La semaine dernière, l’État du Sénégal a levé 157 milliards de francs CFA sur le marché des titres publics. Ce qui distingue cette opération, c’est le retour marqué des investisseurs vers les Obligations Assimilables du Trésor (OAT) à 3 et 5 ans. L’analyste financier et trader Same Mbaye décompose les éléments qui expliquent « une sortie de crise ».
Le 25 septembre 2026, le Trésor sénégalais a sollicité le marché financier régional de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) pour une émission globale de 150 milliards de FCFA, structurée simultanément par des Bons Assimilables du Trésor (BAT) à 364 jours et par des Obligations Assimilables du Trésor (OAT) à 3 et 5 ans. Le total des soumissions affichait 157,89 milliards de FCFA, soit un niveau de couverture de 105,26 %. Selon l’analyste et opérateur financier Same Mbaye, cette opération se distingue fortement de celle du 28 août 2026, qui intervenait avant l’accord avec le FMI et pour laquelle le Trésor avait mis en adjudication 70 milliards de FCFA. Les soumissions avaient alors dépassé le montant recherché, mais seules 77 milliards de FCFA avaient été retenus, soit un taux d’absorption de 67,65 %. Cette écart entre le volume des offres et les montants finalement retenus reflète une sélection plus rigoureuse des propositions émises par les investisseurs. Toutefois, l’analyse des rendements apporte des éclairages sur le mécanisme. En effet, au 28 août, les rendements moyens pondérés s’établissaient à 7,85 % pour le BAT, 7,77 % pour l’OAT à 3 ans et 8,24 % pour l’OAT à 5 ans. « Le Trésor pouvait ainsi privilégier les offres conformes aux conditions de financement recherchées et écarter certaines propositions qui imposaient des rendements plus élevés. Il faut toutefois présenter ce mécanisme comme une sélection des offres selon des paramètres de prix et de rendement, plutôt que d’affirmer que toutes les offres rejetées étaient nécessairement « trop coûteuses » pour l’État », précise Same Mbaye.
Une situation qui se détend
En poursuivant son analyse, Same Mbaye estime que la situation s’est améliorée depuis l’adjudication du 11 septembre 2026. Pour une émission mise en adjudication à 100 milliards de FCFA, les soumissions atteignent 109,02 milliards, et 101,34 milliards sont retenus, soit un taux de couverture de 109,02 % et un taux d’absorption de 92,96 %. Cette évolution, selon l’expert, reflète une meilleure adéquation entre les conditions offertes par le Trésor et les exigences des investisseurs, sans pour autant établir une causalité unique et certaine. Un élément de contexte important, selon lui, est l’accord technique en cours avec le FMI. Le programme prévu vise notamment à restaurer la stabilité macroéconomique et la viabilité de la dette, à réduire les vulnérabilités budgétaires et extérieures, et à renforcer les finances publiques. « L’accord restait toutefois conditionné à plusieurs étapes, notamment l’approbation par la direction et le conseil d’administration du FMI. Dans ce cadre, l’annonce du FMI peut être interprétée comme un facteur qui améliore la visibilité des investisseurs sur le cadre des politiques économiques, mais il serait excessif d’attribuer directement l’amélioration des adjudications à cet événement », indique Same Mbaye. Selon lui, la chronologie est compatible avec cette hypothèse, mais elle ne permet pas, à elle seule, d’établir une relation causale. D’autres facteurs peuvent intervenir, notamment les anticipations de taux d’intérêt, les besoins de liquidité des investisseurs, les stratégies d’allocation des portefeuilles et les conditions générales du marché régional.
Appétit pour le long terme
Le 28 août 2026, rappelle l’analyste, les OAT à 3 et 5 ans représentaient déjà environ 68,3 % des montants retenus. Cette proportion grimpe à 75,5 % le 11 septembre 2026, puis à 89,7 % le 25 septembre 2026. Il ne s’agit donc pas, selon lui, d’un basculement brutal d’un préférence pour les BAT vers les OAT, mais d’un renforcement progressif de la demande et de l’allocation en faveur des maturités plus longues. « Le 25 septembre, sur les 157,89 milliards de FCFA de soumissions retenues, les OAT totalisaient près de 141,62 milliards FCFA, contre 16,27 milliards FCFA pour le BAT. L’OAT à 3 ans concentre à elle seule 96,74 milliards de FCFA, soit environ 61 % du montant total retenu », précise-t-il. Selon son diagnostic, la dynamique est particulière car le taux de couverture diminue, passant de 162,60 % le 28 août à 105,26 % le 25 septembre, mais le taux d’absorption progresse fortement, de 67,65 % à 100 %. « Cette combinaison est particulièrement intéressante. Elle signifie que, le 28 août, le Trésor avait reçu un grand volume d’offres mais n’en avait retenu qu’une partie, alors que le 25 septembre, les montants proposés se rapprochaient davantage des besoins de financement et ont été intégralement retenus », ajoute Same Mbaye.
Selon lui, les adjudications entre fin août et fin septembre 2026 témoignent d’un renforcement de l’appétit des investisseurs pour les titres publics sénégalais, en particulier pour les maturités longues. Cette évolution peut s’expliquer par les rendements proposés, les anticipations de taux et l’annonce du programme envisagé avec le FMI. Toutefois, souligne-t-il, elle ne constitue pas à elle seule une preuve durable de confiance dans la trajectoire budgétaire. Pour lui, la consolidation budgétaire devra trouver l’équilibre entre la soutenabilité de la dette, la crédibilité financière, la protection sociale et le soutien à la croissance.