Né à Bagdad vers 170 de l’Hégire, il y mène l’essentiel de ses études et gravit les degrés jusqu’à devenir mufti, la référence suprême en matière de droit musulman. Élevé au sein d’un milieu profondément religieux, il y acquiert tôt le goût du savoir et de la recherche. C’est pourquoi on le voit fréquenter les lieux d’instruction organisés dans les mosquées par les ulémas afin de poursuivre son apprentissage. On lui prête une mémoire prodigieuse capable de retenir sur le bout des doigts les textes qu’il étudiait.
Cette aptitude lui ouvre l’accès au rang de grand dépositaire du hadith. Son initiation au droit hanafite se fait sous la tutelle d’un compagnon de l’imam Abou Hanifa, Muhammad Ibn al-Hassan ach-Chibani (749-805 ap. J.-C.). Puis il se rapproche de l’imam Chafi’i (767-820 ap. J.-C.), qui apporte une contribution déterminante à sa formation et intensifie son intérêt pour le hadith. Par la suite, il s’écarte de lui sur certains points et finit même par fonder sa propre école d’interprétation de la foi musulmane. Néanmoins, l’apport des deux maîtres lui permet de profiter des avantages de la tendance qui valorisait l’effort personnel d’exégèse des textes, par opposition à celle qui privilégiait une fidélité stricte au contenu des hadiths. Parmi ses enseignants, on compte Soufian ath-Thawri, Wakiie ibn al-Djarrah et Abdourahmane ibn Mahdi. L’imam Abou Thawr est réputé avoir formé les traditionnistes célèbres Abou Dawoud et Ibn Madjah, auteurs des Sunan qui rassemblent les traditions vérifiées du Prophète non présentes dans les Deux Collections Authentiques d’al-Boukhari et de Mouslim. Ahmad ibn Hanbal témoigne de l’attachement d’Abou Thawr à la Sunna et le compare à son maître Soufiane Ibn Ouyayna, homme pour lequel il témoignait la plus haute estime.
Ibn Hanbal affirme avoir fréquenté ce collègue et concitoyen durant près d’un demi-siècle et le voit comme un ardent défenseur de la Sunna. Il lui arrivait aussi d’orienter vers lui ceux qui venaient solliciter ses avis sur des questions juridiques, signe de la reconnaissance accordée à la supériorité de son collègue dans le domaine concerné. An-Nassaï le décrit comme un jurisconsulte sûr, tandis qu’Ibn Hibban le place parmi les imams distingués par leur savoir et leur scrupule, auteur d’ouvrages sur la Sunna. Ibn Hibban (vers 884-965 ap. J.-C.) affirme qu’Abou Thawr figurait parmi les plus grands maîtres du droit musulman, remarquable par sa connaissance, son scrupule et ses vertus. Il a rédigé des livres et s’est activement employé à défendre la Sunna… Lorsqu’il donnait son opinion personnelle, il pouvait parfois se révéler juste, parfois se tromper. Ibn Aboul Barr lui attribue de nombreuses traces écrites où il évoque les divergences entre Malik et Chafi’i. En somme, ses contemporains le tiennent unanimement pour un homme fiable et compétent, maîtrisant parfaitement son domaine. Jurisconsulte éminent, scrupuleux et vertueux, ardent défenseur de la Sunna à une époque où les souverains abbassides, bien conscients des questions religieuses, et moins engagés que leurs prédécesseurs, ouvraient le champ religieux à une diversité d’opinions entraînant l’émergence de doctrines jugées hétérodoxes.
Le mouvement mutazilite des théologiens scolastiques “rationnels”, qui avait longtemps opposé une farouche concurrence à l’islam traditionnel, tira profit de la situation pour s’emparer des cercles du pouvoir. Cette prise de pouvoir, paradoxalement, donna naissance à une politique de répression à l’égard de leurs adversaires.