La mission technique du Premier ministre Ahmadou Alhaminou Lô en Côte d’Ivoire a mis en relief plusieurs volets de coopération qui dépassent les dimensions purement diplomatiques et les échanges économiques.
Numérique, sécurité, industries culturelles et créatives, sport et intégration régionale constituent des volets prometteurs que Dakar et Abidjan souhaitent adapter aux défis du moment pour affiner leur partenariat.
Le numérique au service de la modernisation de l’État
La transformation numérique s’impose comme l’un des chantiers susceptibles de resserrer les liens entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Le Sénégal vise à accélérer la modernisation de son administration et de son économie via une stratégie numérique et une meilleure gouvernance des systèmes d’information.
Cette orientation vise notamment à améliorer la gestion publique, à optimiser l’utilisation des ressources et à renforcer la sécurité des données. La protection des informations sensibles, en particulier celles liées au secret de la défense, demeure un enjeu crucial dans cette démarche.
Dans ce cadre, l’échange d’expériences entre les deux États pourrait permettre d’identifier des solutions adaptées à leurs besoins respectifs. Des échanges techniques permettraient d’examiner les pratiques en matière de gouvernance numérique, de sécurisation des systèmes d’information et de modernisation des services publics.
La coopération pourrait aussi porter sur les réponses à apporter face aux nouveaux défis technologiques et aux risques liés à la sécurité numérique. Pour les deux gouvernements, le numérique représente non seulement un levier de modernisation de l’État mais aussi un domaine où la mutualisation des compétences peut renforcer les capacités nationales.
Sécurité : mieux anticiper les menaces
Les enjeux sécuritaires constituent un autre axe de rapprochement entre Dakar et Abidjan. Confrontés à des menaces transfrontalières et à des crises qui touchent l’environnement régional, les deux pays veulent renforcer leur capacité d’anticipation et approfondir les mécanismes de coopération.
Les possibilités de collaboration en matière de renseignement et de technologies ont été évoquées. Une coopération administrative figure également parmi les pistes à explorer, notamment pour améliorer l’articulation entre les administrations centrales et territoriales.
La police de proximité et les échanges d’expériences dans le domaine électoral figurent au nombre des sujets identifiés. Ces travaux soulignent l’importance d’une approche coordonnée, associant les institutions compétentes et s’appuyant sur des mécanismes adaptés aux réalités propres à chaque pays.
Le renforcement de cette coopération nécessite toutefois de clarifier les domaines d’intervention, les attributions des structures concernées et les instruments institutionnels requis. Le but est de disposer d’un cadre opérationnel plus effectif pour les échanges et de mieux prévenir les risques.
Culture et médias : valoriser les talents et les contenus africains
Les liens entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire reposent aussi sur les échanges culturels et artistiques. Les deux pays souhaitent mieux mettre en valeur leurs talents et faire des industries culturelles et créatives un levier de rapprochement entre les populations et de création de richesse.
La mise à jour des accords de coopération culturelle figure parmi les pistes évoquées. Il s’agit notamment de prendre en compte l’évolution des usages numériques et de renforcer la protection des droits d’auteur, tout en examinant les mécanismes de rémunération des créateurs.
Les discussions ont également porté sur la fiscalité applicable aux supports et sur les conditions de valorisation des contenus culturels. Ces problématiques prennent de l’importance dans un contexte où les œuvres circulent sur de nouvelles plateformes et où la rémunération des créateurs demeure un enjeu pour les industries culturelles africaines.
Les difficultés de moyens rencontrées par les agences de presse ont aussi été évoquées, ainsi que les possibilités de coopération technique. Une collaboration renforcée pourrait aider à améliorer les capacités de production et de diffusion de l’information, tout en consolidant les liens entre les professionnels des deux pays.
Les JOJ Dakar 2026, une opportunité pour la jeunesse
Le sport est aussi perçu comme un secteur à fort potentiel économique et social. Les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026 constituent une occasion de mettre en avant les capacités organisationnelles du continent et de promouvoir les métiers liés au sport et aux loisirs.
La question des 6 000 volontaires mobilisés pour les JOJ a été soulevée lors des échanges. Au-delà de leur participation à l’événement, leur insertion professionnelle après les Jeux représente un enjeu majeur. La réflexion porte donc sur les moyens de valoriser les compétences acquises et d’accompagner leur transition vers le monde du travail.
Le partage d’expériences entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire pourrait aider à développer les formations, l’entrepreneuriat sportif et les activités liées à l’organisation de grands événements. L’économie du sport peut ouvrir des perspectives dans des domaines variés, de la gestion des infrastructures à l’événementiel, en passant par les services et les industries du loisir.
Pour les deux pays, l’objectif est de dépasser la seule dimension sportive afin de faire de ce secteur un levier d’emploi, de formation et de rayonnement international.
Une coopération inscrite dans l’intégration régionale
La coopération entre Dakar et Abidjan s’inscrit aussi dans une ambition plus large de consolidation de l’intégration ouest-africaine. Les deux États souhaitent renforcer leur rôle au sein de l’UEMOA et de la CEDEAO.
Le dialogue politique et la coordination diplomatique apparaissent essentiels face aux crises économiques, aux défis sécuritaires et aux mutations de l’environnement multilatéral. Les échanges ont aussi porté sur les enjeux de l’intégration économique et monétaire au sein de la CEDEAO.
Dans cette optique, le Sénégal et la Côte d’Ivoire veulent conjuguer leurs efforts pour proposer des réponses concertées aux difficultés communes et contribuer à la stabilité régionale. Leur poids économique et leur expérience de coopération constituent des leviers pour soutenir des initiatives à l’échelle communautaire.
La concrétisation de cette ambition dépendra toutefois de la capacité des deux gouvernements à coordonner leurs positions, à identifier des priorités communes et à traduire leurs orientations en actions concrètes et suivies.
Faire émerger de nouveaux projets communs
La diversification des domaines de coopération témoigne de la volonté de Dakar et d’Abidjan d’étendre leur partenariat aux enjeux qui façonnent l’avenir de la région. Le numérique, la sécurité, la culture, les médias et le sport offrent des possibilités de collaboration, sous réserve que les pistes évoquées se transforment en projets clairement identifiés.
Le mécanisme conjoint de suivi envisagé par les deux gouvernements pourrait structurer ces efforts, en définissant les attributions institutionnelles, les échéances et les résultats attendus. Il s’agira de mieux coordonner les administrations et de préserver la dynamique entre les rencontres bilatérales.
Par le biais de cette visite du Premier ministre Ahmadou Alhaminou Lô, le Sénégal et la Côte d’Ivoire affichent leur volonté d’apporter une nouvelle dimension à leur relation. L’objectif est de maintenir une proximité historique tout en l’adaptant aux exigences de la jeunesse, de l’innovation, de la sécurité et de l’intégration régionale.
Le succès de ce partenariat se mesurera à sa capacité à générer des avancées concrètes, à offrir de nouvelles perspectives aux populations et à contribuer à la paix et à la prospérité en Afrique de l’Ouest.