Tekkofi entend bousculer les habitudes de vente entre particuliers. Avec ses annonces vocales, l’absence de commission et sa messagerie intégrée, elle veut offrir une alternative aux échanges dispersés sur les réseaux sociaux, tout en misant sur l’économie circulaire et les usages locaux.
Avec l’observation que devenir propriétaire d’un meuble, d’un vêtement ou d’un appareil électronique répond d’abord à une nécessité, mais que, trop souvent, ces objets finissent par s’entasser ou prendre le chemin d’un toit-terrasse, Bintou Signate et Mouhamadou Nazirou Diankha ont lancé « Tekkofi ». Déployée le 11 juillet 2026 et portée par une communauté qui compte déjà plus d’une centaine d’utilisateurs, la plateforme a pour vocation d’accorder une seconde vie à un objet tout en facilitant la recherche de ce dont chacun peut avoir besoin.
« Un particulier peut mettre en vente un objet pour compléter ses revenus ou choisir de le donner. Un professionnel peut présenter son activité, accroître sa visibilité et toucher une clientèle nouvelle. Le tout dans un cadre simple, sûr et pensé pour les habitudes des utilisateurs sénégalais. Avec Mouhamadou Nazirou Diankha, nous avons voulu bâtir une plateforme capable de répondre à l’ensemble de ces attentes », explique Bintou Signate. Selon elle, Tekkofi ne se résume pas à une simple plateforme d’annonces : c’est une invitation à repenser nos modes de consommation, de vente, de partage et à générer de la valeur à partir de ce que nous possédons déjà.
Le choix du nom Tekkofi incarne l’identité que les deux créateurs veulent insuffler à leur outil. « En wolof, il signifie « pose-le ici ». Cette formule capture parfaitement l’esprit de la plateforme : un endroit où chacun peut déployer quelque chose à vendre ou à donner, proposer un produit ou un service, ou simplement partager une opportunité. C’est un espace d’échange où ce qui est déposé peut trouver une nouvelle valeur auprès d’autres personnes », précise Bintou.
Elle rappelle aussi que ce nom résonne, phonétiquement, avec « take coffee » en anglais.
« Le café évoque un moment simple et convivial : un lieu où les personnes se rencontrent, échangent et tissent des liens. Cette dimension illustre notre ambition de faire de Tekkofi bien plus qu’un outil numérique : un espace qui connecte les individus autour de projets communs et d’objectifs internationaux », souligne-t-elle.
Ni WhatsApp encore moins Tiktok
Tekkofi n’est ni Facebook ni WhatsApp. C’est une précision que tient à rappeler Bintou Signate.« Ces outils ont permis à de nombreux vendeurs, entrepreneurs et particuliers d’initier une présence en ligne. Toutefois, ils fonctionnent surtout au sein d’un réseau préexistant », explique-t-elle.
Sur WhatsApp Business, poursuit-elle, découvrir les produits d’un vendeur nécessite en général de connaître son numéro ou de l’avoir enregistré dans ses contacts. Cette condition réduit inévitablement la visibilité d’un vendeur : un commerçant peut proposer des produits intéressants, mais rester peu visible auprès de personnes qui ne connaissent pas encore son activité ou qui ne l’ont pas dans leur carnet d’adresses.
« Avec Tekkofi, nous avons voulu inverser cette logique. La plateforme permet aux utilisateurs de dénicher des produits et des services au-delà de leur propre cercle. Un acheteur peut faire une recherche, comparer diverses offres et trouver un vendeur sans avoir à connaître son numéro au préalable », détaille la cofondatrice.
En outre, Tekkofi propose une fonctionnalité d’annonces vocales, ce qui rend le service accessible à ceux qui se sentent moins à l’aise avec l’écrit. Par ailleurs, l’absence de commission à 0% garantit que les vendeurs conservent l’intégralité de leurs gains et la messagerie interne protège la vie privée des utilisateurs. C’est une plateforme pensée par des Sénégalais, pour les réalités sénégalaises, insiste-t-elle.
Elle précise aussi que l’architecture du service a été conçue en tenant compte des réalités de l’économie de seconde main. « Beaucoup de personnes possèdent aujourd’hui des objets qu’elles n’utilisent plus et qui pourraient être utiles à d’autres. La plateforme leur offre la possibilité de vendre, mais aussi de donner une seconde vie à ces objets », explique-t-elle.
Seconde main, seconde vie
« Nous accumulons des objets, des vêtements, des appareils électroniques ou du mobilier qui, bien que souvent oubliés dans un placard ou un garage, conservent encore de la valeur et peuvent servir à d’autres. Parallèlement, de nombreuses personnes recherchent des options plus économiques pour s’équiper, et d’autres veulent adopter une consommation plus responsable centrée sur la seconde main », constate-t-elle.
Pour elle, ce constat a été le moteur principal du projet Tekkofi. « Notre objectif n’est pas de remplacer les outils que les Sénégalais utilisent déjà, mais d’offrir un espace complémentaire, plus structuré et adapté à leurs besoins: rechercher, comparer, acheter, vendre, donner et développer une activité », déclare-t-elle.
Au-delà du volet économique, l’objectif est aussi de contribuer à modifier nos modes de consommation en privilégiant une logique d’économie circulaire. « Aujourd’hui, grâce à Tekkofi, nous cherchons à redonner une seconde vie aux objets en facilitant leur passage d’une personne à une autre », affirme-t-elle.
Bintou Signate explique que chaque article vendu ou donné sur la plateforme représente un objet qui demeure utile et peut éviter l’achat d’un neuf. Cela contribue à limiter le gaspillage, à prolonger la durée de vie des produits et à réduire l’impact environnemental lié à la production de nouveaux biens.
« Cette approche rejoint plusieurs Objectifs de Développement Durable des Nations Unies, notamment l’objectif 12 sur la consommation et la production responsables, qui appelle à une utilisation plus durable des ressources et à la réduction des déchets. Elle s’inscrit également dans une réflexion plus vaste autour de l’objectif 11 sur des villes et des communautés durables, en encourageant des modes de consommation plus responsables dans les territoires », soutient-elle.
La cofondatrice rappelle aussi que, dans le contexte sénégalais, où les pratiques de réutilisation, de partage et de transmission existent depuis longtemps, leur ambition est d’employer le numérique pour amplifier ces dynamiques et les faire rayonner à une échelle nouvelle.
« Nous ne prétendons pas résoudre à nous seuls les enjeux écologiques, mais nous cherchons à impulser un changement progressif des habitudes : acheter autrement, vendre ce qui n’est plus utilisé, donner plutôt que jeter, et considérer chaque objet comme une ressource susceptible de créer encore de la valeur », affirme-t-elle.
« Notre chemin ne s’arrête pas là. Nous avons pour objectif de bâtir une plateforme qui accompagne l’utilisateur à chaque étape : trouver un produit, dialoguer avec un vendeur, conclure une transaction et, à terme, faciliter davantage le processus d’achat », annonce-t-elle.
Elle ajoute que leurs ambitions ne se limitent pas au seul territoire national. « Dans cinq ans, nous aspirons à ce que Tekkofi devienne une référence africaine pour la vente entre particuliers et professionnels, reconnue pour son accessibilité et sa proximité avec les usages réels des populations. Une technologie qui s’adapte aux utilisateurs, et non le contraire », souhaite-t-elle.
Des ambitions qui conjuguent ouverture et enracinement.