Bien que classé au patrimoine national, le musée « Mbind Diogoye », demeure familiale de Léopold Sédar Senghor à Joal, se fragilise encore. Son conservateur, Etienne Guirane Dieng, lance un appel à l’État afin que des travaux de réhabilitation soient entrepris, afin de préserver ce lieu de mémoire et de développer un atout touristique majeur.
Le conservateur du musée « Mbind Diogoye », Etienne Guirane Dieng, invite les autorités, en particulier le ministère du Tourisme, à prendre en charge ce site culturel. Il affirme : « À Joal, il n’y a pratiquement que deux lieux culturels à visiter : l’île de Fadiouth et le musée « Mbind Diogoye ». Malheureusement, tout le monde privilégie l’île et presque personne ne vient à « Mbind Diogoye ». » Il est convaincu que si la maison était bien entretenue, elle pourrait devenir autonome. « Cette demeure est classée patrimoine national. L’État a l’obligation de la rénover et d’en assurer la gestion », soutient M. Dieng.
Selon lui, l’État doit intervenir pour rendre hommage au tout premier président de la République, Léopold Sédar Senghor, et à tout ce qu’il a accompli pour le pays. « Senghor, c’est un patrimoine national », affirme-t-il, précisant que depuis son arrivée à Mbind Diogoye, il a sollicité sans succès « au moins sept ministres de la Culture » pour remettre le site en état. « Senghor est une valeur touristique et culturelle. Quand des visiteurs viennent du monde entier pour découvrir le musée dédié à Nelson Mandela, ils parcourent souvent des distances. Or ici, ils repartent découragés. Ils me disent : « Mais ce n’est pas possible. On ne s’attendait pas à voir la maison où Léopold Sédar Senghor a grandi dans cet état. » » Selon M. Dieng, tous les visiteurs étrangers ressentent le même malaise face à l’état du musée « Mbind Diogoye ». « Ils s’attendaient à une maison parfaitement entretenue, à une exposition riche, avec images, sons, vidéos et même une boutique retraçant la vie et l’œuvre de Senghor. Il faut entretenir le bâtiment, y installer du contenu visuel et assurer un suivi », explique-t-il. Il précise : « malheureusement, il n’y a plus rien. Il y avait des tableaux qui étaient là, mais je les ai retirés. »
Plusieurs personnalités ont visité le musée « Mbind Diogoye ». Le conservateur Etienne Guirane Dieng en retient quelques impressions. C’est notamment le cas de l’ancien président du Mali Alpha Oumar Konaré. « Il était tellement déçu qu’il a versé des larmes. Il m’a dit : ‘Je suis venu à Joal pour deux raisons : mon grand-père et mon grand frère ont tous deux fait l’école à Joal. Je suis venu d’abord pour le pèlerinage auprès de mes ancêtres, mais aussi pour Senghor. Quand on parle de Joal, c’est d’abord et avant tout Senghor. Il m’a dit qu’il ne s’attendait pas du tout à voir cette maison comme ça. Il m’a dit que si j’avais les moyens, j’irais moi-même rénover cette maison pour l’honneur de Senghor.’ »
Des visites de personnalités à « Mbind Diogoye », Etienne Guirane Dieng retient celle de l’ancien Premier ministre Amadou Ba. C’était lors d’une visite économique, rappelle M. Dieng qui lui aurait dit : « Monsieur le Premier ministre, il faut savoir que ça, c’est la honte du pays. Je ne suis pas fier d’ouvrir la maison le matin pour les visiteurs étrangers. Quand je le fais, j’ai un pincement au cœur », souligne M. Dieng, précisant que M. Ba était extrêmement déçu de voir cette maison où Senghor a grandi dans cet état.
L’autre visite de personnalité qui a marqué M. Dieng est incontestablement celle de l’ancien président de la République française Valéry Giscard-d’Estaing. « Il m’a trouvé ici. Je lui ai parlé de la maison. Lui aussi n’était pas content de l’état dans laquelle se trouve la maison. »