À première vue, rien ne prédisposait Amina Diaw à devenir une créatrice de contenus dédiés à la tech. Pourtant, depuis 2019, elle façonne « Tech Rekk 221 » en une voix technologique singulière pour le Sénégal. Une aventure démarrée avec peu de ressources, mais portée par une ambition qui n’a jamais cessé de vibrer.
Parfois, il faut sonder ce qui se cache derrière les apparences pour comprendre les trajectoires. Celle d’Amina Diaw ressemble à un détour plus qu’à une rupture nette. Elle aurait pu tracer des plans, imaginer des bâtiments, concevoir des espaces. Elle s’est retrouvée avec des chiffres entre les mains avant de terminer derrière une caméra à parler de smartphones, de jeux vidéo, d’accessoires et de technologies. Rien n’indiquait, à première vue, une connexion entre ces univers. Pourtant, son parcours raconte moins une rupture qu’une passion qui, patiemment, cherchait son chemin. « Avant « Tech Rekk 221 », il y avait tout simplement Amina ». Une enfant à l’aise avec les ordinateurs, les consoles et les smartphones. « J’aimais découvrir de nouvelles choses, tester des jeux vidéo, évaluer des appareils et comprendre leur fonctionnement ». La technologie n’était pas encore un métier: elle faisait partie du quotidien, presque comme une compagne de route. Son premier amour, lui, était autre: l’architecture. Les dessins, les bâtiments, les plans et la création d’espaces nourrissaient son imagination. Elle se voyait architecte. Mais le projet ne récoltait pas l’assentiment du père. Elle pivote, s’oriente vers des études de Finance-Comptabilité et obtient une licence dans un domaine qui peut sembler éloigné de ce qu’elle fait aujourd’hui. Mais certaines passions restent tenaces. Pendant ses années d’études, Amina continue de suivre l’actualité technologique.
Quand la spectatrice prend la parole
« À l’époque, je passais des heures à regarder les conférences de Samsung, Apple, Xiaomi ou Google », raconte-t-elle. Son objectif était de comprendre ce que cachent les machines et ce qu’elles peuvent réellement changer dans le quotidien. C’est précisément cette curiosité qui finira par devenir une vocation. Chez Amina, la technologie ne se résume pas à des gadgets exhibés pour faire joli: elle est une matière à explorer.
Le déclic survient aussi devant un constat: le public sénégalais consomme massivement des contenus technologiques venus de l’étranger. Les informations existent. Les produits existent. Mais l’approche n’est pas toujours adaptée aux réalités locales. Les budgets ne sont pas les mêmes. Le marché diffère. Les préoccupations aussi. Et dans cet univers, les voix féminines restent peu nombreuses. « Je me suis dit qu’au lieu d’attendre ce contenu, je pouvais le créer moi-même », affirme A. Diaw. En 2019, elle lance sa chaîne YouTube avec une ambition qui peut paraître simple mais qui, avec le recul, s’avère prémonitoire: parler de technologie de manière accessible, honnête et en phase avec les réalités sénégalaises.
Le premier chapitre de l’aventure est loin des studios étincelants et des équipements sophistiqués. Son premier unboxing se fait avec les moyens du bord. Le téléphone présenté est offert par son oncle, Cheikh Ndiaye. Ses cousins Bamba et Mouhamed lui prêtent main-forte: « L’un tenait le téléphone que je présentais pendant que l’autre tenait un autre téléphone avec le flash allumé pour m’éclairer. C’était vraiment du système D, mais on l’a fait quand même », raconte Diaw. La famille occupe alors les premiers rôles dans cette aventure encore balbutiante. Sa tante Aby partage les vidéos autour d’elle et devient, à sa manière, la première attachée de presse de la jeune créatrice. « Ce soutien familial a énormément compté dans la construction de « Tech Rekk 221 » », reconnaît Amina.
