Accès restreint au marché de l’assurance : absence de normes dénoncée

20 septembre 2025

Les dommages provoqués par les incendies dans les marchés du Sénégal constituent une source de sinistralité récurrente. Toutefois, malgré la gravité des dégâts causés par les flammes, ces marchés ne bénéficient jamais d’indemnisation, faute d’assurance. «Chaque année, on voit des marchés qui brûlent, et aucun d’entre eux n’est assuré», a affirmé hier le Directeur exécutif de la Fédération sénégalaise des sociétés d’assurances (Fssa) lors du lancement de l’association Sengov’Risk.

D’après Dr Mactar Faye, il n’existe pas d’arrêté qui encadre la réglementation des marchés. L’arrêté en vigueur, datant de 1998, à l’époque du Parti socialiste lorsque Abdourahmane Sow était ministre du Commerce, n’a jamais été appliqué. «En 1998, du temps du Ps, c’était Abdou­rahmane Sow qui était le ministre du Commerce. Il y avait un arrêté pour réglementer les marchés. C’est le seul arrêté en termes de réglementation, et aucun marché ne l’a appliqué», a-t-il dénoncé. Cette situation, dit-il, empêche toute couverture assurantielle de ces lieux. «Aujourd’hui, les assureurs ont du mal à les assurer. On connaît la configuration des marchés. Quand survient un incendie dans Tilène ou Sandaga, les sapeurs interviennent, mais tout a déjà brûlé avant leur arrivée. Les sapeurs le savent et ils le disent. Même lorsqu’on les prévient d’un incendie à Tilène ou à Sandaga, ils savent que tout va partir en flammes avant leur arrivée. Mais ils restent obligés d’intervenir», déplore l’assureur.

Et face à ce type de sinistres, où l’on parle souvent d’un sinistre quasi total, les habitants et commerçants s’en remettent alors à l’assurance. Selon Dr Faye, «les assureurs ne sont pas des philanthropes. Si la personne ne souscrit pas à une police d’assurance, elle n’a aucune garantie», s’est-il dé­claré. Avant d’ajouter que «aucun assureur, après une visite lors d’un sinistre, n’acceptera d’assurer ces marchés. Nous avons eu plusieurs pourparlers avec les assureurs, mais au final ils ont dit qu’ils n’iraient pas assurer. Nous ne sommes pas des philanthropes; pourquoi assurer des marchés où des fils traînent partout, ou il n’y a aucune possibilité pour les secours d’intervenir ?»

Face à ces constats, la Fssa invite ainsi à avancer vers une assurance obligatoire. «Nous venons de recevoir une étude réalisée pour le compte de la Fanaf. Elle montre qu’il existe près de 40 assurances obligatoires. En France, on compte plus de 100, voire 170 assurances obligatoires. Nous réfléchissons au sein de la fédération pour mettre en place une police d’assurance-marché», informe le président de la Fssa. Il rappelle qu’au titre de l’année 2023, 121 milliards de francs CFA ont été décaissés pour indemniser les sinistres. Dans le domaine de l’assurance dommage, plus de 50 milliards ont été versés, dont 15 milliards pour les sinistres automobiles. Pour les incendies, 10 milliards ont été versés en indemnités.