La question de la Jeunesse occupe une place durable dans la vie de l’Église. Les écrits du Magistère témoignent d’un intérêt croissant pour l’une des composantes les plus dynamiques et les plus prometteuses de la communauté des fidèles. L’Église comprend que la jeunesse représente un âge clé pour annoncer l’Évangile avec joie et générosité, en rupture avec l’esprit du monde ou ce que Jean-Paul II appelait les « grandes narrations idéologiques et utopiques venues du mythe 1968 ». Et l’illustration parfaite de cette sollicitude pastorale envers les jeunes demeure l’institution, par le saint Pape Jean-Paul II, des Journées mondiales de la Jeunesse (JMJ), au sortir de l’Année internationale de la Jeunesse proclamée, en 1985, par les Nations Unies.
Le Pape polonais, dont le cri de ralliement «N’ayez pas peur ; ouvrez vos portes au Christ» avait sédui et ému le monde, a très tôt fait le pari de la jeunesse pour la suite de son pontificat, inaugurant, par cette initiative révolutionnaire, un long bail avec la jeunesse catholique du monde, qu’il aimait d’un amour de prédilection et qui le lui rendait par une affection filiale qui frôlait l’idolâtrie. Jean Paul II et les jeunes, c’est une histoire d’amour que ses hagiographes les plus avertis situent au tout début de son ministère tumultueux de prêtre devant parfois prendre la voie de la clandestinité.
Les jeunes ne sont donc pas un poids démographique ; ils sont l’espérance et le printemps de l’Eglise, qui croit en leur générosité et en leur capacité à repousser les limites de l’impossible pour élargir l’espace de sa tente aux dimensions de la fraternité universelle, comme premier signe de la Civilisation de l’amour qu’ils ont pour mission de bâtir patiemment, en se configurant plus fidèlement au Christ. D’ailleurs, un cantique bien connu le rappelle en des termes uniques quand il nous fait chanter : «Tu mets au cœur des baptisées ta jeunesse immortelle. Ils porteront au monde entier ta vivante étincelle».
Au demeurant, les JMJ ont survécu à leur illustre initiateur, puisque 40 ans après la première édition à Rome, l’événement suscite encore enthousiasme et élan missionnaire de la part des jeunes qui, autour de leurs pasteurs respectifs, s’affirment de plus en plus comme les dignes héritiers d’une promesse et les messagers de la paix, de la justice et de la réconciliation dans leur milieu de vie et d’existence. Du reste, en prélude aux prochaines JMJ internationales, qui auront lieu en 2027, à Séoul, en Corée du Sud, le Pape Léon XIV a livré un message plein d’espérance aux jeunes en leur proposant, dans cet espace intime et confiant où s’établit cette amitié avec le Christ, deux modèles aux parcours spirituels quasi identiques et inspirants : saint Jean, le jeune disciple bien-aimé, ainsi qu’il se définit lui-même, et saint Jean-Baptiste, l’humble Précurseur qui indiqua la voie à suivre : Jésus-Christ, alors que, désorientés, tous convergeaient vers lui. De cette dialectique Amitié – Témoignage, le Pape tire la conséquence logique selon laquelle le mandat missionnaire, vécu dans la «douce joie d’être évangélisé et d’évangéliser» crée une nouvelle fraternité en Christ, tellement forte et universelle qu’elle dilate et déborde nos liens de sang, nos contingences ethniques, linguistiques, raciales et culturelles.
Aussi, à l’échelle de nos diocèses, en convoquant les jeunes à Nianing, Matam, Kafountine, Koumpentoum, Médina Wandifa, Kaolack, Médina Fall, autour du thème : «Prenez courage ! Moi, j’ai vaincu le monde» (Jn 16/33), Mgr André Guèye et ses frères Evêques du Sénégal entendent poursuivre cette mission d’Eglise et témoigner aux jeunes la sollicitude et la proximité pastorales nécessaires à leur croissance humaine et spirituelle. En ce temps d’incertitude, où les maux s’abattent sur une jeunesse friande de repères moraux, il serait de bon ton que nos Evêques, avec la sagesse qui les a toujours distingués, parlent au cœur de ces jeunes pour leur apprendre à observer pousser au milieu de leur jardin secret cet arbre géant au feuillage verdoyant et aux fruits appétissants et qui, pourtant, plonge ses racines dans la boue puante, où le compost, mélangé à l’eau immonde et à toutes sortes de détritus, lui assure, par la sève nourricière, vigueur et vie.
Oui, avoir trempé ses lèvres aux amertumes de la vie peut parfois être le déclic pour une vie professionnelle, familiale et ecclésiale épanouie et épanouissante. Rien ne devrait être éternellement compromis pour que les jeux de hasard, le thé autour des 3 normaux, ou encore le péril atlantique soient des alternatives sérieuses à une jeunesse consciente ! Christ a vaincu le monde.