Quatre ans après Beijing 2022, une question persiste: qu’est-ce qui demeure de l’événement dans les territoires qui l’ont accueilli ? À Yanqing, ce district montagneux situé au nord-ouest de Pékin, l’héritage olympique ne se mesure ni en monuments ni en discours officiels: il se vit au quotidien sur la glace.
À Yudu Mountain, l’hiver y est sec et lumineux. Pour atteindre ces reliefs où se sont tenues plusieurs épreuves olympiques, il faut, depuis le centre de Pékin, emprunter une route sinueuse qui mène à ces hauteurs. Ici, on ne dévale pas seulement les pentes: on grimpe.
Casque sur les têtes, piolets en main et crampons en place, les visiteurs s’initient à l’escalade sur glace. Devant la paroi, le geste hésite et le froid saisit les mains. À leurs côtés, Wang Wei, moniteur expérimenté depuis une dizaine d’années, guide les débutants. « Il ne faut pas heurter la glace, mais l’accompagner », affirme-t-il, insistant sur l’équilibre du corps et la précision du mouvement.
Autrefois restée confidentielle, cette discipline attire aujourd’hui un public diversifié: curieux, étudiants, passionnés, mais aussi athlètes confirmés. Tous évoluent sous une surveillance centrale et dans un cadre sécurisé. « L’objectif ici n’est pas la performance, mais la découverte », précise le moniteur. À Yanqing, l’héritage olympique se transmet par le geste et l’effort, sans la pression du résultat.
À quelques mètres de là, l’ambiance change radicalement. La musique remplace le silence des montagnes et les rires se mêlent aux craquements de la glace. Le carnaval de glace et de neige de Yudu Mountain, lancé en 2019, s’est peu à peu imposé comme un vaste espace de loisirs hivernaux.
Au centre du site, le lac Wangyou — littéralement « le lac de l’oubli des soucis » — culmine à 852 mètres d’altitude. Il accueille le site de sports de glace le plus élevé du district, avec notamment un toboggan sur glace de 300 mètres, le plus long du nord de la Chine. Autour, les activités se multiplient: luge, bouées tractées par des quads, motoneiges, flottaison sur glace ou encore vélos adaptés à la surface gelée.
« Après les Jeux, le public a profondément changé », observe Xing Haijun, président du site touristique de Yudu Mountain. « Des enfants aux personnes âgées, chacun trouve désormais sa place. » Le site reçoit également des étudiants issus de 33 universités venus s’entraîner sur les murs d’escalade glacés.
Plus loin, dans la patinoire du district, l’approche est différente. Ici, le sport se conçoit comme une formation à long terme. Les gestes se répètent, les exercices s’enchaînent. Le patinage de vitesse exige rigueur, endurance et patience.
Lan Di, directeur de la patinoire, décrit une démarche méthodique: tests scientifiques, suivi quotidien, sélection progressive. Le centre a déjà formé un athlète classé maître national ainsi que plusieurs sportifs de niveau national. Pour l’entraîneur Feng Haiping, les Jeux ont profondément modifié le rapport des enfants à la glace. « Le patinage n’est plus une curiosité, mais une pratique ancrée dans le quotidien », explique-t-il. Certains commencent dès l’âge de quatre ans, progressent à leur rythme et se projettent parfois vers la compétition et le haut niveau.
À Yanqing, la glace est à la fois un espace de loisir et un lieu de transmission. L’héritage des Jeux olympiques d’hiver de Beijing 2022 ne s’affiche pas: il se vit.
Avec CGTN