À la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), Khady Evelyne Denise Ndiaye assure la supervision du secteur privé. Ce rôle lui donne l’opportunité de diffuser sans faillir sa passion pour l’économie et de transformer son engagement en faveur de l’émergence de champions économiques dans la zone. Une ambition placée au service de l’impact, de l’intégration régionale et du développement économique et social.
Face à un auditoire composé majoritairement de professionnels de l’information, Khady Evelyne Denise Ndiaye prend la parole avec le micro en main pour dérouler son exposé. Son regard se fixe sur l’écran de projection et son visage, au teint caramel, rayonne d’assurance. Le ton se veut mesuré, le débit maîtrisé. Avec aisance, elle présente la politique d’accompagnement du secteur privé mise en œuvre par l’institution qu’elle sert.
Cette assurance est le reflet d’une solide formation économique, forgée au fil d’un parcours universitaire riche. « Après des études à l’Université Toulouse 1 Capitole, je me suis spécialisée en intelligence économique, avec un master 2 dans ce domaine. J’ai ensuite complété ce parcours par un master 2 en développement et financement du secteur privé, délivré par l’Université d’Auvergne–Clermont-Ferrand », explique-t-elle.
À l’issue de ce cursus, la jeune professionnelle débute sa carrière en France, à l’Agence régionale de développement économique du Limousin, où elle occupe des fonctions liées à la veille et à l’intelligence économiques.
Déterminée à gravir les échelons, elle rejoint la Commission de l’Uemoa en février 2010, en qualité de jeune professionnelle, dans le cadre d’un programme triennal dont elle sort première de sa promotion.
Cette expérience, souligne-t-elle, est particulièrement structurante. Elle lui permet de découvrir l’institution sous plusieurs angles : la supervision multilatérale des économies de l’Union, le développement du secteur privé, puis la coopération et la mobilisation des ressources.
« À l’issue du programme, j’ai poursuivi mon parcours au sein de la Commission comme économiste chargée de veille stratégique. J’ai ensuite pris en charge le secteur privé, puis dirigé la Division de la promotion du secteur privé, devenue Division de l’amélioration du climat des affaires, avant d’être nommée directrice du secteur privé en janvier 2019 », retrace Khady Evelyne Denise Ndiaye.
« Il m’est difficile d’en retenir une seule. Mon arrivée à l’Uemoa a évidemment constitué un tournant. Plusieurs expériences m’ont marquée, mais trois me viennent particulièrement à l’esprit, pour des raisons très différentes », confie-t-elle, avec ce sourire qui ne la quitte presque jamais.
La première est l’initiative « Investir dans l’Uemoa », notamment la Conférence internationale des investisseurs organisée à Dubaï en 2014. Khady Evelyne Denise Ndiaye a pris une part active à la préparation de ce dispositif, qui visait à mieux faire connaître le potentiel économique de l’Union et à mettre en relation des projets structurants des États membres avec des investisseurs internationaux.
« Cette expérience m’a confortée dans une conviction : notre région regorge d’opportunités ; il faut encore savoir les structurer, les rendre visibles et les porter auprès des partenaires adéquats », soutient la directrice du secteur privé à la Commission de l’Uemoa.
Autre temps fort de son parcours : l’initiative Tremplin Startup Uemoa, à laquelle elle est particulièrement attachée en raison de son potentiel d’impact.
« Je suis particulièrement attachée à ce programme. Là, nous sommes au plus près des entrepreneurs, de leurs idées, de leurs ambitions, mais aussi de leurs difficultés. Voir de jeunes entreprises repérées, accompagnées, mises en lumière et soutenues est extrêmement gratifiant. Cela donne un visage très concret à notre action en faveur du secteur privé », relève-t-elle.
L’Uemoa, une expérience marquante
Au fil de son parcours au service de la « maison communautaire », cette cadre sénégalaise retient également la présidence de la Mutuelle du personnel des organes de l’Uemoa, qu’elle a exercée pendant cinq ans.
