Créateur de contenus et entrepreneur, Bathie Drizzy attire les regards non seulement pour ses publications pleines d’humour et de mordant, mais aussi pour son activisme sérieux et non moins percutant. Baptisé Samba Kane à l’état civil et âgé de 35 ans, il porte une croisade contre le coût de la vie jugé exorbitant et « inexplicable » à Dakar. Son mouvement #30JoursPourLeJustePrix a pris de l’ampleur sur la toile, particulièrement après une marche pacifique organisée le 5 septembre 2026. Mais qui se cache derrière ce personnage aussi espiègle que caustique ?
« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années. » Cette maxime semble refléter la nature de Samba Kane. Originaire de Pikine, banlieue de Dakar, il est l’aîné de trois sœurs et l’unique garçon du foyer.
Bathie Drizzy se souvient de son enfance avec un mélange de fierté et de remords, lui qui était un élève brillant mais a dû quitter les bancs de l’école. « J’ai été premier de ma promotion à deux reprises. Mon enfance a été normale et joyeuse, mais tout a basculé lorsque mon père nous a laissés seuls avec notre mère pour un voyage. Cette dernière s’est démuminée pour joindre les deux bouts », raconte le créateur de contenus.
Ce jeune garçon met fin à ses études afin de trouver rapidement du travail. Il entame une formation en mécanique, puis en marketing, et occupe ensuite un poste d’agent commercial pendant trois ans.
Ambitieux, il ne s’arrête pas là. Samba s’engage aussi dans l’entrepreneuriat, comme beaucoup de jeunes Sénégalais. « J’ai aussi vendu des parfums et d’autres articles », précise-t-il.
À Pikine, Samba Kane vit une jeunesse épanouie avec ses amis. « J’ai tout essayé dans ma jeunesse. Contrairement à la génération actuelle, à mon époque on se baignait dans les eaux peu propres du Technopôle ; quand il y avait une soirée dansante, on y allait aussi. Nous portions nos jeux de foot sur divers terrains », se remémore-t-il, le sourire empreint de nostalgie.
La vie sur les réseaux sociaux
Les réseaux sociaux sont « tombés dessus » à Bathie Drizzy, selon ses propres mots. Au début, cette présence en ligne ressemblait à une échappatoire, et il n’imaginait pas qu’elle deviendrait une porte ouverte sur une véritable opportunité.
« Dans mes moments libres, je prenais mon téléphone et j’écrivais des textes comiques que les gens partageaient. Quand je n’écrivais pas, certains de mes proches me demandaient pourquoi. Ils trouvaient que j’étais un bon antidépresseur », confie-t-il.
Tout bascule lorsque l’on lui conseille d apposer sa signature sur ses publications. Il opte pour le hashtag « Drizzy ».
« Il y avait un rappeur nommé Dreg que j’écoutais sans cesse, jusqu’au point qu’un ami m’a surnommé Drizzy. C’est ainsi que j’ai choisi ce pseudonyme », raconte-t-il.
Désormais, Bathie Drizzy est devenu sa marque de fabrique. Le jeune entrepreneur fabrique des t-shirts, des casquettes et des pulls sur lesquels figurent ses textes et sa signature.
Il connaît la notoriété et s’envole sur les réseaux sociaux grâce à ses publications, ce qui lui ouvre de nombreuses opportunités : collaborations, partenariats… Il entre dans une phase où les revenus se mettent en place et refuse d’abandonner.
Il choisit d’aborder la création de contenus avec sérieux, sans en faire toutefois son seul métier. Il persévère dans son entreprise.
Ses contenus sur les réseaux ne se limitent pas à l’humour. Bathie Drizzy sensibilise, motive, éduque et divertit.
Ayant grandi dans les réalités de la banlieue dakaroise, Bathie Drizzy n’est pas qu’un influenceur recherchant la visibilité pour attirer des partenaires; il se voit comme un héraut de ses pairs et du quartier qui l’a vu grandir.
Il s’investit dans sa communauté en faisant passer des messages. Dans ses vidéos, il dénonce notamment les injustices comme les viols impunis, tout en abordant la criminalité sous différents angles et les difficultés d’accès aux soins.
Il a parcouru huit pays grâce aux réseaux sociaux, parmi lesquels la France, le Maroc, l’Autriche, les États-Unis et Dubaï.
Il est le premier influenceur sénégalais à avoir été sélectionné pour le programme IVLP (International Visitor Leadership Program). Ce dispositif réunit des participants de vingt pays africains afin de renforcer les liens diplomatiques entre les États-Unis et les nations partenaires.
Cette reconnaissance s’explique par son engagement communautaire et les messages positifs qu’il véhicule en ligne.
« Si aujourd’hui je suis connu, si je voyage et si je discute avec des personnalités, c’est grâce au succès que j’ai rencontré sur les réseaux sociaux. Je peux dire sans détour que ces plateformes ont changé ma vie », affirme Bathie Drizzy.
Lorsqu’on lui demande quelle serait sa réaction si les réseaux disparaissaient, il répond sans hésiter : « Je continuerais simplement ma vie d’entrepreneur ou je deviendrais à nouveau salarié ».
La philosophie du créateur de contenus
Il n’est pas rare de croiser des « haters » parmi les abonnés, un phénomène que subissent bon nombre d’influenceurs. Une publication peut attirer une déferlante d’injures et de haine, qui se manifestent par des commentaires blessants.
Drizzy a aussi connu cette période délicate : « Autrefois, je peinais avec les commentaires irrespectueux et venomifs, mais j’ai appris à composer avec. Quand je lis une critique pénible, je supprime le commentaire et je bloque l’auteur, et c’est tout », confie-t-il.
Ce dont il est fièr, c’est de porter le combat des personnes dites vulnérables en raison de leur statut social.
Son inspiration ne lui manque pas: elle naît parfois d’un aveu ou d’un constat, qui se transforme ensuite en vidéo ou en texte abordant l’amour, la motivation, etc.
Pour tous ces jeunes qui s’engagent sur les réseaux comme une planche de salut face au chômage, Bathie Drizzy conseille d’abord d’exceller dans un métier: « Je considère la création de contenus comme une profession, car beaucoup en tirent des revenus. Mais il ne faut pas en faire son unique source de revenu, car à tout moment, tu peux tout perdre, y compris tes abonnés, après une mauvaise communication, et voir tes partenaires s’éloigner ».
Concernant l’initiative #30JoursPourLeJustePrix – marche pacifique contre le coût de la vie organisée le 5 septembre dernier à Dakar – Bathie Drizzy affirme clairement qu’elle n’a rien de politique.
« Il s’agit d’une action citoyenne. Notre seul objectif est que le chef de l’État nous entende et nous vienne en aide, car les gens sont vraiment épuisés », détaille Samba Kane, alias Bathie Drizzy.