Inspecteur des Impôts et Domaines, guidé par un devoir républicain, Saliou Diop Cissé est aussi, profondément, un dévot du livre qui ne se lasse jamais. À la tête du cénacle des jeunes écrivains du Sénégal depuis mars 2024, il nourrit la lecture comme on entretient une flamme délicate : avec patience, conviction et transmission. Au cours de cet entretien, il évoque les origines et les évolutions qui caractérisent la quatrième édition du gala littéraire.
Comment est né le cénacle ?
Le cénacle des jeunes écrivains du Sénégal voit le jour en 2016, selon le cadre posé par le décret n°76-0040 du 16 janvier 1976. Cette association est née d’un constat simple: les jeunes talents sénégalais manquaient cruellement de structures d’accompagnement et d’une visibilité suffisante. Il fallait abandonner l’anachronisme qui caractérisait les politiques publiques liées au livre. Parmi nos objectifs figure le dynamisme du milieu littéraire par des actions favorisant la lecture, l’écriture et les arts qui y gravitent. Le Gala littéraire apparaît ainsi comme une réponse à la nécessité de doter notre action d’un rendez-vous phare capable de donner une dimension nationale à notre engagement. Il s’agissait de disposer d’un moment solennel où l’excellence littéraire serait célébrée, les talents rétribués, la création sénégalaise exhibée sur une scène prestigieuse et les énergies individuelles et associatives fédérées. L’objectif est d’impacter le paysage littéraire dans toutes ses dimensions.
Pourquoi la mise en place des prix littéraires ?
Les prix littéraires répondent à plusieurs exigences, parmi lesquelles figure la reconnaissance de l’excellence: récompenser la qualité littéraire avec des dotations symboliques (1 million FCFA par lauréat pour le Prix Cénacle national du Livre), stimuler la création en suscitant l’émulation entre auteurs, offrir une visibilité nationale en donnant une vitrine aux œuvres primées et apporter un soutien économique concret aux écrivains.
Pouvez-vous revenir sur les catégories classiques à concourir et sur quels critères de sélection ?
Le Prix Cénacle distingue les meilleurs ouvrages édités au Sénégal, écrits par des auteurs sénégalais ou étrangers, sans distinction d’âge, publiés entre le 1er juillet 2024 et le 15 septembre 2025. Cette quatrième édition récompense les genres suivants : roman, poésie et nouvelle ou conte. Pour chaque catégorie, un minimum de sept (7) ouvrages est requis pour la validation de la compétition par le jury. Les candidatures peuvent être présentées par les éditeurs ou les auteurs. Chaque éditeur peut soumettre un maximum de trois (3) ouvrages par genre, dans le respect des conditions établies. Les ouvrages préfacés par un membre du jury, présentés par un ancien juré ou lauréat du Prix Cénacle, ou autoédités ne sont pas admis.
C’est le jury qui détermine souverainement ses critères de choix, mais nous pouvons au moins rappeler ceux dits permanents, notamment la qualité littéraire et artistique de l’œuvre, l’originalité et l’innovation dans l’écriture, la contribution à l’enrichissement de la littérature sénégalaise, l’excellence technique et maîtrise de la langue, l’impact potentiel sur le lectorat.
En dehors des catégories classiques, des acteurs du livre reçoivent également des trophées ; comment se passent ces nominations?
Au-delà des catégories littéraires, nous récompensons les acteurs de l’écosystème du livre : journalistes culturels, lecteurs, promoteurs de la lecture et d’événements culturels. Ces nominations se basent sur l’engagement pour la promotion du livre et de la lecture ; l’impact sur la valorisation de la littérature sénégalaise ainsi que la contribution au rayonnement culturel national. C’est notre façon de reconnaître que la littérature est un écosystème où chaque maillon compte.
Cette année, Fatima Raymonne Habré a été choisie comme marraine d’honneur. Comment expliquez-vous ce choix ?
Le choix de Fatima Raymonne Habré s’est imposé naturellement. Éditrice et fondatrice du Carré Culturel, elle incarne l’innovation éditoriale avec son contrat équitable (40% aux auteurs dès la première vente). Mais aussi, son engagement pour les auteurs émergents depuis des années ainsi que sa vision progressiste de l’édition africaine.
Elle représente parfaitement nos valeurs de soutien aux jeunes talents et d’innovation dans le secteur du livre.
Quelle place occupe le Gala littéraire dans l’agenda culturel sénégalais ?
Notre Grande Nuit de la Littérature s’est imposée comme l’un des événements culturels phares de fin d’année au Sénégal. Organisée le 26 décembre, elle clôture l’année culturelle en beauté et offre une vitrine nationale à notre littérature. Sa reconnaissance croissante en fait aujourd’hui un rendez-vous incontournable pour tous les amoureux des lettres. Pour cette 4ème édition 2025, nos principales innovations sont : la migration vers les LITTÉRATURE AWARDS, l’intervention de la troupe sorano, l’introduction d’un spectacle de Yutori avec les slameurs, l’enrichissement du contenu culturel et enfin un processus de choix renforcé avec des jurys hautement composés et la production des rapports bien fournis de leur part.
Ainsi se termine un entretien avec un homme pour qui la littérature n’est pas un refuge, mais une mission. Saliou Diop Cissé offre aux plumes naissantes ce que la société oublie parfois : l’écoute, l’exigence et la foi en la puissance des mots.