Affronter les opposants du peuple : tactiques et enjeux

18 août 2025

Rien de vraiment nouveau sous le soleil !

La révolution russe menée par Lénine avait, comme toujours, à affronter ces « ennemis du peuple » que personnifient les classes sociales réunies autour de la bourgeoisie capitaliste et des grands propriétaires terriens. Dans notre pays, autrefois colonisé, on parle de la bourgeoisie bureautique, et Seydou Cissokho disait que tant que cette caste serait au pouvoir, le développement du Sénégal serait compromis.

La figure emblématique, pour ne pas dire le père spirituel de cette caste, fut le poète-président qui, durant les premières années de notre indépendance formelle, combattit farouchement toutes les forces politiques hostiles à l’arrimage de notre jeune nation au char de l’impérialisme occidental.

En effet, dans notre pays, des patriotes tels Mamadou Dia, Cheikh Anta Diop et des centaines de militants nationalistes et/ou de gauche (PAI originel, AJ-XAREBI) furent écartés, marginalisés, emprisonnés, torturés et parfois même assassinés par le régime senghorien.

Acculés par les assauts du mouvement national démocratique, les stratèges de la Françafrique adoptèrent très tôt des dispositions pour instaurer un multipartisme limité et remplacer le vieux patriarche devenu impopulaire par son dauphin illégitime, par le biais de l’article 35, alinéa 2 (loi constitutionnelle nº76-27 du 6 avril 1976).

La parenthèse Abdou Diouf, censée revitaliser le parti-État et perpétuer la domination néocoloniale, dans un cadre de démocratie multipartisane sous surveillance, se heurtait à la volonté irrépressible du peuple sénégalais de franchir une étape supérieure dans son évolution politique, à travers le parachèvement de sa souveraineté, l’approfondissement de son processus démocratique et la refondation institutionnelle.

La première alternance politique, en 2000, loin d’inscrire le pays sur la voie d’une libération nationale et sociale, a tenté en réalité de reproduire le modèle du Parti-État, fondé sur une bourgeoisie bureaucratique.

Les partis de gauche, la société civile et les organisations de défense des droits humains opposèrent une résistance farouche au maintien du statu quo néocolonial et aux régressions démocratiques qui atteignirent leur paroxysme avec la perspective d’un mandat indu et une éventuelle remise en cause monarchique du pouvoir.

Le boycott des législatives de 2007, l’organisation des Assises nationales en 2008-2009, la victoire de l’Opposition dans les grandes agglomérations lors des municipales de 2009, les émeutes liées à l’électricité et les épisodes pré-électoraux furent autant de signaux d’un bouillonnement sociopolitique annonçant des ruptures décisives dans la gestion de la Cité.

Malheureusement, le camp des « Assisards » fut dépassé par Macky Sall, héritier spirituel du président Wade, face auquel il n’opposa qu’un différend personnel, et non une divergence politique ni idéologique.

La seconde alternance scella la trahison des idéaux des Assises nationales et une tentative de saper les fondamentaux démocratiques par une classe politique traditionnelle, réunie au sein de Benno Bokk Yakaar, privilégiant les intérêts étroits de ses appareils politiques encore immatures ou en déclin.

Par divers mécanismes tels que le clientélisme, la corruption, la transhumance et l’entrisme, se constitua une alliance sacrée des forces politiques favorables au maintien de l’ordre néocolonial, que le président Sonko a justement décrit comme un « système ».

C’est précisément ce système que défendent les ennemis du peuple et qu’il convient de démanteler.

Inutile de s’étonner dès lors que les tenants de cet ordre périmé montent en puissance, attachés, comme à l’œil, à la survie de leurs catégories et concepts dépassés.

Nous ne voulons plus de leur République mensongère, qui, pendant plus de six décennies, a foulé aux pieds les droits élémentaires du peuple travailleur, alors que ses richesses ont été bradées au profit des puissances étrangères.

Nous en avons assez du monarque républicain et de son Parlement décoré de députés dociles.

Nous rejetons une justice de classe, pliée aux ordres, qui s’est surtout illustrée jusqu’à présent par l’exécution servile de « commandes politiques » et par le déni du droit constitutionnel des citoyens à la résistance, fermant les yeux sur des milliers d’arrestations et des crimes d’État arbitraires.

Nous ne reconnaissons plus certains pans d’une presse qui, autrefois, occupait les premiers rangs dans la lutte pour les droits et libertés et qui, après avoir navigué à vue durant le règne autoritaire de Macky Sall, est aujourd’hui devenue le relais complaisant des infos fausses et des insultes de l’opposition milliardaire.

Pour mener à bien cette tâche ardue et complexe, le nouveau régime devra refonder les institutions en profondeur, restructurer le parti et la coalition au pouvoir et instaurer une nouvelle République distincte de celle qui a prévalu jusqu’ici dans notre pays.

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