Plusieurs sportifs ont laissé leur empreinte sur le ring avant de réinventer leur trajectoire ou de changer de cap après leur carrière sportive. La rubrique « Que sont-ils devenus ? » trace ce qu’ils deviennent une fois la compétition terminée. Aujourd’hui, nous braquons les projecteurs sur Pathé Boye, connu sous le nom de scène « Big Pato », lutteur et policier affilié à l’écurie Mbour Bombardier, qui se trouve désormais aux États‑Unis et évolue dans le secteur de la sécurité privée.
Pathé Boye, alias Big Pato, a grandi à Mbour, loin dans l’encadrement maternel. C’est auprès de sa mère et sous l’influence de Serigne Ousmane Dia, dit Bombardier, qu’il affirme avoir « attrapé le virus de la lutte ». Pourtant, son rêve de jeunesse était de devenir soldat. « Être un guerrier a toujours traversé mon esprit », confie-t-il. En 2006, après un échec au baccalauréat, il écume les Navétanes. Profitant de vacances à Dakar chez son oncle défunts, l’imam Babacar Ndao, celui-ci l’encourage à intégrer l’armée tout en poursuivant sa passion sportive. Son ambition était alors de rallier l’Asfa. Mais en 2007, la Police recrute la quatrième génération d’auxiliaires de police (AP4). Il saisit l’opportunité et, après son recrutement, est affecté au camp Michel-Le-Grand, puis détaché à Tropical de Thiès avant d’être affecté à la cuisine. C’est là qu’il travaille avec le regretté brigadier-chef Mamadou Camara. De fil en aiguille, il est ensuite détaché à l’École nationale de police à Dakar, où il suit une formation d’agent de police. « Je saisis l’occasion pour féliciter le général Ousmane Sy, qui était chef de corps, ainsi que le commissaire Sagne, qui fut mon chef de service », rappelle-t-il.
En tant que policier, Big Pato participe en 2013 à une mission de la Minusma au Mali. Il passe six mois à Gao puis six mois à Kidal. Au Sénégal, il est aussi mobilisé lors des Gamou de Touba, Tivaouane, Kaolack et Ndiassane. Il couvre également des manifestations sportives, notamment les Navétanes et des championnats de football. Il devient chef de service au poste de police du Grand Théâtre national de Dakar et exerce, pendant quelque temps, au commissariat central comme policier de la circulation. « J’ai pu me forger un bon carnet d’adresses dans le cadre de mon travail de policier », reconnaît-il.
De la Police à l’arène
En 2011, lors du championnat universitaire, il représente la Police et décroche la médaille d’or ainsi que le trophée de « meilleur lutteur ». C’est le début de sa notoriété sous le surnom de « policier-mbeur ».
La lutte est aussi une affaire de famille. Son grand-père maternel, Aladji Salla Diop, était un ancien lutteur que ses grands-parents décrivaient comme invaincu durant sa courte carrière. Mais son influence principale demeure Bombardier de Mbour, qui l’a éduqué et lui a transmis la passion de la lutte. « Lors du championnat universitaire, on avait fait savoir qu’un poulain de Bombardier était dans le corps. À ce moment‑là, Manga 2 était à l’École de police. Il y avait aussi l’ancienne patronne de la Police, Anna Sémou Diouf, et l’inspecteur Sonko. Ils m’ont tous encouragé et encadré. J’ai pu remporter le trophée de meilleur lutteur », raconte-t-il. Cependant, obtenir l’autorisation de pratiquer la lutte en tant que policier n’était pas simple. « Ce n’était pas facile d’être policier et lutteur. J’étais le seul agent de police qui était lutteur », se remémore-t-il. Certains responsables redoutaient notamment les répercussions après une défaite : « On a frappé le policier, on lui a fait ceci ou cela ». Sur le plan sportif, il obtient finalement le feu vert. Un gala au stade Assane Diouf va également jouer un rôle. Big Pato y exécute des chorégraphies avec le lutteur Lansana Cissé. Ses supérieurs estiment alors possible de l’autoriser à pratiquer la lutte. « J’étais un trait d’union entre la Police et les citoyens. Je voulais être un policier qui sensibilisait à la non-violence et au fair-play », explique-t-il. Il bénéficie aussi du soutien de l’ancien international sénégalais Salif Diao et d’Elimane Habib Kane, qui l’aide à élaborer un projet sportif afin d’obtenir l’aval de sa hiérarchie. Son premier combat est organisé par le promoteur Bamba Faye, de Mgc (Maison des gardes du corps) Productions, en 2017, face à Ada Boy Baol. Malgré un adversaire jugé plus fort physiquement et plus technique, Big Pato remporte le duel. « C’était quelque chose d’extraordinaire. C’était une belle opportunité », reconnaît-il, le sourire aux lèvres. Son premier manager est Matar Ndiaye. Mais ses liens avec le regretté Pape Dia, frère et manager de Bombardier, le conduisent ensuite à lui confier ses intérêts.
