Sa musique a franchi largement les frontières de son Mali natal pour s’imposer sur les plus grandes scènes internationales. Aly Farka Touré a dédié, tout au long de sa carrière, sa voix et son intransigeante attachement à l’enracinement du blues, revendiquant fièrement la paternité africaine de cette sonorité.
On distingue chez certains artistes des dons innés dès la naissance et, chez d’autres, une progression façonnée par l’apprentissage, le travail et l’abnégation. Mais il existe des personnalités rares qui réunissent les deux attributs, et Aly Farka Touré appartient sans conteste à cette catégorie privilégiée. Il mêle des dispositions naturelles à une soif inextinguible d’apprendre, d’évoluer et de remettre sans cesse son art en question. De cette alchimie naît le talent, parfois le génie, et le guitariste malien incarne indéniablement cette dualité.
Virtuose de la guitare, l’artiste originaire du Mali n’a pas emprunté les circuits scolaires ni les parcours académiques qui sculptent habituellement les grands instrumentistes. Son apprentissage est une école de vie, une école de tradition et d’écoute. Il puise dans le riche patrimoine musical malien pour forger une identité sonore qui dépasse peu à peu les frontières nationales et dialogue avec le blues américain. Le fait d’entendre son jeu transcende les codes musicaux: les spécialistes y discernent la maîtrise d’un guitariste d’exception, tandis que les auditeurs non avertis se laissent porter par la beauté des sonorités qui émergent de son instrument.
Aly Farka Touré voit le jour en 1939 dans la région de Tombouctou, au Mali. Dans la publication Desert Blues / Entre Dunes Et Savanes, il est écrit que « Aly Farka Toure apprend en observant les griots, en s’imprégnant des musiques traditionnelles peules, songhaï, tamasheq et bambara qui circulent le long du fleuve. Sa première guitare, il se la fabrique lui-même, à partir d’une seule corde tendue sur une caisse de résonance artisanale ». Cet instrument, profondément enraciné dans les répertoires locaux, forge son approche de la guitare électrique. Face à ce talent étourdissant et à la maîtrise quasi légendaire des notes, la critique occidentale l’a longtemps surnommé « le John Lee Hooker africain ». Un sobriquet qui ne lui enchante guère, car il avait coutume, avec fierté, de rappeler : « le blues américain descend des musiques ouest-africaines, et non l’inverse ».
Une notoriété et des Grammy Award
Sa carrière prend véritablement son essor dans les années 1980, lorsqu’il signe avec le label britannique World Circuit. Sa sonorité dépasse immédiatement les frontières du Mali. Mais c’est l’album Talking Timbuktu, enregistré en 1994 avec le guitariste américain Ry Cooder, qui le projette sur la scène internationale et lui vaut un Grammy Award. Il obtiendra un deuxième Grammy, à titre posthume, pour In the Heart of the Moon, enregistré avec le grand maître de la kora Toumani Diabaté. Cette collaboration marque symboliquement le dialogue entre deux grandes traditions instrumentales du Mali.
Paysan dans l’âme
Aly Farka Touré ne s’est jamais pensé comme musicien à plein temps; il s’est avant tout considéré comme agriculteur. Il a pleinement dédié son existence à l’agriculture et à l’élevage. Il fait même construire, à ses frais, une centrale électrique destinée à alimenter son village natal. En 2004, il est élu maire de sa ville et occupera ce poste jusqu’à son rappel à Dieu, refusant tout salaire pour cette fonction.
Aly Farka Touré s’éteint en mars 2006, peu après avoir achevé l’enregistrement de l’album Savane, publié à titre posthume en juillet de la même année. Cet opus est salué comme l’un des sommets de son œuvre. Aujourd’hui, sa musique demeure une référence incontournable pour quiconque s’intéresse aux racines africaines du blues.