L’axe Colobane – HLM s’est mué en un véritable parcours du combattant. Entre nids-de-poule et mares boueuses, la circulation y est devenue un calvaire. Chauffeurs, motocyclistes et commerçants expriment leur profonde exaspération face à cette chaussée largement dégradée.
Il est peu près onze heures passées, entre le rond-point de Colobane et les HLM, et sous une chaleur accablante, le flux automobile dakarois ne s’arrête pas. Pourtant, franchir cette artère équivaut aujourd’hui à franchir une épreuve: en plein milieu de la chaussée, la surface défoncée a laissé émerger une large mare d’eau boueuse qui tente vainement d’occulter de profonds nids-de-poule.
Aux abords des trottoirs, les riverains ont empilé des sacs de sable afin de limiter les infiltrations et de créer un passage de fortune pour les piétons. Dans ce chaos, chaque déplacement requiert une grande prudence : les motocyclistes se faufilent tant bien que mal sur les portions terreuses, comme en témoignent des usagers qui avancent au pas, guidon chargé de colis.
Malgré l’état lamentable de la chaussée, le trafic demeure soutenu et reflète tout le visage de la métropole: les emblématiques « Cars Rapides » jaunes et bleus traversent les flaques avec assurance, tandis que des taxis ralentissent au maximum pour éviter d’endommager leur soubassement ou de caler, pris en étau par d’impressionnants embouteillages.
Sur les trottoirs, les activités commerciales ne s’arrêtent pas pour autant et les vendeurs se contentent de protéger leurs marchandises des projections d’eau et de boue.
habitué à ce marasme routier, Modou Dia, chauffeur de « car rapide », discute avec quelques collègues et apprentis. Il saisit l’opportunité pour exprimer son ras-le-bol : « Nous faisons face à d’importants problèmes à cause de l’état de la chaussée. Tous nos véhicules tombent en panne. C’est toujours comme cela sur cet axe reliant le rond-point de Colobane aux HLM, et cela s’étend bien au-delà : de la mosquée Massalikul Jinann jusqu’à Castor, la route est totalement dégradée. »
Tenant une petite gourde d’eau fraîche, il en boit une gorgée sous le regard impatient des passagers, déjà installés dans le car rapide stationné près de la station Elton. Il poursuit ses critiques sur l’état de la voie : « On ne peut pas passer nos journées à chercher des déviations. Quand il pleut, c’est encore pire, tous nos moteurs finissent par être endommagés. »
Au marché HLM, le brouhaha des négociations se mêle au vacarme continuel des klaxons. Dans ce décor animé, Mamadou Cissé, conducteur de moto-jakarta, installé sur sa monture vêtu du maillot d’un club européen, observe le trafic et s’emporte : « L’État devrait vraiment nous aider en reconstruisant cette route. Elle est impraticable, et nous ne pouvons pas rester sans travail. Quand il pleut, traverser devient un véritable calvaire. »
Les plaintes s’accumulent de toutes parts, surtout chez ceux qui empruntent ce trajet au quotidien. C’est le cas de Serigne Afia Mbacké, commerçant au marché HLM et dirigeant d’Afia HLM, qui conduit une Nissan noire. Vêtu d’un costume africain, il semble pressé de prendre la route mais prend tout de même quelques instants pour décrire les conséquences de la dégradation : « Les nids-de-poule créent sans cesse des accidents. Un motocycliste peut tomber dans un trou, ou une voiture peut dévier pour éviter un puits et finir par percuter une moto ou un autre véhicule. On s’en sort toujours avec des dégâts matériels et parfois des blessés. »
Cet axe Colobane – HLM illustre ainsi le quotidien des Dakarois: une population active qui s’adapte sans cesse aux défis urbains qui se présentent.
Mise au point du maire des HLM, Moustapha Diop
Du côté des autorités compétentes, la réalité est tout autre. Les routes sont certes abîmées et impraticables, mais la municipalité affirme déployer ses efforts pour tenter de réhabiliter le réseau routier. Moustapha Diop, maire des HLM, apporte des précisions.
