La mission technique du Premier ministre du Sénégal, Ahmadou Alhaminou Lô, en Côte d’Ivoire manifeste la volonté commune des deux États de doter leur collaboration d’un nouvel élan et de la rendre plus dynamique.
Au-delà de la solidité des liens historiques qui unissent Dakar à Abidjan, les deux capitales veulent intensifier le suivi des engagements pris et privilégier une coopération dont les effets se ressentent concrètement dans le quotidien des populations.
Un axe historique à consolider
Les destinées du Sénégal et de la Côte d’Ivoire se trouvent à l’aube d’une étape nouvelle dans leur relation bilatérale. La visite de travail du Premier ministre Ahmadou Alhaminou Lô s’inscrit dans une volonté partagée de fortifier l’axe Dakar-Abidjan, édifié sur une histoire commune, des liens humains profonds et une longue tradition de coopération.
Fruit de l’œuvre des pères fondateurs des deux États, cette relation a perduré au fil des années grâce à des échanges entre familles, étudiants, entrepreneurs et acteurs culturels. Dans les deux pays, l’autre est fréquemment perçu comme une seconde patrie, tant les communautés sénégalaise en Côte d’Ivoire et ivoirienne au Sénégal se trouvent intégrées aux dynamiques sociales et économiques.
La rencontre entre les deux premiers ministres a été marquée par un geste de solidarité. Le premier ministre ivoirien a souhaité la bienvenue à son homologue sénégalais et lui a adressé ses condoléances après les inondations qui ont frappé le Sénégal. Cette attentiveness rappelle la dimension humaine qui sous-tend le partenariat, au-delà des accords et des mécanismes institutionnels.
Les échanges ont également permis de réaffirmer l’importance du dialogue politique et des échanges réguliers entre les autorités des deux États, des rencontres ministérielles et des initiatives au sein des parlements francophones. Les messages de salutation des présidents Bassirou Diomaye Faye et Alassane Ouattara s’inscrivent dans cette continuité diplomatique.
Pour Dakar comme pour Abidjan, l’enjeu consiste désormais à préserver cet acquis tout en adaptant le partenariat aux défis économiques, sociaux et sécuritaires actuels.
Une cinquantaine d’accords à rendre plus opérationnels
Les deux pays disposent d’un patrimoine conventionnel conséquent, constitué d’une cinquantaine d’accords et de mécanismes de coopération. Toutefois, l’existence de ces instruments ne suffit pas en soi à garantir des avancées concrètes.
Certaines conventions, devenues anciennes, pourraient nécessiter une actualisation afin de mieux refléter les priorités d’aujourd’hui. Les gouvernements souhaitent donc accroître l’opérationnalité des engagements et améliorer le suivi des dossiers bilatéraux.
La démarche envisagée repose sur une meilleure organisation du travail entre les administrations. Les propositions formulées dans les différents secteurs devraient être recensées, hiérarchisées et traduites en un plan d’action précisant les priorités, les responsabilités institutionnelles, les échéances et les résultats escomptés.

La création d’un dispositif conjoint de suivi, complémentaire aux mécanismes de la Commission mixte, figure parmi les pistes évoquées. L’objectif serait d’entretenir la dynamique de coopération entre deux sessions de l’instance, sans attendre une nouvelle réunion pour faire progresser les dossiers.
Cette approche viserait à mieux identifier les blocages, à responsabiliser les structures compétentes et à évaluer les progrès accomplis. Le défi consiste à passer d’un cadre essentiellement Institutionnel à un partenariat davantage tourné vers l’action.
Mesurer la coopération à ses effets sur les populations
Au-delà du fonctionnement des institutions, Dakar et Abidjan veulent ancrer leur coopération dans une logique de résultats tangibles. Les engagements bilatéraux doivent produire des effets visibles dans la vie quotidienne des citoyens, que ce soit en matière d’emploi, d’investissement, de formation ou d’accès aux services publics.
Cette orientation réclame une coordination plus étroite entre les ministères, les administrations techniques et les acteurs économiques. Elle nécessite aussi un suivi régulier des projets afin de distinguer les annonces des initiatives effectivement mises en œuvre.

La dynamique s’articule autour de l’objectif d’accroître les échanges commerciaux, les investissements mutuels et les partenariats sectoriels, afin que la coopération ne soit plus jugée uniquement au nombre d’accords signés, mais aussi à la capacité de générer des projets, de créer de la valeur et de rapprocher les économies des deux pays.
Dans cette perspective, la visite du Premier ministre sénégalais représente une étape clé dans la relance du partenariat bilatéral. L’invitation adressée à son homologue ivoirien pour une visite officielle à Dakar au début de l’année 2027 pourrait offrir une nouvelle occasion d’évaluer les progrès réalisés et de préciser les priorités à venir.
La relation entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire bénéficie d’atouts historiques et humains solides. Le véritable défi consiste dorénavant à les transformer en résultats mesurables, par le biais d’une coopération mieux planifiée, suivie et évaluée.