Depuis, l’artisanat des débuts a laissé place à une pratique beaucoup plus rigoureuse. Amina ne parle pas d’un produit avant de l’avoir suffisamment étudié. Elle consulte les informations officielles, confronte les fiches techniques, observe les tests existants et, lorsque c’est possible, éprouve elle-même les appareils. Cette exigence l’a conduite à apprivoiser l’erreur. Elle reconnaît s’être déjà trompée et avoir dû revenir sur certaines informations. Loin de considérer la rectification comme un aveu de faiblesse, elle y voit une condition de la crédibilité: « La crédibilité, ce n’est pas de ne jamais se tromper, c’est aussi de savoir comment on réagit quand on se trompe ».
La passion a fini par payer
Il serait toutefois réducteur de réduire « Tech Rekk 221 » à une simple histoire de passion devenue passe-temps. Chez Amina, l’idée de professionnaliser cette activité est ancienne. Avant même de lancer sa chaîne, elle avait déjà envisagé son modèle économique. Son mémoire de fin d’études portait précisément sur la création d’une chaîne YouTube dédiée à la high-tech. La Finance-Comptabilité n’a donc pas été une parenthèse inutile: elle lui a donné les outils pour penser le projet comme une entreprise. Aujourd’hui, « Tech Rekk 221 » lui rapporte financièrement: des collaborations rémunérées avec des marques, la création de contenus pour des entreprises, des prestations de production vidéo, des événements et des projets liés à l’écosystème technologique constituent les principaux volets de cette activité. Amina peut désormais vivre de ce qu’elle a patiemment construit. Mais la réussite apparente cache aussi des heures de travail: recherches approfondies, prises à répétition, installation de matériel, déplacements, montage et fatigue que l’écran ne restitue pas. « On voit le résultat final et les opportunités qu’apporte la création de contenus, mais moins les sacrifices qui permettent d’y arriver », précise-t-elle.
Cette réalité perce le vernis des réseaux sociaux. Derrière la lumière, il y a le labeur. Derrière l’aisance apparente devant la caméra, il y a souvent plusieurs prises. Derrière une publication réussie, il y a un travail invisible que le spectateur ne soupçonne pas. Cette part cachée du métier est peut-être ce qui a le plus façonné Amina. La création de contenus lui a appris à sortir de sa zone de confort, à gagner en confiance et à mesurer le chemin parcouru.
Une femme dans la Tech, mais d’abord une créatrice
Dans le monde de la technologie et du gaming, encore largement masculin, elle aurait pu faire de cette réalité un sujet permanent. Elle choisit toutefois une posture différente. « Je ne cherche pas à être une femme qui fait de la Tech. Je suis une femme, créatrice de contenus tech », affirme Amina Diaw.
La nuance est subtile. Elle refuse que son identité soit réduite à une particularité qui limiterait son champ d’action. Chez elle, la confiance ne repose pas sur un discours de façade, mais sur le travail concret: apprendre, progresser, essayer, recommencer, et laisser les résultats parler. Cette confiance est aussi nourrie par Tech Rekk 221. Au départ, Amina pensait nourrir une simple passion; aujourd’hui, elle dirige une activité professionnelle entourée d’une communauté et porte une vision: « Mon objectif est de devenir la référence numéro 1 de la création de contenus tech en francophone en Afrique de l’Ouest. Je veux que « Tech Rekk 221 » dépasse le cadre d’un simple canal ou d’un compte sur les réseaux et devienne une marque capable de porter d’autres initiatives dans la technologie, le gaming et la création de contenus ». L’ambition ne se réduit pas à une course aux abonnés. Il s’agit de crédibilité, de qualité, d’identité et de projets. Elle entrevoit déjà un futur où « Tech Rekk 221 » ne serait plus uniquement une présence numérique, mais une marque capable de soutenir d’autres initiatives dans la technologie, le gaming et la création de contenus. Amina n’a pas suivi la ligne droite.
Elle a emprunté les chemins de traverse. La finance l’a instruite, la curiosité l’a guidée et la technologie lui a offert un territoire à elle. Il lui reste maintenant à mesurer jusqu’où ce territoire peut s’étendre. Une chose semble acquise: « Tech Rekk 221 » n’est pas le point d’arrivée. Ce n’est que le commencement.