À l’aube de l’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026, le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, porte une ambition qui va au-delà d’un simple événement sportif. Dans un entretien exclusif accordé au Soleil, il présente ces premiers JOJ organisés sur le continent africain comme une opportunité de renforcer la crédibilité du Sénégal, de construire une vraie économie du sport et de placer Dakar parmi les destinations capables d’accueillir des compétitions internationales d’envergure.
Pour le président, la continuité du projet constitue déjà un signal fort. Attribués au Sénégal en 2018 puis décalés en raison de la pandémie, les Jeux ont traversé un épisode de transition politique. Leur organisation doit, selon lui, démontrer la capacité de l’État à tenir ses engagements au-delà des alternances.
« Cela ne me dérange pas, cela me définit. Je n’ai pas été élu pour choisir entre les engagements de la République ceux qui me plaisent. J’ai été élu pour servir la Nation, et servir la Nation, c’est d’abord garantir que l’État fonctionne, que les institutions tiennent, que la parole du Sénégal vaille la même chose quel que soit celui qui l’a exprimée. Ces Jeux ont été attribués au Sénégal, pas à une personne. Entre 2018 et aujourd’hui, le monde a traversé une pandémie, le pays a changé de majorité, et le Sénégal est là, à la date dite, pour tenir sa promesse. Les Sénégalais peuvent en être fiers. Dans bien des pays, un changement de pouvoir aurait emporté le projet. Ici, l’État a continué. Ce n’est pas seulement une bonne nouvelle pour les Jeux. C’est une bonne nouvelle pour tous ceux, chez nous et ailleurs, qui s’interrogent sur ce que vaut la signature du Sénégal. Elle vaut ce que vaut un État qui se tient. »
Transformer le sport en moteur économique
Le Président aborde aussi les interrogations liées au contexte économique actuel et à l’usage des ressources publiques. Il invite toutefois à apprécier les retombées des investissements au-delà de la simple durée des compétitions.
« Une partie du financement de ces Jeux provient du Comité international olympique et des partenaires internationaux. L’autre partie est investie dans ce qui restera des Jeux. Une piscine olympique et un stade que les clubs de Dakar utilisent déjà. Des milliers de jeunes formés à l’organisation d’un événement mondial. Des entreprises sénégalaises qui décrochent des marchés qu’elles n’auraient jamais imaginés. Et puis il y a ce qui ne figure dans aucun tableau. Je ne sais pas combien vaut, pour un enfant de Guédiawaye, le fait de voir à dix minutes de chez lui des jeunes de son âge venus de deux cents pays. Je sais seulement que l’espoir n’a pas de budget, et que c’est pourtant la ressource dont ce pays a le plus besoin.»
L’enjeu est aussi de structurer durablement le secteur sportif. Le chef de l’État veut faire émerger des métiers, des entreprises et des emplois, en s’appuyant sur les infrastructures et les compétences mobilisées pour les Jeux.
« Trois choses, et je les ai en tête depuis le premier jour. La première, c’est une place. Avec le stade de Diamniadio, Dakar Arena, la piscine olympique et l’expérience de ces Jeux, Dakar devient la ville d’Afrique de l’Ouest capable d’accueillir n’importe quelle compétition mondiale. Les grands événements vont là où l’on a déjà prouvé qu’on savait faire, et nous allons le prouver. La deuxième, c’est une industrie. Le sport, chez nous, est resté une passion. Je veux qu’il devienne une économie, avec des académies, des clubs structurés, des métiers, des entreprises, des emplois pour des milliers de jeunes qui vivent déjà de leur talent sans que l’État l’ait jamais organisé. La troisième, c’est une voix. Ces premiers Jeux en Afrique s’ouvrent l’année où, pour la première fois, le Comité international olympique est présidé par une Africaine, championne olympique du Zimbabwe. L’Afrique entre dans l’Olympisme par deux portes à la fois, et ce n’est pas un hasard. Je veux que le Sénégal soit, dans cette nouvelle ère, le pays que l’on appelle en premier. Une fête, cela dure quinze jours. Une place, une industrie et une voix, cela se garde. »
La crédibilité par l’organisation
La réussite se jouera aussi dans les détails du quotidien, de la circulation à la propreté, en passant par l’accueil des délégations. Pour Bassirou Diomaye Faye, l’organisation des Jeux sera jugée à l’expérience concrète des visiteurs et des Sénégalais.
« Le 31 octobre, personne ne jugera le Sénégal sur ses discours. On le jugera sur le temps qu’il faut pour aller de l’aéroport à Diamniadio, sur la propreté d’une rue de la Médina, sur le sourire d’un volontaire à l’entrée d’un stade. Les grandes nations se reconnaissent aux détails qu’elles ne négligent pas. J’ai demandé au Gouvernement un plan précis, le Premier ministre l’a arrêté, et je le suivrai jusqu’au dernier jour. »
Au-delà des médailles et de la fête, le rendez-vous de Dakar est ainsi présenté comme un test de capacité organisationnelle et un investissement dans l’avenir. Le défi sera de convertir cette visibilité internationale en retombées durables pour l’économie, la jeunesse et le rayonnement du Sénégal.