Le 6 octobre 2017, le Sénégal perdait El Hadj Oumar Ba, alias Baye Peulh, emporté par une longue maladie. Figure emblématique de la troupe Daaray Kocc, il avait formé avec Makhourédia Guèye, disparu en 2008, l’un des duos les plus connus du théâtre populaire sénégalais. Ensemble, ils ont marqué plusieurs générations de spectateurs, par le rire tout en dénonçant, avec finesse, les travers de la société.
Leur simple apparition sur scène suffisait à déclencher les éclats de rire. Pendant plus de trente ans, ces deux complices ont pris en charge des personnages hauts en couleur, bien que souvent rivaux dans les pièces de Daaray Kocc, puis ont gagné les écrans et les publicités. Mais derrière le rôle de Baye Peulh se cachait un homme dont le parcours était riche et loin des planches.
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Avant que Baye Peulh ne naisse sur scène, il était déjà El Hadj Oumar Ba. À vingt ans, il s’engagea dans l’armée, servant notamment en Algérie et en France. Au total, il passa seize années sous les drapeaux, avant de quitter l’institution à l’âge de 36 ans, la limite d’époque.
De retour à la vie civile, il rejoint l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (Asecna), où il est recruté comme enginiste. Il poursuivra sa carrière jusqu’à sa retraite en 1996. C’est durant cette période que son chemin croise celui de Makhourédia Guèye, qui deviendra ensuite son fidèle partenaire sur scène.
Le duo mythique
« Quand j’étais à l’Asecna, je prenais mon petit-déjeuner tous les jours au tangana du coin. C’est là-bas que j’ai fait sa connaissance en 1980. Il m’a proposé de faire un duo avec lui, car selon lui, nous étions nés sous la même étoile. Il m’a relancé plusieurs fois et, pour me taquiner, il me disait : “Je suis beau, tu es vilain, nous ferions un duo de choc dans la comédie.” »
C’est ainsi qu’El Hadj Oumar Ba rejoint la troupe Daaray Kocc en 1980. Après plusieurs auditions, le comédien fait ses premiers pas dans la compagnie et se voit bientôt attribuer un nom qui finira par éclipser son véritable prénom.
C’est en 1981 que le surnom « Baye Peulh » lui colle définitivement à la peau, au détour d’une pièce tournée à Saint-Louis dans laquelle il interprète le rôle d’un passeur pour des émigrés clandestins.
« Quand on a fini le tournage à Saint-Louis en 1981, il nous fallait trouver un nom pour la pièce. Toute la troupe Daaray Kocc a opté pour le nom de Baye Peulh, personnage que j’interprétais dans la pièce. Et c’est de là qu’est parti ce pseudonyme. Qui est d’ailleurs plus connu que mon véritable prénom, El Hadj Omar », racontait-il dans un entretien accordé au journal L’Observateur.
L’année 1981 marque ainsi un tournant. Baye Peulh prend goût aux planches et s’impose progressivement au sein de Daaray Kocc. Aux côtés de Makhourédia Guèye, il multiplie les prestations et conquiert un public qui dépasse rapidement les frontières du Sénégal. Le duo se forge une solide réputation et devient l’un des visages les plus populaires de la troupe.
El Hadj Oumar Ba restera fidèle à Daaray Kocc jusqu’à sa retraite en 2007. La disparition de son complice de scène, Makhourédia Guèye, en 2008, laissera toutefois un grand vide.
Après la mort de ce dernier, Baye Peulh avait d’ailleurs annoncé sa volonté de ne plus remonter sur les planches. « Aujourd’hui que Makhourédia est décédé, je ne peux pas composer avec la nouvelle génération. Le théâtre d’aujourd’hui est devenu très industriel. Les acteurs en font un fonds de commerce, ce qui relègue au second plan l’aspect éducatif », regrettait-il.
Sept ans après sa disparition, le nom de Baye Peulh continue de résonner dans les souvenirs de ceux qui l’ont découvert sur les planches, à la télévision ou dans les publicités. Avec Makhourédia Guèye, il aura surtout laissé une certaine idée du théâtre : celle d’un art capable de divertir sans renoncer à son rôle de miroir de la société. Le rire s’est tu, mais les personnages, eux, continuent de vivre dans la mémoire collective.