La cinquième édition du Salon du livre féminin de Dakar a ouvert ses portes le jeudi 22 octobre 2026 sur la Place de la Nation. Axé sur le thème « Le matrimoine en action : hériter, écrire, transformer », ce rendez‑vous de trois jours, du 22 au 24 octobre, met en lumière les autrices, leurs œuvres et leur apport à la mémoire collective.
La littérature féminine ouvre ici un nouveau chapitre pour Dakar. À peine trois jours après la clôture de la 18e édition de la Foire internationale du livre et du matériel didactique de Dakar (Fildak), la Place de la Nation (ancien Obélisque) accueille une nouvelle rencontre dédiée à l’écrit et à la lecture.
Cette cinquième édition du Salon du livre féminin de Dakar, inaugurée le jeudi 22 octobre, cherche à offrir une visibilité accrue aux auteures et à remettre au jour les patrimoines culturels transmis par les femmes.
À l’origine de l’événement, Amina Seck — romancière, scénariste et entrepreneure culturelle — porte depuis le début une conviction : les femmes doivent être reconnues non seulement comme des personnages des romans, mais aussi comme celles qui écrivent, perpétuent et transmettent les récits.
« Elles ne doivent pas seulement figurer dans les pages, elles doivent aussi être reconnues comme celles qui écrivent, transmettent et transforment le monde », a-t-elle affirmé lors de la cérémonie d’ouverture.
Sous l’égide de l’organisation Les Cultur’Elles, l’événement vise à offrir un lieu de rencontre pour les femmes de lettres, faciliter les collaborations et donner une vitrine aux jeunes écrivaines pour présenter leurs créations. Le Salon cherche en outre à rendre visibles des récits longtemps écartés du patrimoine collectif.
Cette édition s’articule autour du matrimoine. Selon Amina Seck, il ne s’agit pas d’ajouter quelques noms féminins à une histoire déjà écrite, mais d’exposer leurs œuvres, leurs savoirs et leurs créations.
Un enjeu de reconnaissance
Les conteuses, gardiennes des langues et celles qui ont transmis des récits de génération en génération prennent une part active à cette mémoire commune.
« Reconnaitre le matrimoine, c’est refuser l’effacement, faire de la mémoire une force vivante, faire de la transmission un acte politique et faire de la création un moyen de transformer le présent », a-t-elle souligné.
Représentant le ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, le directeur du Livre et de la Promotion de la lecture, Ibrahima Lô, a salué cette initiative qui prolonge les efforts de promotion du livre au Sénégal. Il a notamment souligné la portée du thème choisi pour cette cinquième édition.
« Hériter, c’est recevoir. Écrire, c’est prendre la parole. Transformer, c’est faire œuvre utile pour les générations à venir », a-t-il déclaré.
Selon lui, la valorisation du matrimoine s’aligne sur les orientations de la politique nationale du livre et de la lecture, notamment en matière de transmission et de préservation des héritages.
Le livre constitue également, a-t-il poursuivi, un outil de souveraineté culturelle. « Il ne peut y avoir de souveraineté sans la pleine reconnaissance de la voix des femmes », a affirmé M. Lô.
Au‑delà des discours, le Salon s’emploie à offrir des espaces concrets d’expression et de visibilité pour les femmes de lettres. La programmation prévoit des rencontres, des ateliers, des conférences, des projections, des spectacles, des expositions et des séances de dédicaces.
Cette cinquième édition accueille le Mali comme pays invité et l’écrivaine Véronique Tadjo en tant qu’invitée d’honneur. Une ouverture qui met en relief les liens entre les imaginaires africains et la place de la littérature dans le dialogue entre les peuples.
Le Salon du livre féminin de Dakar entend ainsi faire du matrimoine un héritage vivant, à préserver, à interroger et à transmettre aux générations futures.
Des prix pour faire rayonner les femmes de lettres
La cinquième édition du Salon du livre féminin de Dakar a aussi été l’occasion de célébrer la création littéraire à travers deux distinctions : le Prix Ken Bugul du livre et le Prix des lycéennes du premier livre féminin.
Cette année, Fatou Warkha Samb et Nataly Ong sont les lauréates de ces prix qui visent à valoriser les autrices et à encourager le goût de la lecture chez les jeunes filles.
Le Prix des lycéennes du premier livre féminin a été attribué à Fatou Warkha Samb pour son ouvrage « Assignée au silence ». Cette distinction donne aux jeunes filles une place active dans la découverte et l’évaluation des œuvres.
« Elles ne sont pas simplement présentes pour apprendre à lire autrement. Elles sont aussi là pour faire entendre leur propre voix de lectrices », souligne Marième Pollèle Dieng, coordinatrice des prix littéraires du Salon.
Le Prix Ken Bugul du livre revient, quant à lui, à Nataly Ong pour « La danseuse de Saigon ». Cette année, quatorze ouvrages ont été examinés et sept finalistes retenus, selon le directeur du Livre et de la Promotion de la lecture, Ibrahima Lô.
Pour Mme Dieng, cette distinction porte un nom qui engage. « Associer son nom à un prix littéraire, c’est inscrire notre démarche dans une histoire de création, de liberté de parole et d’affirmation d’une voix singulière », a-t-elle expliqué, en référence à l’écrivaine Ken Bugul.
Au-delà de la récompense, ces distinctions entendent faire rayonner les écritures féminines et encourager l’émergence de nouvelles voix.
« Valoriser la littérature féminine ne signifie pas enfermer les femmes dans une seule manière d’écrire ou de penser. Cela signifie leur reconnaître la liberté de raconter le monde depuis leurs expériences, leurs imaginaires et leurs contradictions », a rappelé la coordonnatrice.
À travers ces prix, les organisateurs ambitionnent de renforcer la visibilité des autrices, de célébrer la diversité de leurs récits et de susciter de nouvelles vocations littéraires.