La fintech sénégalaise a signé un accord inédit en Afrique de l’Ouest, le 30 octobre à Banjul, avec le ministère gambien des Finances et l’Administration des recettes (GRA). Cet accord prévoit l’installation d’un dispositif numérique destiné à tracer les flux, à percevoir les paiements et à contrôler les recettes publiques, avec une attention particulière portée au secteur des jeux en ligne.
Cette réussite place le Sénégal parmi les références en matière de technologie financière en Afrique de l’Ouest. Le groupe InTouch a obtenu ce marché stratégique à l’issue d’un appel d’offres international lancé par les autorités de Banjul. Sélectionné parmi trois postulants, la fintech créée à Dakar en 2014 accompagnera l’État gambien durant dix ans pour sécuriser ses recettes publiques.
L’accord a été signé avec le ministère des Finances et des Affaires économiques et la GRA, en présence de Seedy K. M. Keita, le ministre des Finances, et d’Omar Cissé, fondateur et CEO d’InTouch Group.
Au cœur du partenariat se dessine un enjeu crucial pour les finances publiques gambiennes : mieux suivre les flux financiers, réduire les pertes de recettes et disposer d’informations fiables sur les ressources dues à l’État. Le secteur des jeux en ligne, en croissance soutenue, est une cible prioritaire de ce dispositif. Pour atteindre cet objectif, InTouch jouera le rôle d’un tiers de confiance indépendant entre l’administration, les opérateurs et les usagers. Le dispositif s’appuie sur trois leviers complémentaires.
Le premier concerne la surveillance des transactions. Grâce à une infrastructure numérique performante, l’administration fiscale pourra suivre en temps réel les flux et les recettes publiques, obtenant une vision consolidée des mouvements et une meilleure estimation des montants revenant au Trésor.
Le changement est considérable : l’État ne dépendra plus exclusivement des déclarations des contribuables pour connaître ce qui lui est dû. Il pourra s’appuyer sur ses propres données pour tracer les transactions et disposer d’une meilleure visibilité sur ses recettes.
Le deuxième volet porte sur le traitement des paiements. InTouch fournira une infrastructure sécurisée et interopérable permettant de collecter et d’exécuter les paiements destinés à l’État, quel que soit le canal emprunté. Les contribuables pourront notamment régler leurs taxes et redevances via mobile money, dans les points de vente partenaires ou par l’intermédiaire d’agents sur le terrain.
Cette digitalisation vise à simplifier les démarches administratives, à rapprocher les services fiscaux des citoyens et à réduire les déplacements et les files d’attente.
Enfin, le troisième pilier porte sur la supervision et le contrôle. Des outils d’audit et d’alerte permettront à l’administration d’identifier les écarts, de renforcer la traçabilité des paiements et de limiter les risques de fuite de recettes. Des rapprochements automatiques et des tableaux de bord faciliteront le suivi des opérations. Au-delà de la modernisation des procédures fiscales, ce partenariat s’inscrit dans une ambition plus vaste : accroître la maîtrise des ressources financières et des données économiques par les États africains. Pour Omar Cissé, les technologies de collecte et de suivi des flux financiers constituent désormais un enjeu de souveraineté.
« Les données relatives aux flux financiers d’un pays et la collecte des recettes pour les budgets nationaux doivent rester sous la maîtrise étatique », affirme le dirigeant. Le ministre gambien des Finances, Seedy K. M. Keita, a également insisté sur l’importance de cette réforme. « C’est une réforme majeure et l’ensemble du gouvernement sera mobilisé pour sa mise en œuvre », a-t-il déclaré.
Pour InTouch, cette nouvelle opération vient compléter une expérience déjà acquise auprès de plusieurs administrations africaines. Le groupe travaille déjà avec des gouvernements et des trésors publics en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Gabon, au Burkina Faso et en Guinée-Bissau. La Gambie devient ainsi le sixième pays africain à solliciter son expertise dans ce domaine.