Pour assurer un développement territorial harmonieux, l’engagement collectif des acteurs locaux est devenu indispensable. C’est pourquoi Ndella Christine Faye, conseillère technique à l’Agence de développement local (Adl), appelle à une gouvernance de proximité inclusive, considérée comme essentielle au dynamisme des collectivités territoriales.
La gouvernance de proximité et la participation citoyenne restent des axes déterminants pour l’évolution des territoires. C’est l’avis de Ndella Christine Faye, conseillère technique à l’Agence de développement local (Adl). Elle souligne que les chiffres disponibles témoignent des défis territoriaux, dans un contexte où les ressources se font rares.
« Le Sénégal comptait 18.126.390 habitants en 2023, dont 75 % avaient moins de 35 ans. Le taux d’urbanisation se situait à 54,7 %, et Dakar accueillait environ 22 % de la population sur seulement 0,28 % du territoire national, illustrant clairement des déséquilibres », indique Mme Faye.
À cette pression démographique s’ajoute la contrainte liée aux moyens publics : les prévisions de transferts aux collectivités territoriales pour 2025 s’élevaient à 112,63 milliards de FCfa, en hausse de 9 % par rapport à 2024. « Ces chiffres ne racontent pas tout, mais ils mettent en lumière une réalité: les besoins territoriaux augmentent plus rapidement que la capacité de l’État à y répondre seul », remarque-t-elle.
Dans ce contexte, la participation citoyenne, organisée au travers de la gouvernance de proximité, ne doit pas être perçue comme un substitut au financement public. Pour la conseillère technique, « cette approche est un moyen d’amplifier l’impact en mobilisant les savoir-faire, l’énergie, l’information locale et les initiatives présentes dans les territoires ».
À ses yeux, la gouvernance de proximité se définit comme l’organisation « permanente du dialogue, de la co-construction et de la coresponsabilité entre la collectivité territoriale, les représentants des quartiers et des villages, les organisations citoyennes et les populations, dans la définition, la mise en œuvre et le suivi des politiques locales ».
En outre, la spécialiste plaide pour que « la programmation budgétaire intègre pleinement le diagnostic des besoins et la hiérarchisation des priorités, afin de garantir la participation des populations depuis la mise en œuvre des projets jusqu’à leur suivi et évaluation ».
La participation citoyenne suppose, selon Ndella Christine Faye, des moyens simples, mais concrets, à savoir une information accessible, des rencontres régulières, des règles de représentation, des outils de suivi, des possibilités de contribution des populations et, lorsque c’est pertinent, une enveloppe budgétaire consacrée au budget participatif.
Elle n’empiète en rien sur les responsabilités légales des élus : la décision publique demeure de leur ressort, « toutefois elle gagne en qualité lorsqu’elle s’appuie sur une connaissance partagée du territoire », nuance-t-elle.
Transformer les potentialités locales en richesse commune
Mme Faye rappelle, par ailleurs, que le développement local consiste à transformer « les potentialités propres de chaque territoire, ses ressources naturelles, humaines, culturelles et économiques en richesse partagée, afin que chaque citoyen, à partir de son terroir, en tire un bénéfice ».
Cette approche de proximité place le citoyen, et non l’administration seule, au cœur du projet. Selon elle, il est grand temps d’arrêter de voir les populations comme de simples bénéficiaires de politiques conçues ailleurs, pour les reconnaître comme les principaux acteurs du développement de leur localité.
Selon elle, les municipalités gagneront énormément à mettre en place, de manière concrète, une gouvernance de proximité efficace dans leurs communes: elle n’est pas une contrainte supplémentaire, mais peut devenir l’un de leurs atouts majeurs.
Selon son analyse, une commune qui organise la participation citoyenne, via les délégués de quartier, les chefs de village, les Organisations communautaires de base (OCB) et les cadres de concertation, bénéficie sur trois plans essentiels.
Premièrement, elle ajuste les priorités en fonction des besoins réels des habitants. Deuxièmement, elle dirige mieux les investissements publics pour assurer un effet tangible. Troisièmement, elle réduit les conflits grâce à une mise en œuvre facilitée par une décision co-construite.
Elle conclut que « la mobilisation des ressources locales humaines, sociales et parfois financières devient possible lorsque les citoyens s’identifient aux projets et choisissent d’y contribuer ».