À Tobor, la terre donne naissance, façonne et prépare une relève d’entrepreneurs agricoles prête à s’impliquer durablement. Dans cette localité du département de Bignona, l’ensemble des acteurs mise sur les terres encore disponibles, sur l’eau d’Affiniam et sur l’enseignement agroécologique pour faire de l’agriculture un moyen efficace de freiner l’exode vers l’Europe.
ZIGUINCHOR- Dès l’ouverture du portail du centre agroécologique de Tobor, une vision inattendue s’impose à l’observateur. Ici, la terre apparaît comme un espace d’apprentissage, d’expérimentation et d’espoir. Des parcelles luxuriantes s’étendent dans l’enceinte du centre. Des plants bien entretenus s’y épanouissent. Plus loin, des jeunes vêtus de T-shirts verts s’activent autour de jeunes pousses qu’ils mettent en terre avec une application méthodique. À quelques pas, d’autres apprennent les métiers liés aux énergies renouvelables, notamment le solaire, tandis que l’aquaculture ouvre de nouvelles perspectives. Le centre agroécologique est ainsi devenu un point de convergence pour une jeunesse originaire de Niamone, mais aussi de plusieurs régions du pays. Certains apprenants ont même effectué le déplacement depuis Goudiry. Tous partagent une même aspiration : apprendre, produire et, surtout, vivre de leur savoir-faire. Dans ce décor, les mains s’enfoncent dans la terre pendant que les esprits se renforcent. Pour Atab Badji, maire de Niamone, sa commune dispose d’un potentiel foncier nécessaire pour franchir ce cap. « Niamone dispose d’un potentiel foncier important, contrairement à Bignona et Ziguinchor. Nous sommes également situés à une position stratégique, à proximité des marchés gambien et bissau-guinéen. Et nous avons également la chance de disposer d’un centre de formation agroécologique », se glorifie l’élu territorial lors de la visite du ministre de l’Agriculture, Dr Cheikhou Oumar Bâ. Mais l’argument le plus fort, selon lui, se trouve dans les salles et les parcelles du centre. Les jeunes qui y sont formés. « Nous avons ici des jeunes qui peuvent devenir de véritables fermiers. Ils n’ont aucune raison d’aller chercher leur avenir en Europe. Ils disposent d’un centre agroécologique moderne, avec de bonnes conditions de formation et d’hébergement. Il nous appartient maintenant de les accompagner et de leur donner les moyens de réussir », insiste Atab Badji.
Affiniam, le réservoir qui peut changer la donne
À Niamone, la question foncière ne constitue pas le seul motif d’espoir. L’eau pourrait également jouer un rôle déterminant dans la transformation agricole de la commune. Pour cela, le maire pointe le potentiel du barrage d’Affiniam, récemment réhabilité. Une ressource qu’il considère comme un levier encore sous-exploité. « Notre commune compte onze villages et dispose de nombreuses potentialités. Nous ne sommes pas confrontés à un problème majeur d’accès à l’eau, grâce au barrage d’Affiniam. Il reste encore environ 25 millions de mètres cubes d’eau non exploités qui pourraient contribuer fortement à notre objectif d’autosuffisance alimentaire », se réjouit Atab Badji. Pour l’édile, le plus difficile a déjà été réalisé avec la réhabilitation de l’ouvrage. Il faut désormais franchir l’étape suivante : amener l’eau jusqu’aux terres agricoles. « Le barrage a été réhabilité à coups de milliards. Il faut maintenant réaliser les investissements nécessaires pour connecter les champs au réseau d’eau. Une telle démarche permettrait de sécuriser la production et de donner aux agriculteurs les moyens de travailler dans de meilleures conditions », estime Atab Badji. Des terres disponibles, une réserve d’eau importante, une situation géographique avantageuse et une jeunesse en formation, etc. L’équation est donc résolue. Il ne manque, selon le maire, qu’un ingrédient essentiel : l’investissement. « Les investisseurs qui cherchent une destination agricole doivent regarder du côté de Niamone. Investir ici, c’est exploiter un potentiel économique considérable, mais c’est aussi offrir une alternative à l’exode des jeunes vers l’Europe et vers d’autres destinations », plaide-t-il. Cette volonté de faire de la jeunesse un acteur du développement local ne date toutefois pas d’hier. Dès son arrivée à la tête de la commune, Atab Badji a lancé le projet « Un village, une vallée, une ASC, un champ ». L’ambition est de faire des Associations sportives et culturelles (ASC) un véritable outil de mobilisation agricole. Dans les parcelles du centre agroécologique, les jeunes continuent de planter. Geste après geste, ils mettent en terre bien plus que de simples plants. Ils y matérialisent leur ambition de construire leur avenir ici, plutôt que de le chercher ailleurs. À Niamone, la bataille contre l’exode des jeunes pourrait ainsi commencer par une chose aussi simple qu’un geste de la main : planter, cultiver et récolter sur sa propre terre.