Anambe : les pluies de juillet freinent les emblavures et les producteurs lancent un appel à l’aide

22 août 2025

Le 14 juillet dernier, le bassinet de l’Anambé, s’étendant sur les départements de Kolda et de Vélingara, a enregistré plus d’un demi-mètre de précipitations, empêchant la poursuite des emblavures. Depuis lors, la situation demeure inchangée : les parcelles restent sous les eaux en quantité importante. Les producteurs tirent la sonnette d’alarme et lancent un appel à l’aide.

Des allées sinueuses et cabossées, surplombées par des épineux qui dissimulent l’horizon, mènent aux parcelles aménagées du Secteur 4 de la vallée rizicole de l’Anambé, sise dans la commune de Médina Chérif, dans le département de Kolda. Mercredi dernier, lors d’une visite des parcelles inondées de cette zone, journalistes et jeunes producteurs ont improvisé une sortie à moto, à la manière d’apprentis motards. Une chute, un guidon mal tenu, et le plongeon dans les eaux boueuses des rizières herbeuses n’est pas exclu. Nombre de terres dans ce secteur des 5000 ha aménagés par la Société de développement agricole et industriel du Sénégal (Sodagri) n’ont pas été emblavées.

Mamadou Gano, coordonnateur du Collectif des jeunes et petits producteurs de l’Anambé, précise : « Nous nous sommes réunis ici pour attirer l’attention des autorités, en premier lieu le chef de l’Etat, son Premier ministre et le ministre de l’Agriculture, de la souveraineté alimentaire et de l’élevage. Pour cette campagne agricole, nous traversons une situation inédite : près de 90% des parcelles n’ont pas été emblavées à cause des inondations. En réalité, le 14 juillet, la zone a reçu plus de 140 mm de pluie en moins de 24 heures. Cela a suffi pour détruire toutes les parcelles de riz semées et empêcher la poursuite des opérations de semis et de labour.»

Ces petits producteurs n’ont pas pu drainer les eaux afin de maintenir le rythme des emblavures. Malheureusement, la pluie a continué de tomber sur les départements de Vélingara et de Kolda, maintenant le statu quo. Cette situation est favorisée par l’état défectueux des parcelles, mal nivelées et détériorées après près de quarante années d’exploitation sans réhabilitation. Le Directeur technique de Sodagri, Abdoulaye Daff, confirme : «La situation du Secteur 4 est valable pour l’ensemble des secteurs du bassin rizicole qui couvre 5000 ha. Les parcelles se sont détériorées et nécessitent une intervention urgente de l’Etat du Sénégal pour les réhabiliter. Ce 14 juillet, on a enregistré 168 mm sur certaines zones du bassin. Le drainage devient impossible en raison du mauvais état du terrain.» Il ajoute : «Cette année, le retard pris dans la libération des parcelles pour les productions de contre-saison s’est répercuté sur la période des emblavures. C’est pourquoi les producteurs s’étonnent des pluies de juillet. Conséquence : 60% des parcelles ne sont pas exploitées.»

Les producteurs lancent un appel désespéré à l’aide
Souaïbou Diao, doyen des producteurs, déclare : « Nous sommes des agropasteurs qui ne vivent que de nos récoltes pour nourrir nos familles, assurer les soins et l’éducation. Ceux qui ont déjà semé sont les plus inquiets, car ils doivent rembourser les crédits de campagne. » Ces riziculteurs de l’Anambé attendent avec impatience la fin de l’hivernage pour se lancer dans la production de riz de contre-saison. Pour cela, « il faut libérer les parcelles assez tôt et mettre à disposition des tracteurs et des intrants. Sans cela, la soudure arrivera très tôt et les maigres aides étatiques ne suffiront pas à soulager les familles ». Il ajoute : « Les parcelles encore exploitées seront rapidement envahies par les oiseaux granivores. Il faut dès maintenant que l’État mette en place un dispositif de lutte anti-oiseau. Sinon, aucun grain de riz ne sortira de l’Anambé. » Ce n’est pas tout : « Les équipements hydroagricoles datent et il faut les réhabiliter. Autrement, le retour des fortes précipitations sera fatal pour les riziculteurs de l’Anambé. »

Les propositions de la Sodagri
Abdoulaye Daff, le Directeur technique de la Sodagri, partage les mêmes préoccupations que les producteurs. Déjà, il envisage des solutions pour remédier autant que possible à la situation. Il déclare :
« Nous envisageons de relancer les semis en proposant des cultures à cycle très court. D’ailleurs, le Directeur général de la société d’appui-conseil Sodagri doit se rendre sur place ce jeudi afin d’évaluer la situation et de proposer des pistes d’action. » Ensuite : « Nous pensons à la mise en place d’une campagne de contre-saison. Nous sommes déjà en train de la préparer, pour plus de 2000 ha. Elle devrait démarrer en décembre, ou au plus tard en janvier. » Toutefois, précise-t-il : « l’Etat doit mobiliser des ressources pour réhabiliter des aménagements devenus vétustes. »
En ce qui concerne les prêts, M. Daff rassure : « L’assurance agricole va rembourser ceux qui ont semé. Que les autres évitent toutefois de détourner l’objectif des crédits contractés. » akamara@lequotidien.sn