L’ancien Premier ministre roumain Dacian Cioloş a choisi le Sénégal comme foyer spirituel et politique de l’espace francophone pour présenter officiellement son programme en vue du secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Accompagné d’une délégation ministérielle importante, le candidat s’est entretenu avec le président de la République sénégalaise et a ensuite dévoilé, devant un parterre de diplomates, un projet résolument pragmatique centré sur l’emploi des jeunes, la refonte de la gouvernance, le dynamisme économique et la souveraineté alimentaire.
Ce lundi 8 juin 2026, Dakar est apparu comme le cœur battant de la diplomatie francophone. En choisissant la capitale sénégalaise pour lancer officiellement sa campagne internationale, Cioloş ne s’est pas contenté d’un simple exercice de style politique. Sa démarche s’inscrit dans une dimension historique. Devant les diplomates et invités présents à Dakar, le candidat roumain a aussitôt rendu hommage aux pères fondateurs de l’institution : « Le Sénégal n’est pas un État membre pivot, il est l’un des foyers spirituels et politiques de la Francophonie ». Évoquant les figures tutélaires de Léopold Sédar Senghor et d’Abdou Diouf, M. Cioloş a rappelé que l’avenir de cette communauté linguistique ne peut se bâtir qu’« avec l’Afrique au cœur ». Plus qu’un simple geste de courtoisie, ce choix affirme le Sénégal comme l’un des partenaires majeurs de la Roumanie dans la région, illustré par des décennies d’échanges universitaires et humains.
Avant de présenter ses cinq chantiers prioritaires lors d’un cocktail dînatoire, le candidat roumain, fort de son parcours de Premier ministre et d’ancien commissaire européen à l’Agriculture, s’est entretenu avec le chef de l’État sénégalais. Cette rencontre à haut niveau a permis d’évoquer les défis et les enjeux actuels pour la Francophonie.
Pour répondre à ces défis, Dacian Cioloş propose une rupture de méthode intéressante. Selon lui, le secrétaire général ne doit plus se limiter à diriger une administration, mais devenir un facilitateur « au service des États et des gouvernements membres ». Cela passe par une refonte complète de la gouvernance, fondée sur la transparence, la reddition de comptes et une gestion rigoureuse des ressources humaines. L’objectif est concret : moderniser l’institution pour mobiliser de nouveaux financements et rassurer les bailleurs de fonds internationaux afin de donner corps aux projets de terrain.
Transformer la langue française en opportunité
Le cœur du projet de Cioloş réside dans la transformation de l’espace francophone en une véritable communauté économique dynamique. Si la culture demeure le ciment indéfectible de l’OIF, elle doit désormais s’accompagner d’instruments concrets de croissance. « Les jeunes apprendront le français s’ils y trouvent des bénéfices réels », a-t-il répété.
Pour y parvenir, le programme prévoit l’intensification des partenariats entre entreprises, universités et réseaux de femmes et de jeunes entrepreneurs. En insistant sur l’employabilité et l’insertion professionnelle après la formation, la candidature roumaine souhaite faire de la Francophonie un levier majeur de commerce et d’investissement, capable de rivaliser avec d’autres espaces linguistiques sur la scène mondiale.
L’agriculture et la transition durable comme axes majeurs
Voilà sans doute l’innovation la plus marquante de ce programme : placer les questions de souveraineté alimentaire au cœur de l’agenda francophone. Conscient du potentiel agricole immense du continent africain et du Sénégal en particulier, Cioloş entend tirer parti de son expérience dans la gestion de la Politique agricole commune (PAC) européenne.
Sans chercher à empiéter sur le rôle des agences internationales spécialisées, le candidat voit l’OIF comme un réseau unique de transfert de technologies, de partage de bonnes pratiques et de gestion durable des ressources naturelles face au changement climatique. Il s’agit de soutenir la création de filières agricoles performantes, d’encourager la transformation locale des produits agroalimentaires et de générer de la valeur ajoutée directement dans les territoires ruraux, afin de stabiliser les populations jeunes par l’emploi.
Un espace de paix, de culture et de médiation
Enfin, le projet réaffirme les valeurs de dialogue, de diversité culturelle et de modération politique. À l’heure où les tensions géopolitiques se font plus vives, le candidat souhaite positionner la Francophonie comme un espace privilégié de diplomatie préventive et de gestion des conflits. S’adressant aux pays africains, Dacian Cioloş a mis en lumière l’unicité de l’histoire de la Roumanie, exempte de tout passé colonial sur le continent. Un atout, selon lui, pour bâtir une coopération renouvelée fondée sur le respect mutuel, l’écoute et la recherche constante du consensus.
Il a saisi l’opportunité pour saluer la vision « réaliste et engagée » de la nouvelle génération de dirigeants sénégalais. Le candidat quitte Dakar en posant les jalons d’une candidature qui se veut inclusive, audacieuse et résolument tournée vers l’avenir de ses citoyens.