Certains lutteurs ont marqué l’arène par leurs exploits avant de se réinventer ou de changer de vie après leur carrière sportive. La rubrique « Que sont-ils devenus ? » raconte les trajectoires qui ont suivi leur passage sur le ring. Aujourd’hui, nous mettons en lumière Cheikh Ahmeth Niang, surnommé Boy Nar, autrefois pensionnaire de l’écurie Fass, dont l’ascension a été fulgurante avant que des épreuves ne viennent freiner sa progression.
Né dans la Médina, Cheikh Ahmeth Niang a reçu le surnom de Boy Nar en lien avec son enfance au sein d’un milieu où les marchands mauritaniens, appelés « Nar » (Maure), tenaient une place prépondérante. Sa famille résidait à « Cogne Nar », à la Rue 5 angle 6. Cette appellation, inspirée par son teint clair et son apparence qui rappelaient certains membres de cette communauté, allait devenir son identité publique. Le surnom l’accompagnera bien au-delà de son enfance, bien avant les événements de 1989 entre le Sénégal et la Mauritanie. Dans l’école privée Charles Baudelaire comme dans le quartier, les jeunes du quartier commencèrent à l’appeler ainsi.
Un sobriquet qui ne le quittera jamais. En 1989, la famille s’éloigne de la Médina pour s’installer aux Parcelles Assainies. Le jeune garçon, jusque-là très protégé par sa mère qui veillait sur ses études en français et en arabe, découvre un autre univers. Il intègre l’école 20 des Parcelles et s’immerge dans un environnement où les activités sportives et les jeux occupent une place centrale.
C’est dans ce nouveau cadre que Boy Nar forgera son caractère. Une altercation avec Paul, le fils de l’ancien lutteur Manga 2, va bouleverser durablement sa vision du combat. Après lui avoir asséné un coup de poing au cours d’un différend, il se fait soulever et projeter au sol par Paul, qui maîtrise probablement des techniques de lutte.
Humilié, Boy Nar cherche à prendre sa revanche. L’affaire parvient jusqu’à Manga 2, qui affirme avoir toujours protégé ses enfants et refusé qu’on les touche. Il choisit de prendre la défense de son fils, mais il affirme également qu’il n’a pas cédé et s’est saisi d’une pierre, prêt à affronter les adversaires, ce qui l’a beaucoup frappé.
Le Prince des arènes
« Après cela, Manga 2 m’a demandé de lui parler comme à son enfant. Nous avons scellé une paix que les braves cherchent souvent à atteindre », raconte Boy Nar. Toutefois, l’histoire ne s’arrête pas là. Réalisant que Paul possédait de solides aptitudes de lutteur, Boy Nar lui demande de lui enseigner l’art du ring. Les leçons se succèdent chaque soir. « Paul me battait à chacun de nos duels, mais j’en retirais toujours des enseignements », se souvient-il. Dans le quartier, un autre nom va marquer son apprentissage : Ouza Sow, fils d’Aly Sow, autre figure de Fass. Ouza bénéficie d’une aura grâce à ses exploits dans les « mbapatt » et encadre plusieurs jeunes du quartier, parmi lesquels ses frères Papa Sow et Tapha Jr, Bazooka, Makhary Thiam, Balla Diouf, Bruce Lee, et d’autres encore.
« J’ai toujours nourri un profond respect pour Ouza Sow », précise Boy Nar. Lors de la saison 2005-2006, Boy Nar rejoint l’écurie Fass après l’insistance de ses amis, dont feu Makhary Mbengue et Ouza. À l’entraînement, il tient tête à de grands champions et impressionne Moustapha Guèye, surnommé le « 2e Tigre de Fass ».
Ce dernier sollicite le promoteur Gaston Mbengue pour trouver un combat à Boy Nar. Pour ses débuts, lors d’une journée lançant Baye Mandione et Mbaye Diouf, le dimanche 6 mars 2005, Gaston Mbengue lui propose Lamane Sarr du Baol. Boy Nar s’impose et ouvre le bal avec une victoire convaincante.
Aziz Ndiaye, promoteur et partisan de Moustapha Guèye, découvre le jeune lutteur et lui propose un combat contre Dame Niang avec une cachet de 250 000 FCfa. Boy Nar signe et remporte encore la victoire. Gaston Mbengue lui suggère ensuite Cheikh Fall Faladio, et l’affiche se termine par une nouvelle victoire pour Boy Nar.
