Lors de l’ouverture, le samedi 20 juin 2026, de l’usine Avci Global, textile d’origine turque, implantée au sein de la Zone économique spéciale (Zes) et plus précisément dans la Plateforme industrielle intégrée de Diamniadio, le président Bassirou Diomaye Faye a affiché son intention de doter le pays d’une filière complète, du coton au vêtement, avec une attention particulière portée aux tenues destinées aux forces de sécurité.
L’événement a été conçu comme un symbole fort, illustrant un Sénégal qui « se remet au travail » selon le chef de l’État. Accompagné de son Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lo, et du ministre du Commerce et de l’Industrie, Serigne Guèye Diop, le président a inauguré, à Diamniadio, la nouvelle unité de confection d’Avci Global Industries. Installée au cœur de la Zes, notamment dans la Plateforme industrielle intégrée, cette installation, fruit d’un investissement de 6 milliards de FCfa apporté par un groupe turc, marque le début d’une stratégie nationale axée sur la souveraineté industrielle et la volonté de tourner la page d’un long déclin du secteur textile. Cette démarche s’inscrit dans un renouveau macroéconomique plus vaste, impulsé par les nouvelles autorités pour réduire durablement la dépendance du pays vis-à-vis des marchés extérieurs.
Pour le chef de l’État, ce hangar couvrant 4.680 mètres carrés symbolise la concrétisation rapide d’un projet engagé environ un an plus tôt lors d’une visite officielle en Turquie. « Il y a un peu plus d’un an, lors de ma visite en Turquie, un partenaire turc avait exprimé son intérêt pour l’installation d’une usine textile au Sénégal. J’avais alors demandé à l’Apix d’assurer un suivi rigoureux et un accompagnement de proximité du promoteur. Aujourd’hui, nous saluons la mise en œuvre de cet engagement avec le projet Avci Global Textile. Ce succès témoigne de l’efficacité du suivi assuré par l’Apix et de sa capacité à transformer des intentions d’investissement en projets générateurs d’emplois et de valeur pour notre pays », a déclaré le président. Il a également souligné que l’installation d’Avci Global dans la Zes va au‑delà d’un simple investissement privé, représentant en réalité une manifestation de la vision stratégique du gouvernement, tout en saluant le rôle des structures publiques comme l’Apix et Aprosi dans le suivi et l’accélération de ce dossier d’envergure nationale.
Au-delà des aspects techniques et logistiques, le discours prononcé à Diamniadio s’est mué en une déclaration d’ouverture et de réconciliation avec une page importante de l’histoire industrielle du pays. En évoquant l’époque faste de la Société textile du Sénégal (Sotiba), Bassirou Diomaye Faye a ressuscité le souvenir des fleurons industriels des années 1970 et 1980, qui se sont effacés au fil des plans d’ajustement structurel et de la concurrence internationale. Le président a rappelé qu’un patrimoine économique et un savoir-faire avaient existé, et qu’il s’agissait aujourd’hui de les reconstruire. Pour y parvenir, les autorités misent sur une intégration complète de la chaîne de valeur, depuis la production agricole en amont jusqu’à l’industrie manufacturière en aval.
Le président a aussi mis en lumière le rôle potentiel de la Sodefitex à Vélingara, où la production cotonnière progresse grâce aux investissements récents. L’objectif est de bâtir une chaîne de valeur entièrement sénégalaise, allant du coton brut à la fibre, de la fibre au fil, du fil au tissu, puis du tissu au vêtement fini, en vue d’ouvrir des marchés africains sous l’égide de la Zone de libre‑échange continentale africaine (Zlecaf). Face aux critiques qui présentent les Zones économiques spéciales comme de simples zones bénéficiant d’avantages fiscaux sans réelle intégration économique, le chef de l’État a clarifié la vision gouvernementale. Ces espaces ne seraient pas des enclaves destinées uniquement à des entreprises étrangères : ils servent de bassins de transformation structurelle, d’éléments de montée en compétence pour la jeunesse et d’ancrages industriels durables sur le territoire.
Dans cette logique, le transfert de technologies et de compétences occupe une place centrale. Le savoir‑faire apporté par le groupe turc doit progressivement être transmis aux travailleurs sénégalais et intégré dans les dispositifs nationaux de formation professionnelle. Cette expertise sera diffusée à travers les centres et instituts de formation afin de contribuer durablement à l’élévation du niveau de qualification de la main‑d’œuvre locale, comme l’a laissé entendre le président en présence du PDG d’Avci.
200 emplois directs créés
Sur le volet social, l’usine s’adresse prioritairement à une main-d’œuvre jeune et féminine, s’inscrivant ainsi dans la stratégie gouvernementale de valorisation du « dividende démographique ». Dans une première phase, environ 200 postes directs devraient être pourvus. Le président a insisté sur l’importance d’assurer des emplois durables et de qualité, faisant des futures ouvrières des actrices centrales de la renaissance du textile national. L’accent a été mis sur la nécessité d’une rémunération équitable et du strict respect des normes de sécurité au travail, considérant ces éléments comme des conditions incontournables de l’implantation du groupe. Pour garantir la viabilité économique de cette industrie et la protéger contre les fluctuations des marchés internationaux, l’État prévoit d’utiliser le levier de la commande publique pour soutenir l’activité.
La stratégie prévoit notamment de diminuer progressivement les importations d’uniformes et de confier la confection des tenues des forces de défense et de sécurité, ainsi que de certains agents de l’administration publique, à ces nouvelles unités locales. Un protocole interministériel réunissant le ministère des Forces armées et le ministère de l’Industrie et du Commerce est envisagé afin d’optimiser les retombées économiques, fiscales et sociales liées à cette politique. En jumelant la relance de la culture cotonnière dans les zones de production, la formation professionnelle des jeunes aux métiers du textile et l’existence de débouchés institutionnels garantis, le Sénégal trace les contours d’un modèle économique plus intégré. Si cette dynamique se confirme, elle pourrait repositionner le Sénégal sur la carte de l’industrie textile régionale et faire de Diamniadio non seulement un pôle urbain en expansion, mais aussi un symbole vivant du renouveau industriel.