Au Sénégal, à cette période, les températures s’imposent comme relativement élevées. Pour contrer cette chaleur qui peut grimper jusqu’à quarante degrés dans certaines villes, la climatisation s’impose comme un réflexe. Elle s’installe dans les habitations, les bureaux et également dans les voitures. À Dakar, les ateliers dédiés au froid automobile ont pris place un peu partout et leur activité semble aller comme sur des roulettes.
Dans une capitale qui occupe environ 0,3 % du territoire national et qui abrite près de 4 millions d’habitants, les épisodes de chaleur se font ressentir de manière marquée par la population. À cela s’ajoute le nombre élevé de véhicules en circulation, ce qui multiplie les chances d’embouteillages. Pour préserver son corps sous la fraîcheur, certains automobilistes choisissent d’équiper leur voiture d’un système de climatisation. Ainsi, les services de froid automobile voient leur demande augmenter.
Dans le quartier de la Médina, une rue s’ouvre, perpendiculairement à l’avenue Malick Sy et à la rue 1. Le décor, rajeuni par des flocons de neige dessinés sur des enseignes, suggère l’activité principale ici : le froid automobile. Il est 13 heures. Les condensats de vapeur d’eau dans le ciel restent blanchis et dispersés. En entrant par Malick Sy, sur le trottoir gauche, Souleye est assis avec d’autres jeunes sur un banc en bois. Il dirige un atelier. Souleye et son équipe prennent en charge l’installation et la maintenance de la climatisation automobile. « C’est en pleine canicule que nous travaillons le plus. Et cela s’explique : les automobilistes veulent combattre cette chaleur accablante », explique Souleye. Le jeune d’environ une trentaine d’années porte son sac à dos posé sur ses cuisses et vêtu d’un jean beige. Il ne semble pas avoir beaucoup de clients aujourd’hui. « Pour l’instant, nous n’avons pas de clients », précise-t-il, ajoutant que la pluie d’hier a ralenti le flux de circulation. Pour lui, la pluie agit sur deux plans : elle réduit leur activité, mais pousse aussi beaucoup de conducteurs à doter leur véhicule d’un climatiseur. « À l’approche de l’hivernage et même pendant celui-ci, beaucoup d’automobilistes se précipitent vers nous. Quand il pleut, ils doivent remonter les vitres, mais ce n’est pas idéal avec cette chaleur. Autant donc avoir la clim et l’activer », développe-t-il.
Le travail exige des connaissances en mécanique, poursuit Souleye. Il souligne aussi que « beaucoup de voitures neuves disposent d’un circuit réservé à la climatisation, mais pour certaines, il faut réaliser des aménagements mécaniques et le coût des pièces varie selon les modèles ». À côté, certains automobilistes restent réticents à l’idée d’installer la climatisation, craignant une augmentation de la consommation de carburant. « Mais l’accroissement de la consommation n’est pas aussi important que ce qu’on raconte », assure-t-il. Il conclut par une comparaison : « Si vous dépensez 900 francs sans clim, avec la clim activée, vous pourriez atteindre autour de 950. »
Juste en face du magasin de Souleye se trouve celui de Mbengue. En franchissant la rue, la tribune du complexe Iba Mar Diop se dresse et offre une vue sur une pelouse encore bien verte. Une Peugeot bleue est garée sur le trottoir en face de chez Mbengue. Après être entré, des rayonnages alignés présentent des pièces quasi identiques, donnant l’impression qu’on a presque dupliqué l’un d’entre eux pour meubler cet espace sombre, même avec la porte ouverte. Mbengue est assis et gesticule sur sa chaise. « C’est presque un jour de repos pour nous. On n’a rien à faire », dit-il, comme sorti d’une sieste. Il partage la même vision que Souleye: « La période de chaleur, c’est notre période. Quand le froid arrive, on ne voit que très peu de clients. Peut-être les plus riches qui viennent réparer leur clim. » En cette période où il fait relativement chaud, de nombreux facteurs poussent les automobilistes à solliciter les services de froid auto, soutient-il. « Déjà, il y a la chaleur. Comme chez soi, quand il fait chaud, on allume les ventilateurs ou climatiseurs. La pluie aussi pousse certains à vouloir une climatisation. Mais surtout et surtout à Dakar, la pollution. Imaginez, vous êtes dans les bouchons, les fumées des autres voitures entrent dans la vôtre, votre réflexe sera de remonter les vitres. » Selon lui, tout cela contribue, par un effet « direct », à faire marcher leur activité en période de chaleur.
Sur la consommation, il apporte une nuance. « La climatisation peut augmenter la consommation, oui, mais si vous ne l’activez pas et que vous baissez vos vitres, là aussi, vous augmentez sans le savoir la consommation en carburant de votre voiture. » Par des gestes du bras, il essaie de reproduire le flux de l’air ou encore l’aérodynamisme. « Si les vitres sont baissées, l’air qui devait glisser sur la carrosserie de la voiture va s’infiltrer dans l’habitacle et cela ralentit la voiture. Ainsi, le moteur fait plus d’efforts pour faire avancer le véhicule, ce qui entraîne des mouvements accélérés des pistons. La consommation augmente alors sans que vous ne vous en rendiez compte », finit-il d’expliquer, reposant enfin ses bras.