Au nom du Président de la République, Son Excellence Bassirou Diomaye FAYE, j’ai pris part à une mission en Égypte afin d’assister à la cérémonie de levée du corps et d’honorer la mémoire du vénéré Cheikh Hamidou KANE (CHK), arraché à notre affection au cours de la nuit du samedi au dimanche 04 octobre 2026.
Le chef de l’État adresse ses condoléances les plus émues à la famille en deuil, à sa veuve, à ses enfants, à ses proches et amis, ainsi qu’à l’ensemble des populations sénégalaises. Aujourd’hui, le Sénégal perd un patrimoine collectif; l’Afrique perd un sage reconnu et audacieux; le monde perd un esprit inspirateur, capable d’anticiper et de comprendre un univers complexe et impitoyable. CHK fut un homme aux multiples facettes, dont le parcours social, scolaire, académique, professionnel, économique et humain demeure remarquable. Administrateur civil d’exception, formé à l’ENFOM et parmi les pionniers, il fut nommé, à l’aube des indépendances, Gouverneur de la Région de Thiès, territoire devenu un champ expérimental pour toutes les réformes administratives.
Précurseur et moteur du Plan, pilier du développement économique et de l’ouverture, il occupa successivement les fonctions de Haut-Commissaire général du Plan, Expert d’envergure au service de diverses organisations internationales, Ministre du Développement industriel et de l’Artisanat, puis Ministre du Plan et de la Coopération, pendant huit années. C’est à ce titre qu’il a laissé une empreinte durable et profonde sur l’ensemble des politiques publiques mises en œuvre au Sénégal. Sous son impulso, le Sénégal a bâti, avec méthode, discernement et rigueur, un système de planification devenu référence et dont l’influence s’est étendue à d’autres pays.
Avec lui, nous avons appris à regarder loin dans le temps : privilégier la raison et assurer une efficacité durable des politiques publiques, dont les retombées sociales bénéficient à toutes les couches et catégories de notre société.
Homme d’État, il l’a été, porteur de valeurs fondatrices et à la hauteur de la dignité exigée par les circonstances politiques de 1962. Homme de principes, loyal, discret et sincère. Défenseur de la réconciliation, de la paix et de l’unité nationale, CHK a toujours inscrit son action dans une République sociale, œuvrant pour une société silencieuse et laborieuse, fondée sur le devoir quotidien et la solidarité nationale inébranlable. Sage et généreux, éducateur et mentor, il a guidé et soutenu un grand nombre de cadres nationaux, africains et internationaux.
Champion de l’enracinement, de l’ouverture et du dialogue entre peuples, religions et civilisations, il a parcouru les cinq continents et aidé des causes humanitaires d’envergure, notamment à travers Enda Tiers Monde, qu’il a contribué à faire rayonner, et son engagement en faveur de la protection des enfants en situation de rue. Son intérêt pour l’avenir s’enracine dans cet élan de solidarité et de responsabilité envers les plus vulnérables.
Dans l’optique de CHK, l’avenir s’enracine dans un passé que l’on revisite pour le reconstruire autrement. Cela se reflète dans son œuvre majeure, unique en son genre: « L’Aventure ambiguë », où il décrit, dès 1961, une École du futur, une jeunesse et un univers à venir, préconisant d’« apprendre l’art de vaincre sans avoir raison ».
Près de soixante-quinze années après la publication de cet ouvrage, mémoire et trésor d’enseignements, cette conviction résonne encore fortement, à l’approche d’une nouvelle année scolaire et de l’ouverture des Jeux des Jeux Olympiques de la Jeunesse sur le sol sénégalais, témoignage de la vocation universelle de notre pays bien-aimé. CHK fut toujours un intellectuel, écrivain et homme de culture dévoué, qui a transmis sa sagesse avec patience et cohérence, et qui, en 1995, a laissé l’ouvrage « Les Gardiens du Temple », un avertissement saisissant appelant à préserver collectivement l’héritage des aînés et l’humanisme dans un monde transformé par la technologie et les formes d’intelligence qui en découlent.
Quelle coïncidence que l’Université publique Numérique du Sénégal porte son nom depuis 2023 ! Le 04 octobre 2026, la Mort a frappé ce fils de Matam, né le 2 avril 1928, qui était d’origine Saldé, localité emblématique du Fouta, et qui prenait récemment ses nouvelles responsabilités de Chef dans son village, le 29 août dernier.
Ainsi, cette grande faucheuse — pour reprendre une expression forte et manifeste — nous sépare désormais physiquement de l’illustre « Samba DIALLO ». Néanmoins, nous pouvons affirmer avec gratitude et confiance en Dieu que CHK a transmis des valeurs de grandeur, d’humilité, le sens de l’État et du bien public, la générosité, la solidarité intergénérationnelle et le respect mutuel.
En définitive, CHK laisse derrière lui un livre ouvert, une leçon de vie inspirante, une existence riche et exemplaire à tous égards.
Que la terre de Yoff qui l’accueillera sous une pluie battante — signe divin s’annonçant — lui soit légère. Que Dieu, dans Sa Majesté, lui accorde une place d’honneur dans le Paradis éternel.
Fait à Dakar, le Dimanche 04 octobre 2026