Pour sa quatrième prestation, il affronte Cheikh Kane, héritier de l’ancien lutteur Pape Kane de Thiaroye. Le combat est difficile et Boy Nar évoque une expérience où, selon lui, le mysticisme aurait joué un rôle. Il explique avoir été malade avant le face-à-face et n’avoir pas pu distinguer clairement son adversaire au moment de l’emportement.
Le virage de sa carrière
« C’est lors de cet affrontement que j’ai, pour la première fois, cru aux pratiques mystiques. Dès le coup de sifflet, je ne voyais pas mon adversaire. C’est lui qui pilotait le combat. Il me frappe, me saisit, mais ma carrure m’a sauvé et il s’est retrouvé au sol pendant que j’étais presque inactif », dévoile-t-il.
Le jeune lutteur devient peu à peu l’un des favoris du public. Le promoteur Petit Mbaye d’Action 2000 le sélectionne pour le lever de rideau du duel Tyson-Yékini, le 1er janvier 2006 au stade Léopold Sédar Senghor. Il affronte Jean-Pierre Soughère, un adversaire réputé coriace.
Boy Nar gère son duel, blesse le nez de son adversaire et l’emporte sur décision médicale. Sa première défaite notable survient contre Auguste de Mbour, champion d’Afrique, qui le domine à Mbour le samedi 27 janvier 2007. Il parvient toutefois à croiser le fer avec Simel Faye, une affiche négociée par Manga 2.
Boy Nar déclare s’être préparé avant tout dans l’optique de mettre son adversaire KO, même si celui-ci était perçu par certains comme particulièrement mystique. Une préparation qui porte ses fruits, puisqu’il parvient à mettre KO l’ancien lutteur de Fass, Simel Faye, le dimanche 27 avril 2008. Le promoteur Serigne Modou Niang lui propose alors un duel contre Cobra de Pikine, qui exigeait Bombardier.
L’enjeu est simple : le vainqueur doit devenir le prochain adversaire de Bombardier, le B52 de Mbour. Boy Nar accepte et met Cobra KO par chute à quatre appuis. Bombardier, cependant, ne sera pas présent et, à sa place, Serigne Modou Niang lui propose Elton.
La confrontation se conclut sans chute nette et Elton, surnommé le « Bulldozer de Guédiawaye », est déclaré vainqueur sur avertissements. Dans sa progression vers les sommets, Boy Nar obtient un combat contre Kadd-Gui, qui a mis au tapis Gris Bordeaux, et surprend en s’imposant le samedi 26 juillet 2008.
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Toujours avide de croiser Bombardier, il voit enfin Bazooka, surnommé « Bombardier 2 », lui proposer un duel. « Je l’ai pris en deux semaines, j’étais reposé et confiant dans ma victoire », raconte-t-il. Il affirme s’être entraîné à Ngor pendant plusieurs semaines avec des amis, principalement en nage. Il sort victorieux de ce rendez-vous.
Par la suite, il accepte d’affronter Pakala, autre champion d’Afrique. Une blessure finit toutefois par freiner son élan. Ayant déjà subi un accident de moto, il se retrouve affaibli physiquement et ne peut suivre les entraînements correctement.
La France et la reconversion
Il chute finalement face à Pakala, le samedi 18 décembre 2010, une défaite attribuée en partie aux séquelles de sa blessure. En 2013, un nouveau projet émerge avec le champion espagnol Juan, surnommé le « Lion Blanc » de l’arène. Après plusieurs péripéties, ce duel ne se concrétise pas.
En 2018, il embarque pour la France, officiellement pour « changer d’air et revenir ». Il ne retournera finalement pas au Sénégal. À son arrivée, il commence par vendre des chaussures, des tissus et divers articles. Mais il révèle aussi un autre savoir-faire : la cuisine. Une famille sénégalaise de Mantes-la-Jolie lui demande un jour de « préparer des plats pour l’anniversaire d’un des enfants ». Il accepte et perçoit une rémunération qui ouvre une nouvelle voie. Boy Nar décide alors de se lancer dans la dibiterie. Progressivement, il se constitue une clientèle, et des clients venus de tous horizons lui assurent de quoi vivre.
À Mantes-la-Jolie, son quotidien est désormais rythmé par le travail et la restauration. La lutte appartient désormais au passé. Il rencontre une femme et finit par se marier. Après des malentendus, le couple se sépare toutefois « à l’amiable ».
Boy Nar a connu plusieurs vies. Il a défié des champions, goûté aux succès et affronté des revers. Depuis 2018, il écrit un nouveau chapitre en France. Loin des cris de l’arène, il a choisi les braises de la dibiterie pour poursuivre son chemin et construire une vie nouvelle.