Le réaménagement du cabinet dirigé par Ousmane Sonko a, une fois de plus, abouti à la nomination d’un nouveau ministre de la Culture : Amadou Bâ, député du parti Pastef. Une consolation pour les acteurs culturels, le secteur gagne désormais une nouvelle complémentarité avec les domaines du tourisme et de l’artisanat.
Après plusieurs mois marqués par un compagnonnage hésitant entre la jeunesse, les sports et la culture, le ministère se retrouve sous une configuration inédite. Dans le cadre du remaniement gouvernemental intervenu ce samedi, il s’agit désormais d’un ministère de la Culture, de l’artisanat et du tourisme. Cette fusion répond, selon les autorités, à des appels répétés ces derniers mois en faveur d’une séparation entre la culture et les sphères du sport et de la jeunesse. Pendant le court passage de Khady Diène Gaye à la tête du « super » ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, l’instabilité de cet assemblage a été davantage démontrée. Aujourd’hui, l’arrivée d’Amadou Bâ à la tête d’un ministère combinant la Culture, l’artisanat et le tourisme nourrit un nouvel espoir. Beaucoup estiment en effet que réunir la culture, le tourisme et l’artisanat est une option conforme à une logique de complémentarité. Et lorsque ce dispositif est complété par un secrétariat d’État à la Culture, aux industries culturelles créatives et au patrimoine historique, les acteurs se montrent optimistes. Dr Bakary Sarr, qui demeure en poste, accueille cette nouvelle confiance renouvelée. Dans une réaction poster sur les réseaux sociaux, il écrit : «Ma reconduction dans l’équipe gouvernementale est une source supplémentaire de motivation dans la réalisation des objectifs assignés. La culture, avec le tourisme et l’artisanat, va davantage jouer un rôle majeur pour l’attractivité et la relance de l’économie du pays.»
Après la publication de la liste des ministres, le Premier ministre Ousmane Sonko est revenu à la tribune pour expliquer la portée des réaménagements opérés. «La culture est importante. Beaucoup de pays se sont développés grâce à leur culture», affirme-t-il. «La culture qui, comme le disait l’ancien président de la République, Léopold Sédar Senghor, est au début et à la fin de toute œuvre de développement, a été rattachée au tourisme et à l’artisanat. Ce sont des activités extrêmement complémentaires, mais cela démontre l’importance que nous attribuons à cette branche majeure des politiques publiques, la culture et les industries créatives», précise le Premier ministre.
Au Sénégal, le ministère de la Culture est sans doute l’un des départements les plus instables. Sous la présidence de Macky Sall, six ministres de la Culture ont été nommés, parmi lesquels Youssou Ndour, Mbagnick Ndiaye, Abdoul Aziz Mbaye et le Pr Aliou Sow. Abdoulaye Wade avait également nommé plusieurs ministres de la Culture, dont Amadou Tidiane Wone et Modou Bousso Lèye. Le tandem Sonko–Diomaye s’inscrit aussi dans cette dynamique et a vu apparaître Khady Diène Gaye puis Amadou Bâ au sein de ce ministère. Depuis les années 2000, le département peine à nouer une relation durable avec ses dirigeants. Par ailleurs, les résultats n’ont pas toujours été à la hauteur des attentes. Hormis quelques avancées notables — l’adoption de textes tels que la rémunération par copie privée, le statut de l’artiste et la création de plusieurs fonds destinés au financement du cinéma, du livre et des cultures urbaines — les défis restent nombreux. À l’horizon se profilent diverses manifestations d’envergure, notamment la Biennale d’art contemporain de Dakar, dont la tenue est prévue en 2026 et qui coïncide avec les Jeux Olympiques de la Jeunesse.