Le « policier-mbeur » fait son chemin
Il adresse aussi des remerciements à Manga 2, qui ne lui a pas opposé de refus. « Manga 2 ne m’a pas tenu tête. J’étais parti, mais il avait continué à me soutenir », témoigne-t-il. L’écurie Yoff lui apporte également son soutien lors de son premier combat. Après cette expérience, il retrouve Bombardier à l’écurie Mbour. Au fil de sa carrière, une opposition l’a particulièrement marqué. L’affiche avait enflammé les passions. L’ancien pupil de Bombardier disait, avec le sourire, avant le duel contre Wouli, que c’était son quatrième combat dans l’arène après sa victoire sur Ada Boy Baol pour ses débuts en février 2017. Big Pato finira toutefois par s’incliner face à Wouli Wouliwaat, le dimanche 14 avril 2019. Ce dernier revenait d’une période difficile et avait lancé un appel public pour obtenir des soutiens. Il finit par battre Big Pato, qui venait de perdre contre Koukouma. Ce sera le dernier combat du policier-lutteur. Au cours de sa carrière, Big Pato a également croisé Aladji Mbaye de Pikine, Tek Choc, Adama Diouf et bien d’autres lutteurs, avec des fortunes diverses. Il garde surtout une reconnaissance particulière envers la Police nationale. « Elle m’a beaucoup aidé et accompagné tout au long de ma carrière », souligne-t-il. En 2022, Big Pato prend la direction des États‑Unis. Une nouvelle vie commence. « Je me porte bien ici. Je me concentre sur mes affaires. Le premier conseil, c’est d’avoir ses papiers pour être à l’aise ici. Je ne suis pas dépaysé. Je me sens comme chez moi au Sénégal. J’ai des amis partout, de bonnes personnes », précise-t-il. Il remercie son tuteur, qui le soutient, le guide et lui prodigue de précieux conseils. Il apprécie aussi la solidarité de la communauté sénégalaise.
L’Amérique pour une nouvelle vie
« Le milieu américain est un peu individualiste, mais nous, dans la communauté sénégalaise, nous avons la chance de vivre ensemble, de partager les repas et de rester entre Sénégalais dans notre mode de vie », souligne-t-il. Son quotidien se partage entre le travail, le sport et son domicile. Il insiste sur la nécessité de rester discret et d’éviter les comportements à risque. « Les caméras sont partout », prévient-il, prudent et responsable.
Cette reconversion, Big Pato l’avait préparée de longue date. Dès 2018, il envisageait de se tourner vers l’immobilier et le Transport-Logistique. « Quand tu es engagé dans une activité, il faut te projeter sur cinq ans: tu devrais être ceci ou cela. Quand j’étais dans la Police, je me disais que j’étais un homme d’affaires, un businessman qui finirait par faire des affaires », explique-t-il. Aujourd’hui, il suit des études relatives au transport et à la logistique aux États‑Unis. Son objectif est clair : réussir afin d’investir au Sénégal et d’y créer des emplois. Il estime déjà avoir posé certains jalons: il a notamment construit une maison pour sa mère et veille à la vie de son fils resté au Sénégal. Il affirme aussi soutenir plusieurs proches et amis. En 2023, il aide ainsi un ami d’enfance à le rejoindre aux États‑Unis afin que ce dernier puisse, à son tour, soutenir sa famille. « Je fais beaucoup de social », se félicite Big Pato. De policier-lutteur, qui rêvait d’être un trait d’union entre les forces de sécurité et les citoyens, il est devenu aujourd’hui un entrepreneur de la diaspora, avec un objectif clair en tête: réussir aux États‑Unis pour investir et créer des emplois.