Dans le recueil publié en 2025 par les éditions Edisal, Cheikh Diop adresse un vibrant hommage à son pays d’enfance à travers une voix poétique lyrique. « Poèmes verts de Bango » replonge dans les mémoires d’une jeunesse révolue, capturées par une écriture qui respire l’innocence.
Publié en 2025 par les éditions Edisal, « Poèmes verts de Bango » s’attache aux souvenirs d’enfance de l’auteur. Les petites maladresses de certains vers témoignent de l’innocence d’un élève qui, dès la sixième, a choisi la plume pour dialoguer avec le monde et laisser une trace d’une époque, témoignant d’un quotidien que les mortels pourraient trouver ordinaire.
Cependant, cette certaine gaucherie, perceptible dans quelques poèmes, ne morcelle en rien l’âme du recueil. Celui-ci conserve toute son authenticité. « Poèmes verts de Bango » évoque le royaume d’enfance de Cheikh Diop. Thilmakha Mbackol, contrée de l’ancien royaume du Cayor où il est né, y est décrit comme le berceau d’un regard sur le monde. On y a vu des couchers de soleil, couru dans les futaies imposantes, joué dans les broussailles sèches de ce point retiré du monde. Dans cet univers, le poète se déplace avec une certaine volupté où tout, ou presque, imite le paradis. Dans l’un des poèmes, « Terre natale », il présente son terroir comme une vaste plaine ceinturée de haies vives, « ce village qui dort dans ces guérets, cet asile qui dort sous les feuillages ».
L’auteur ne se contente pas de décrire son royaume d’enfance ou son univers d’enfant de troupe à l’École militaire préparatoire (Emp), aujourd’hui Prytanée militaire Charles Ntchoréré de Saint-Louis.
Il ouvre aussi une fenêtre sur l’histoire en évoquant le premier Damel du Cayor. Il chante la puissance et le courage du peuple cayorien, ainsi que les hauts faits d’armes d’Amary Ngoné Sobel Fall, qui triompha de l’ennemi et nourrissait des récits immortels que les griots se transmettent de génération en génération.
Solitude, ennui, voyage, espoir… Ces thèmes traversent un recueil d’abord présenté à Présence africaine. La maison, alors dirigée par Christiane Yandé Diop, se disait prête à l’éditer dans sa « Collection jeunesse ». Elle avait toutefois encouragé le jeune auteur à relire « attentivement » ses poèmes de jeunesse, marqués par « quelques maladresses et une naïveté touchante ».
Cheikh Diop écrit ses premiers poèmes à Mbédiène, après avoir demandé à être transféré pour mieux préparer le concours d’entrée à l’Emp et échapper aux grèves répétées de l’école primaire de son village natal.
C’était sans compter sur le cap d’un destin inattendu. À Mbédiène, sous l’effet de l’ennui et de la solitude, l’unique instituteur disparaît au bout de seulement trois mois. Cheikh poursuit ses études en solitaire et consacre le reste de son temps à la poésie. « À la composition du premier semestre, je me retrouvais major. Et dès ce semestre, mon recueil était déjà prêt », se souvient-il.
Né en 1954 à Thilmakha Mbackol, Cheikh Diop détient plusieurs diplômes dans les domaines des sciences, de la technologie et de la philosophie. Ancien enfant de troupe du Prytanée militaire Charles Ntchoréré de Saint-Louis, il dispense des formations dans divers établissements de santé à Dakar, y compris l’École nationale de développement sanitaire et social (Endss). Il est l’auteur de « La Teranga pour Modou » et de plusieurs recueils, dont « Insomnie rebelle » (éditions Fasal).
Cheikh Diop est aussi artiste-peintre. Passionné par l’art figuratif, il demeure fortement influencé par le peintre néerlandais Vincent Willem van Gogh. Ses toiles se distinguent par une mosaïque de couleurs qui traduit son désir de rendre, jusqu’aux détails, certaines réalités quotidiennes du continent africain.