Dans le cadre de cet échange, Alioune Badara Mbengue, préfet de Tambacounda, expose une vision ambitieuse pour le développement du département, le présentant comme un carrefour stratégique, riche en ressources foncières et en potentialités économiques considérables. Il met en relief des projets majeurs, notamment la relance du réseau ferré et l’installation de centrales solaires destinées à assurer l’autonomie énergétique de la région.
Monsieur le Préfet, comment se porte la région de Tambacounda ?
La région offre d’importantes perspectives de progrès. On peut d’ores et déjà affirmer que Tambacounda figure parmi les zones les plus prometteuses, en raison même de sa situation géographique. Le département dispose d’immenses réserves foncières, couvrant environ 13 000 km². Le territoire le plus vaste du pays est celui de Goudiry, qui s’étend sur près de 17 000 km². Dès lors, des projets structurants demandant un important foncier peuvent se déployer à Tambacounda sans obstacles majeurs. Depuis mon arrivée, nous avons assuré le suivi d’un grand nombre d’initiatives étatiques, notamment celle qui a été visitée par le président de la République au cours des 5 et 6 février 2026. L’université de Tambacounda, dont l’achèvement est prévu en octobre 2026 et qui s’étend sur 50 hectares avec des extensions prévues, montre des avances notables dans les travaux. Le chemin de fer revêt une signification concrète pour les populations locales et pour l’économie régionale. Aujourd’hui, les camions affluent en masse vers la région, aussi bien en provenance de la sous-région que de Dakar. Ainsi, l’établissement d’une gare ferroviaire permettra de réduire les délais et les distances pour les transporteurs. Ces derniers pourront désormais, depuis Tambacounda, effectuer les formalités et les opérations nécessaires sans avoir à passer par Dakar. Par ailleurs, nous projetons la mise en place d’un port sec sur un site de 50 hectares en périphérie de Tambacounda, en direction de Bakel. Ces projets structurants devraient assurer une activité économique soutenue sur l’ensemble du territoire régional.
La question du foncier fait l’objet de beaucoup de convoitises. Sur le plan administratif, comment vous vous organisez pour bien encadrer cette problématique ?
En matière de foncier, il existe plusieurs statuts : le domaine national, le domaine classé et le domaine privé de l’État. Le domaine privé de l’État est géré par l’administration directe. Si l’on considère le territoire communal de Tambacounda, il est régi par un titre foncier détenu par l’État. Ainsi, toute opération de lotissement ou toute activité relative au foncier se fait en liaison avec le service des domaines. Nous renforçons les mécanismes de surveillance afin de prévenir les occupations anarchiques des emprises publiques susceptibles d’accueillir des projets structurants. Concernant le domaine national, autrefois, l’autorité administrative chargée du contrôle se chargeait de l’approbation des délibérations. À présent, les règles ont évolué : pour des superficies entre 1 et 10 hectares, c’est le sous-préfet qui approuve; entre 10 et 50 hectares, c’est du ressort du préfet; au-delà de 50 hectares, il faut l’accord du gouverneur accompagné d’une numérotation du Secrétariat général du gouvernement. Dès lors, le niveau central peut aussi vérifier le processus délibératif foncier. Lorsque des terres ne sont pas valorisées, on peut coopérer avec les collectivités locales pour leur désaffectation et éviter que ces délibérations ne soient détournées de leur destination initiale.
L’autre problème, c’est le retour des inondations à Tamba. Quelles mesures avez-vous prévues ?
L’année 2025 a été marquée par des épisodes douloureux, notamment des inondations à Tambacounda. Dans la ville, le Mamakounda est une vallée autrefois sèche dont le lit est aujourd’hui occupé de manière anarchique. Cette situation amplifie le risque d’inondations, en créant des blocages qui entravent l’écoulement des eaux. Les crues durent généralement quelques heures; l’eau entre et repart, provoquant des dommages matériels. Nous avons aussi constaté de nombreux effondrements d’ouvrages. Nous étudions actuellement comment élargir certains ponts et réaménager certaines infrastructures. Cette année, notre action s’est articulée autour de l’appui aux populations, tout en bénéficiant du soutien du ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement. Ensemble, nous avons procédé au curage des canaux et des voies d’écoulement, qui étaient obstrués par des déchets végétaux. Dans le cadre du Projet de Gestion Intégrée des Inondations au Sénégal (Pgiis), piloté par le ministère, nous avons instauré une structure à l’échelle communale impliquant l’ensemble des habitants et un plan communal de sauvegarde. L’objectif est d’intégrer tous les acteurs – sapeurs-pompiers, forces de défense et de sécurité, mairie et services de l’État – afin d’organiser les interventions publiques face à ce type de situation et de synchroniser l’action de l’État.
Tambacounda souffre aussi de problèmes d’infrastructures avec des bâtiments vétustes de l’administration. Qu’est-ce que vous pouvez nous dire par rapport à cette situation ?
Pour les bâtiments, il convient de nuancer le propos. Aujourd’hui, de nombreux services bénéficient de locaux fonctionnels et de bonne qualité. D’autres services envisagent de construire leur propre siège, pour lesquels le foncier a déjà été attribué. Par ailleurs, certains bâtiments, en place depuis l’indépendance, n’ont pas été remis à niveau. Lors d’une récente visite du ministre en charge de l’Artisanat, il a été question d’améliorer le cadre dédié à la Chambre de métiers et au village artisanal. Il faut reconnaître qu’il demeure des efforts à faire pour améliorer les choses à Tambacounda.