Une responsabilité qui lui a permis d’appréhender une autre dimension du leadership. « Être responsable d’une mutuelle, c’est être confrontée aux préoccupations très concrètes des personnes, devoir écouter, arbitrer, rassembler et parfois prendre des décisions difficiles. Cela m’a appris qu’on ne dirige véritablement qu’en restant à l’écoute des autres », estime-t-elle.
À la Commission de l’Uemoa, la Direction du secteur privé occupe une place stratégique. Elle contribue à créer les conditions d’émergence d’entreprises régionales solides, compétitives et génératrices d’emplois et de valeur ajoutée.
Pour Khady Evelyne Denise Ndiaye, cette responsabilité lui a surtout appris qu’occuper un poste de direction n’est pas un aboutissement, mais une exigence supplémentaire de résultats et d’exemplarité.
Forte de cette conviction, elle entend maintenir le cap, notamment à travers la mise en œuvre des différentes stratégies adoptées par l’institution.
« Nous avons désormais un cap clairement défini avec la Stratégie de développement du secteur privé 2026-2030 et la Stratégie de promotion du dialogue public-privé, adoptées en mars 2026. L’ambition est de faire du secteur privé de l’Uemoa l’un des plus compétitifs d’Afrique, source de prospérité et de croissance inclusive », détaille-t-elle.
Selon elle, les priorités portent notamment sur l’amélioration de la productivité des entreprises, leur accès au financement, le renforcement du cadre juridique et institutionnel, ainsi que l’accès à des infrastructures économiques et à des services plus performants.
Derrière ces axes se dessine une conviction centrale : aider les entreprises de l’Union à changer d’échelle. Cela suppose de mieux accompagner les Pme, de stimuler l’innovation et l’entrepreneuriat, de diversifier les instruments de financement, de réduire le coût des facteurs de production et de poursuivre l’amélioration du climat des affaires.
« Nous devons également transformer davantage nos matières premières », insiste la directrice du secteur privé à la Commission de l’Uemoa. Une manière de rappeler que la compétitivité régionale passe aussi par une plus grande capacité à créer de la valeur sur place.
Loin des dossiers économiques et des impératifs institutionnels, Khady Evelyne Denise Ndiaye cultive d’autres centres d’intérêt. Elle aime voyager, découvrir de nouveaux univers, lire et, surtout, créer.
« J’ai également un véritable intérêt pour l’entrepreneuriat, l’innovation et la créativité », révèle-t-elle.
Parmi ses passions, les senteurs occupent une place particulière. « J’ai toujours eu une sensibilité particulière pour les senteurs, les belles matières et tout ce qui touche à l’univers olfactif », confie-t-elle.
C’est de cet intérêt qu’est née, récemment, une initiative personnelle autour des huiles parfumées d’intention.
L’attrait des bonnes senteurs
L’univers est certes éloigné de son quotidien professionnel, mais il lui offre un autre espace d’expression. Elle y explore une facette plus créative et intuitive de sa personnalité, avec le plaisir de partir d’une idée et de la transformer progressivement en quelque chose de concret.
« Et finalement, même dans mes loisirs, je retrouve probablement quelque chose qui me caractérise : j’aime imaginer, construire et donner vie à des projets. À côté de cela, je reste très attachée aux moments simples, à la famille, aux proches et à ces instants de calme qui permettent de se recentrer », confie-t-elle.
Après plusieurs années de carrière et des responsabilités croissantes, son principal défi est désormais de continuer à évoluer sans perdre son équilibre.
« Après plusieurs années de responsabilités croissantes, on comprend que l’enjeu n’est plus seulement de progresser professionnellement. Il faut continuer à apprendre, rester exigeante avec soi-même, préserver sa capacité d’innovation, mais également trouver du temps pour sa religion, sa famille, pour soi et pour ce qui donne du sens à sa vie », explique Khady Evelyne Denise Ndiaye.
Au-delà des fonctions et des responsabilités, se dessine ainsi une même ligne de conduite : continuer à apprendre, à créer et à servir, sans jamais perdre de vue l’essentiel. Une quête d’excellence et d’impact qui, chez elle, se nourrit autant de l’ambition professionnelle que de l’équilibre personnel.