Lors des commémorations liées à la disparition d’Amadou Makhtar Mbow, le Sénégal met en lumière une figure majeure de l’éducation, de la culture et du rayonnement intellectuel africain, dont l’œuvre continue d’inspirer les générations.
Le jeune homme qui a façonné un siècle
Né en 1921 à Dakar, Amadou Makhtar Mbow grandit à Louga, où il fait d’abord ses classes à l’école coranique avant d’intégrer l’enseignement public français. À 18 ans, alors que l’Europe est secouée par la Seconde Guerre mondiale, il s’engage volontairement dans l’armée de l’air française. Cette expérience marque durablement sa perception des liens entre l’Afrique et le reste du monde.
Le pédagogue et l’homme politique
À l’issue de sa période militaire, il se tourne vers l’enseignement. Professeur d’histoire et de géographie en Mauritanie, puis au Sénégal, il fait de la transmission des savoirs une boussole pour son cheminement. Peu à peu, cet engagement l’entraîne vers la vie publique.
Membre fondateur du PRA-Sénégal, qui devient l’opposition légale dominante après la crise politique de décembre 1962, Amadou Makhtar Mbow entre au gouvernement en 1966 en tant que ministre de l’Éducation nationale. Il se voit ensuite confier le portefeuille de la Culture, qu’il dirige jusqu’en 1970.
Par ailleurs, il représente le Sénégal au Conseil exécutif de l’UNESCO, préfiguration d’une carrière internationale remarquable.
Le pionnier à la tête de l’UNESCO
En 1974, Amadou Makhtar Mbow accède au poste de directeur général de l’UNESCO, une première pour un Africain dirigeant une grande institution du système des Nations unies. Pendant treize années, jusqu’en 1987, il imprime à l’organisation une dynamique fortement axée sur l’égalité entre les nations.
Sous son impulsion, la commission présidée par Sean MacBride publie le rapport Voix multiples, un seul monde, alimentant un vaste débat sur la nécessité d’un ordre mondial de l’information et de la communication plus équilibré entre le Nord et le Sud.
Ce combat pour une justice accrue dans les domaines de l’éducation, de la culture et de l’information reçoit des soutiens mais suscite aussi de fortes oppositions de la part de certaines puissances majeures. Son passage à la tête de l’UNESCO illustre la dimension politique de son action et sa volonté de promouvoir une meilleure représentation des pays du Sud dans les grandes discussions internationales.
Une expérience toujours au service du Sénégal
De retour au Sénégal, Amadou Makhtar Mbow ne se retire pas de la vie publique. En 2008, alors qu’il approche des quatre-vingt-dix ans, il préside les Assises nationales, vaste réflexion sur l’avenir du pays. Il dirige ensuite la Commission nationale de réforme des institutions (CNRI), chargée de proposer des mesures pour renforcer les institutions et approfondir la démocratie sénégalaise.
Cette implication tardive mais déterminée illustre une constante de son parcours : la conviction que l’expérience et le savoir doivent demeurer au service de la collectivité.
La reconnaissance de son œuvre se manifeste aussi par une illustration symbolique avec l’Université de Diamniadio, inaugurée en décembre 2022 et portée à son nom. Ce choix inscrit son héritage dans l’avenir et auprès des générations appelées à poursuivre le travail de construction du pays.
Deux ans après son décès, la mémoire d’Amadou Makhtar Mbow demeure vivante dans le débat public sénégalais et international. Son parcours continue d’être évoqué à travers les hommages institutionnels et la transmission de son engagement en faveur de l’éducation, de la culture et d’un ordre international plus équilibré.
Universitaire, enseignant, ministre, diplomate et homme d’engagement, Amadou Makhtar Mbow a traversé plus d’un siècle d’histoire sans jamais renoncer à ses convictions. À travers ces différentes facettes se trace la trajectoire d’un homme qui a consacré sa vie à faire du savoir un instrument de dignité, de progrès et de paix.