Dans cette interview, le directeur général d’Invictus Capital & Finance, Isaac Mbaye, s’intéresse au deuxième emprunt obligataire prévu pour l’année 2026 et affirme que cette opération reflète la confiance renouvelée des investisseurs dans l’engagement de l’État du Sénégal.
Comment s’est déroulé le deuxième appel public à l’épargne de l’État du Sénégal en 2026, dont Invictus Capital & Finance a été l’arrangeur-chef de file ?
Cet exercice constitue, à bien des égards, un véritable succès. Partant d’un objectif initial fixé à 200 milliards de FCfa, les souscriptions se sont élevées à 338,2 milliards de FCfa, soit un taux de couverture de 169,1 %. Cette mobilisation ne se réduit pas à une simple performance chiffrée : elle traduit la confiance renouvelée des investisseurs dans la signature de l’État du Sénégal et dans la pertinence du dispositif mis en place pour accéder à l’épargne régionale. Dans un contexte où les appréciations internationales peuvent parfois se montrer trop prudentes, le marché a réagi en se fondant sur des éléments concrets : la crédibilité de l’émetteur, la capacité historique à honorer les engagements et la qualité de l’opération proposée. Le résultat démontre ainsi que le Sénégal demeure capable de mobiliser des ressources significatives sur le marché financier régional.
Quels éléments ont contribué à ces performances ?
Cette performance repose sur une combinaison de facteurs déterminants. Le premier réside dans la solidité de la signature souveraine du Sénégal, qui bénéficie d’une relation de confiance durable avec les investisseurs de l’Union. Le second tient dans la qualité de la structuration assurée par Invictus Capital & Finance. L’opération n’a pas été pensée comme une offre uniforme, mais comme une réponse précisément ajustée aux attentes du marché. Sa division en quatre tranches, assorties de maturités et de profils de rendement différenciés, a permis de satisfaire les objectifs d’allocation, de liquidité et de duration propres à chaque catégorie d’investisseurs, qu’il s’agisse des banques, des compagnies d’assurance, des caisses de retraite, des sociétés de gestion ou des particuliers. Cette approche par tranches a constitué un levier majeur pour élargir la base de souscripteurs et optimiser la collecte. Par ailleurs, la qualité de la préparation, la transparence des informations mises à disposition du marché et l’activation efficace du réseau de placement ont permis de convertir l’intérêt des investisseurs en engagements fermes. Le succès de l’opération valide ainsi pleinement la stratégie de structuration adoptée.
Comment évaluez-vous aujourd’hui la solidité de la signature du Sénégal ?
Notre appréciation de la signature du Sénégal demeure fondamentalement positive. Le risque souverain ne peut pas être jugé uniquement sur le niveau nominal de la dette ou sur des perceptions conjoncturelles; il doit être évalué par rapport à la capacité réelle de l’État à mobiliser des ressources, à refinancer ses échéances et à assurer la continuité du service de la dette. À cet égard, le Sénégal dispose d’atouts structurels : une économie résiliente, un potentiel de croissance notable, une administration financière expérimentée, un accès régulier au marché et le soutien d’un cadre monétaire et financier régional solide. Surtout, l’absence de défaut sur le marché régional malgré l’importance du stock de dettes constitue un indicateur objectif et probant, attestant du respect constant des engagements envers les investisseurs. Bien entendu, il convient de poursuivre les efforts de consolidation budgétaire et d’améliorer la mobilisation des recettes, mais l’analyse doit rester équilibrée, rigoureuse et fondée sur les fondamentaux et l’historique réel des paiements. Dans cette optique, la signature du Sénégal conserve toute sa crédibilité.
Quelles perspectives pour le Sénégal sur le marché financier régional à court et moyen terme ?
Nous abordons les perspectives du Sénégal sur le marché financier régional avec une confiance mesurée, tout en maintenant une gestion de la dette rigoureuse et prévisible. Les chiffres de cette opération constituent déjà un indicateur de marché particulièrement éclairant : 338,2 milliards de FCfa mobilisés pour un objectif de 200 milliards, soit une sursouscription de 138,2 milliards et un taux de couverture de 169,1 %. La demande s’est concentrée sur une courbe de maturité allant de 3 à 10 ans, avec des rendements situés entre 6,40 % et 6,95 %. La capacité à placer une tranche de 10 ans montre que les investisseurs ne se limitent pas au financement à court terme : ils sont prêts à accompagner l’État sur le long terme lorsque la structuration, la rémunération et la visibilité offertes sont cohérentes. Cette confiance s’inscrit dans un marché régional dont la profondeur est objectivement mesurable. Au 15 octobre 2026, la BRVM affichait une capitalisation d’environ 21 000 milliards de FCfa pour le compartiment actions et plus de 13 500 milliards de FCfa pour le compartiment obligataire, soit un total avoisinant les 34 500 milliards de FCfa.