Sous l’apparente flexibilité du télétravail se profile un autre danger : le risque de ne jamais vraiment déconnecter. L’isolement, le sur-engagement et la fatigue peuvent au fil du temps fragiliser les travailleurs.
Le travail à domicile peut effectivement dégager du temps et alléger le stress provoqué par les trajets, mais il peut aussi enfermer le salarié dans une liaison constante avec son activité. Pour Ahmed Sakhir Ndiaye, psychologue du travail et enseignant à l’École normale supérieure d’enseignement technique et professionnel (Ensetp/Ucad), un télétravail mal cadré peut ainsi favoriser des risques psychosociaux (Rps) en milieu professionnel.
« Si le télétravail offre une plus grande autonomie et réduit le stress lié aux transports à Dakar, il peut aussi créer l’isolement social et organisationnel avec la perte des interactions formelles », Ahmed Sakhir Ndiaye
Cette détérioration se manifeste par plusieurs signaux d’alerte. Chez les managers, le spécialiste, expert en thérapie cognitive et comportementale, observe un « retrait progressif lors des réunions virtuelles », des signes de « sur-engagement », avec des messages envoyés hors des heures habituelles, ainsi que des « difficultés à prioriser ou à prendre des décisions simples ».
Du côté des collaborateurs, la souffrance s’exprime par des « symptômes physiques et cognitifs comme des troubles du sommeil, des maux de tête récurrents ou une fatigue persistante à l’éveil », accompagnés d’une nette « difficulté à fermer le bureau » et à se déconnecter de l’ordinateur.
Pour prévenir le surmenage chez les salariés, Ahmed Sakhir Ndiaye recommande d’agir sur deux leviers. Sur le plan organisationnel, il appelle les entreprises à « promouvoir un modèle de travail hybride et équilibré », en alternant travail à distance et présence sur site. Il propose également d’élaborer une « charte de déconnexion claire ». À l’échelle individuelle, le spécialiste conseille notamment d’aménager un espace dédié au travail, de planifier des pauses sans écran et d’instaurer une « routine de transition » en fin de journée afin d’opérer une rupture nette avec le monde professionnel.
Le thème de la Journée mondiale de la santé mentale 2026, célébrée le 10 octobre, est : « À l’écoute de l’expérience vécue : des voix authentiques pour un réel changement ».