Il commence par reconnaître l’état critique d’un certain nombre de rues : « À la HLM, nous admettons clairement que de nombreuses artères sont en mauvais état. »
Le maire admet ensuite l’insuffisance criante du budget communal, ce qui rend impossible la réfection des routes à l’échelle locale: « Comprenez la réalité de nos budgets: nos communes sont minuscules et nous manquons de ressources pour reprendre ou refaire une route. Soyons clairs, nos budgets sont extrêmement limités. »
Conscient de ses responsabilités, il rappelle que la mairie a déjà saisi la Ville de Dakar: « Au niveau départemental, c’est la Ville de Dakar qui porte la charge des routes. À plusieurs reprises, nous les avons alertés, relancés et leur avons soumis la liste de nos priorités. Or, cela fait quatre ans que nous attendons que la Ville de Dakar démarre la réhabilitation d’une artère aux HLM, ce qui n’a pas encore commencé. »
Au-delà des compétences dévolues à la Ville de Dakar, certaines voies dites « classées » relèvent de la responsabilité de l’État par le biais de l’Ageroute: « Aujourd’hui, le blocage porte sur les axes majeurs restants, en commençant par la route principale du marché des HLM. C’est une route classée, ce qui signifie qu’elle appartient à l’État et qu’il lui revient de la reprendre entièrement. De plus, c’est une artère structurante, un itinéraire d’urgence absolue où transitent et gravitent près de 50 000 personnes chaque jour pour parvenir au marché ou rejoindre Dakar. Les populations y circulent et les secousses quotidiennes rendent cette réhabilitation impérative », explique le maire.
Malgré ces obstacles, Moustapha Diop préfère nuancer la situation: « Il faut toutefois être équitable : la commune des HLM est peut-être l’une des mieux pourvues. En dehors de deux, trois axes, la grande majorité de nos voies a été reprise et rénovée par l’ONAS grâce au programme de renouvellement. »
En guise de conclusion, il adresse un appel vigoureux aux autorités compétentes: « Dans ce contexte, nous réclamons à nouveau l’action de l’État et de la Ville de Dakar pour que cette route structurante soit enfin restaurée. Nos administrés n’attendent que cela. »
La patate chaude refilée à la ville de Dakar
Alors que l’état du réseau routier alimente les débats dans plusieurs quartiers de la capitale, notamment aux HLM, la Ville de Dakar apporte des éclaircissements concernant sa gestion de la voirie. Face aux critiques évoquant une absence d’intervention au niveau communal, Ansoumane Bayo, futur directeur des services techniques de la Ville de Dakar, apporte sa version des faits : « La ville de Dakar est intervenue sur les HLM, plus précisément un peu au-dessus du marché; sur cette portion, nous avons effectué des travaux de pavage. Et si vous regardez du côté de Castors jusqu’au Rond-point Castors, là aussi, la Ville de Dakar est intervenue. À l’église Saint-Maurice Danger, qui se situe sur l’axe principal, nous venons récemment avec un budget municipal pour aménager cette partie autour de l’église. »

Pour comprendre la répartition des attributions sur le territoire de Dakar, Ansoumane Bayo rappelle qu’il existe une distinction nette entre deux catégories de voies : « nous intervenons sur l’intégralité de la ville en matière de pavage et de réhabilitation de chaussées, mais tout ce qui relève du périmètre communal, c’est-à-dire la voirie urbaine et la voirie communale, relève de nos compétences. »
Ainsi, il est prévu qu’un nouveau marché démarrera bientôt avec de nouvelles entreprises et, dans la programmation qui sera établie, la part de la commune des HLM sera bien entendu prise en compte, tout comme pour les autres communes. S’ajoutent aussi les routes classées qui relèvent du domaine de l’État, gérées par l’Ageroute. »
En termes prospectifs, la Ville de Dakar annonce la fin d’un cycle contractuel triennal et l’imminence du lancement d’un tout nouveau programme d’aménagement et de réhabilitation de la voirie. Ce marché, pour lequel les sociétés attributaires ont déjà été désignées, couvrira l’ensemble des 19 communes du département de Dakar, y compris l’île de Gorée et la commune des HLM: « le marché est lancé, les entreprises attributaires sont connues et ce qui reste à faire, c’est véritablement démarrer les géologies, puis les travaux, mais avec les JOJ qui approchent, il se peut que ces travaux débutent juste après les JOJ », précise Ansoumane Bayo.
Évoquant ces questions sous l’égide de M Birame Diop, actuel directeur du développement urbain de la ville de Dakar et qui s’apprête à prendre sa retraite, M Bayo apporte une précision sur l’axe rond-point Colobane – marché HLM: « il s’agit de l’avenue Cheikh Ahmadou Bamba. C’est une route classée. Ainsi, c’est l’Ageroute qui intervient généralement. Mais il peut arriver des situations où la ville peut intervenir pour apporter un soulagement temporaire aux populations. Comme ce fut récemment le cas à Niarry Tally sur les deux voies qui partent du rond-point Cices Bourguiba pour aller jusqu’au terminal Liberté 5, et qui est en train d’être réaménagée. »