de supports traditionnels partageaient une proximité trop marquée avec le pouvoir. Cela empêchait une diffusion équilibrée et sans filtre des messages de l’opposition.
Pastef et son leader ont saisi une opportunité majeure en utilisant les réseaux sociaux pour vulgariser leur message et atteindre directement la population ciblée, sans filtre ni distorsion des faits. Parallèlement à ces médias traditionnels, les réseaux sociaux ont offert un espace de liberté où la communication du parti pouvait être plus directe avec les jeunes.
Sur ces plateformes numériques, Pastef et ses dirigeants ont trouvé des créateurs de contenus capables de transmettre les informations selon leurs besoins. C’est grâce à ce lien familier que les liens entre le parti et les jeunes se sont renforcés. En réalité, ce changement radical, passant des médias traditionnels aux réseaux sociaux, reflète aussi une mutation profonde dans notre façon de consommer l’information.
Pastef et son leader, Ousmane Sonko, ont organisé un meeting politique le samedi 8 novembre 2025. En tant que créateur de contenus, comment avez-vous travaillé avec les membres du parti pour vulgariser cette manifestation politique ?
Pour ce meeting, l’objectif était clair. D’une part, il s’agissait de veiller à ce que l’information circule largement auprès des populations, en particulier les jeunes, afin qu’ils s’informent davantage via les réseaux sociaux sur les tenants et aboutissants de cet événement politique.
La stratégie reposait sur une communication simple et centrée sur les militants, où qu’ils se situent. En pratique, la création de formats courts et interactifs a été privilégiée afin de permettre une compréhension rapide des messages clés transmis aux jeunes.
Ensuite, l’autre objectif était de proposer un contenu fidèle à l’événement, sans artifices, afin que celles et ceux qui n’étaient pas présents puissent ressentir l’ambiance et la ferveur populaire. Ce type de contenus touche davantage les jeunes, car il rappelle que, derrière les discours, il existe des citoyens animés par de fortes convictions concernant le projet porté par Pastef.
Le succès de cette manifestation a été favorisé par une collaboration avec d’autres créateurs de contenus afin d’élargir la portée de nos publications sur les réseaux. Cette démarche collective a permis une diffusion simultanée et virale du meeting à l’échelle nationale et dans la diaspora sénégalaise via les plateformes numériques.
Vous êtes un créateur de contenus affilié au Pastef. Aujourd’hui, après l’accession au pouvoir du parti, collaborez-vous avec des institutions étatiques ?
Oui, nous collaborons aujourd’hui avec certaines institutions publiques, mais toujours dans un esprit de bénévolat et d’engagement citoyen. Depuis l’arrivée au pouvoir de Pastef, j’ai eu l’occasion de travailler avec différents ministères pour mettre en lumière les actions gouvernementales, notamment celles qui impactent directement la jeunesse et le développement du pays.
J’ai récemment mobilisé plusieurs créateurs de contenus pour assurer la couverture de la Journée mondiale de l’épargne (le 31 octobre 2025) du ministère de l’Économie sociale et solidaire. Cette initiative illustre parfaitement notre volonté de contribuer, à notre échelle, à la vulgarisation des politiques publiques et à la sensibilisation des citoyens.
Nous cherchons aussi à montrer que les créateurs de contenus peuvent être des relais crédibles entre les institutions étatiques et la population, en transmettant l’information de manière authentique et accessible au plus grand nombre. Cependant, il faut préciser que nous agissons sans attendre de contrepartie financière, car notre engagement s’appuie sur la conviction que la communication doit, pas à pas, accompagner le changement du pays.
Quel est l’impact réel de cette communication numérique sur la perception du gouvernement par la jeunesse sénégalaise ?
La communication numérique a profondément changé la manière dont les Sénégalais perçoivent l’action gouvernementale. Aujourd’hui, les jeunes prêtent une oreille attentive à la gestion des affaires de la cité. Grâce aux plateformes numériques, l’information circule plus vite et rejoint rapidement les jeunes, véritable cible.
Autrement dit, en suivant les algorithmes, les jeunes ne regardent plus forcément les journaux télévisés, car tout se joue désormais dans la spontanéité des réseaux sociaux. Ce qui change la donne, c’est que la communication n’est plus verticale, c’est-à-dire du gouvernement vers le peuple.
Aujourd’hui, avec l’installation du Bureau d’information et communication gouvernementale (Bic-Gouv), cette communication est devenue plus horizontale et participative envers la population. Les Sénégalais se sentent davantage impliqués puisqu’ils peuvent s’exprimer librement et même interpeller les autorités sénégalaises sur la gestion des affaires de la cité.
Cela crée une nouvelle proximité entre le pouvoir et la population, mais aussi une forme de vigie citoyenne pour surveiller les politiques publiques de l’État. Cela pousse les gouvernants à plus de transparence, car ils savent que la jeunesse est éveillée et s’intéresse aux débats publics.