À 92 ans, Paul Biya symbolise selon Mbembe le mal en Afrique

17 juillet 2025

L’historien et philosophe camerounais Achille Mbembe a récemment proposé une analyse approfondie de la candidature de Paul Biya à un huitième mandat présidentiel au Cameroun, tout en élargissant la réflexion à la problématique plus générale de la gérontocratie qui sévit sur l’ensemble du continent africain. Son regard critique met en lumière les enjeux liés à la longévité politique et à la gouvernance en Afrique, soulignant la crise de jeunesse et d’innovation que cette situation engendre.

Selon Mbembe, Paul Biya appartient à une catégorie démographique spécifique qu’il qualifie de « cinquième âge », ce qui désigne les individus ayant entre 90 et 100 ans. Il précise que l’actuel président camerounais « appartient en fait à la population que l’on peut qualifier de gériatrique », une expression qui souligne la quasi-immobilité politique d’un dirigeant dont l’âge avancé soulève des questions quant à sa capacité à gouverner efficacement. Il insiste sur le paradoxe que présente cette jeunesse politique extreme : un dirigeant nonagénaire, souffrant souvent de « déficiences physiques » et confronté à des « restrictions souvent sévères pour les soins personnels », continue néanmoins à exercer le pouvoir dans un pays dont la majorité de la population – environ 80 % – a une tranche d’âge comprise entre 18 et 35 ans.

Le regard qu’offre Mbembe sur la situation historique et socio-politique du Cameroun est alarmant. Lors d’un récent déplacement dans le pays, il a dressé un tableau sombre de la situation nationale, où il dénonce notamment : « Les poubelles, l’insalubrité publique, l’absence d’hygiène résument à peu près tout. » Il qualifie la gestion qu’a connue le pays durant les quarante dernières années de pouvoir de « tout simplement calamiteuse », soulignant que les résultats de cette longue période de règne sont décevants, voire désastreux pour le développement durable de la société.

L’intellectuel établit une distinction claire entre différentes régions d’Afrique. Il met en évidence une tendance contrastée : alors que des pays comme le Bénin, le Sénégal ou le Kenya semblent connaître des « progrès démocratiques », l’Afrique centrale demeure, selon ses mots, le « cœur des ténèbres de la démocratie », où « tout s’est arrêté au début des années 90 ». En d’autres termes, dans cette région, les processus démocratiques semblent avoir stagné ou reculé, empêchant toute avancée significative vers plus de transparence et d’ouverture politique.

Afin de rompre avec cette impasse gérontocratique, Mbembe recommande une refonte en profondeur des institutions politiques. Son plan d’action inclut la réécriture de la Constitution, la mise en place d’un véritable État de droit fédéral, ainsi que la décentralisation des pouvoirs vers les régions. Il évoque également la possibilité de construction d’une nouvelle capitale pour impulser une nouvelle dynamique de développement. Il insiste sur le fait que « tout est à reconstruire », en insistant particulièrement sur la nécessité de repenser « les infrastructures morales et psychiques du pays ». Selon lui, la réussite de cette transformation passe par un réveil collectif, une prise de conscience du peuple, et une volonté de s’investir activement dans la gestion de sa propre destinée.

En dépit de sa critique virulente des régimes gérontocratiques d’Afrique centrale, Mbembe se montre également réservé face à l’émergence de régimes militaires en Afrique de l’Ouest. Il ne les considère pas comme une solution viable à long terme, les qualifiant de « régimes liberticides » en citant explicitement les exemples du Mali, du Burkina Faso, du Niger ou encore de la Guinée. Pour lui, ces régimes détiennent un potentiel répressif accru, ce qui complique davantage la perspective d’un retour à une gouvernance démocratique et pacifique dans ces régions.

Ainsi, à travers cette analyse, Achille Mbembe met en évidence la crise profonde que traverse l’Afrique, autant sur le plan démographique que politique, appelant à une action collective pour une renaissance politique et sociale du continent. Son discours souligne l’urgence de renouveler les élites, de repenser les structures institutionnelles et d’assurer un avenir plus dynamique, équilibré et démocratique pour l’ensemble des nations africaines.