Le 25 septembre 1988, à Séoul, El Hadji Amadou Dia Bâ offrait au Sénégal sa première et, à ce jour, unique médaille olympique. Trente-huit années après cet exploit, la nation espère encore l’émergence d’un nouveau porte-drapeau. Entre les sacres mondiaux d’Amy Mbacké Thiam et l’ascension fulgurante de Saly Sarr, l’espoir qu’un nouveau podium olympique soit à portée de main semble toutefois se dessiner.
Il est des exploits dont le temps n’altère ni l’éclat ni la portée. Celui réalisé par El Hadji Amadou Dia Bâ, le 25 septembre 1988 au stade olympique de Séoul, appartient à cette catégorie. Âgé de 30 ans, le spécialiste du 400 m haies est entré durablement dans l’histoire du sport sénégalais en décrochant la médaille d’argent des Jeux, offrant au Sénégal sa première distinction olympique.
Dans une finale d’exception, le pensionnaire de l’US Gorée bouclait les 400 m haies en 47 s 23, à seulement quatre centièmes de seconde du vainqueur américain André Phillips, médaillé d’or en 47 s 19. Il devançait notamment une légende de la discipline, Edwin Moses, troisième en 47 s 56. Quatre décennies plus tard, ce chrono demeure une référence majeure de l’athlétisme sénégalais.
Ce jour-là, Dia Bâ n’avait pas seulement remporté une médaille. Il avait ouvert une brèche et démontré qu’un athlète sénégalais pouvait rivaliser avec l’élite mondiale. À la veille de la finale, le juge Kéba Mbaye lui aurait lancé : « Demain, tu ne cours pas pour toi. Tu cours pour 6 millions de Sénégalais. » Une phrase devenue emblématique dans le récit de cet exploit.
Atlanta 1996 : le relais sénégalais sur le seuil du podium
Après l’argent de Dia Bâ à Séoul, le relais sénégalais a été le plus proche d’un nouveau podium olympique. Aux Jeux d’Atlanta, en 1996, l’équipe du 4 × 400 m, composée d’Ibou Faye, Moustapha Diarra, Aboubakry Dia et Hachim Ndiaye, franchissait la ligne en quatrième position de la finale, en 3 min 00 s 64. Cette performance demeure à ce jour le record national de la discipline.
Les quatre sprinteurs échouaient ainsi au pied du podium, à quelques centièmes de la médaille de bronze. Une nouvelle occasion manquée pour le Sénégal de prolonger la trace laissée huit ans plus tôt par Dia Bâ.
Amy Mbacké Thiam, l’or mondial sans médaille olympique
Au fil des années, d’autres figures ont porté haut les couleurs du Sénégal sur la scène internationale, sans parvenir à monter sur le podium olympique.
Amy Mbacké Thiam demeure l’une des plus illustres. En 2001, à Edmonton, au Canada, elle devenait championne du monde du 400 m. Deux ans plus tard, aux Mondiaux de Paris, elle confirmait son statut parmi les meilleures spécialistes de la discipline en décrochant la médaille de bronze.
Son palmarès aurait pu s’enrichir d’une distinction olympique. Mais aux Jeux d’Athènes, en 2004, la championne sénégalaise ne parvenait pas à franchir le cap des demi-finales du 400 m. Son parcours résume, à lui seul, le paradoxe de l’athlétisme sénégalais depuis Séoul : des performances de premier plan sur la scène mondiale, mais aucun nouveau podium aux Jeux.
Saly Sarr, l’espoir d’un nouveau rêve olympique
Aujourd’hui, un nouveau nom concentre les espoirs : Saly Sarr. À 23 ans, la spécialiste du triple saut s’est progressivement imposée parmi les références internationales de sa discipline et multiplie les performances de haut niveau.
Le 23 août 2026, lors de la Diamond League disputée en Silésie, en Pologne, la Sénégalaise réalisait un bond de 15,08 m, établissant un nouveau record national. Elle effaçait ainsi l’ancienne marque de 15,00 m détenue par la regrettée Kène Ndoye.
Quelques jours plus tard, le 4 septembre, Saly Sarr franchissait un nouveau cap en remportant la finale de la Diamond League à Bruxelles, avec un saut à 14,96 m. Elle devenait ainsi la première athlète sénégalaise à s’imposer dans ce circuit prestigieux.
Le 13 septembre, elle confirmait encore sa montée en puissance en remportant le concours du triple saut du World Athletics Ultimate Championship, à Budapest, avec une performance de 15,06 m.
Ces résultats témoignent d’une progression spectaculaire. Championne d’Afrique, médaille mondiale en salle et désormais victorieuse dans les plus grandes compétitions internationales, Saly Sarr accumule les références qui nourrissent les ambitions sénégalaises.
Los Angeles 2028 en ligne de mire
Saly Sarr entend désormais écrire une nouvelle page de l’histoire du triple saut sénégalais, sur les traces de Kène Ndoye. Spécialiste du triple saut et du saut en longueur, Ndoye avait atteint la finale des Jeux olympiques d’Athènes en 2004, où elle avait terminé à la 14ᵉ place. Elle avait auparavant décroché le bronze aux Mondiaux en salle de 2003.
À Paris, en 2024, Saly Sarr n’avait pas réussi à se qualifier pour la finale du triple saut. Deux ans plus tard, ses performances marquent une montée en puissance et ouvrent la perspective des Jeux de Los Angeles, en 2028.
La perspective d’une deuxième médaille olympique sénégalaise est-elle devenue plus tangible ? Les résultats récents de Saly Sarr permettent en tout cas d’alimenter cette ambition, sans préjuger du verdict d’une compétition olympique où la concurrence mondiale reste extrêmement relevée.
Trente-huit ans après le geste historique de Dia Bâ à Séoul, le Sénégal attend toujours qu’un autre de ses athlètes monte sur un podium olympique. De l’argent obtenu en 1988 aux performances récentes de Saly Sarr, l’histoire de l’athlétisme sénégalais se réécrit entre héritage et espoir. À Los Angeles, en 2028, une nouvelle page pourrait s’ouvrir.