Un pantalon, une robe ou un bustier mis en valeur avec soin permet à une boutique de vêtements d’optimiser ses ventes. Si l’accès à des égéries demeure hors de portée pour la plupart des marchands du Boulevard Mamadou Dia (Allées du Centenaire) à Dakar, ces derniers se tournent alors vers les mannequins de vitrine. Bien plus que de simples décorations, ces supports s’imposent comme de véritables leviers commerciaux.
Sur le boulevard Mamadou Dia de Dakar, les mannequins de vitrine prennent possession de la devanture de nombre de magasins de vêtements. Il est presque impossible d’y échapper : des silhouettes allant du bas de corps au buste, en passant par des modèles trois-quarts ou des répliques grandeur nature, alignent leurs formes sur plusieurs mètres le long des Allées du Centenaire.
Élevés sur des socles ou suspendus au plafond des boutiques, ils captent l’attention tout en envahissant l’espace. En effet, pour les piétons cherchant à se réfugier à l’ombre face au soleil mordant d’une fin de septembre, ces mannequins constituent une gêne; pour seguir à l’ombre des nombreux arbres qui jalonnent la rue, il faut sans cesse les contourner.
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Du côté des vendeurs, le constat diverge. Mamadou Diouf voit ces figures de plastique comme de précieux alliés. Tout en négociant sans relâche, un exercice incontournable dans son métier, il vante ses articles d’une voix singulière. Son interlocuteur, un revendeur, finit par accepter son offre : 40.000 FCfa pour une douzaine de robes.
« Si les gens apprécient ces robes au point d’en faire l’achat, c’est parce qu’elles sont bien exposées. Et cela découle de l’usage des mannequins », affirme-t-il en glissant des billets de 10.000 FCfa dans son sac banane.
Dans la boutique voisine, Mamy Sarr partage ce point de vue. Accoudée à un épais paquet de vêtements, elle met fin à un appel téléphonique qui semble concerner une commande.
Le fil coupé, elle explique simplement : « Les mannequins aident les clients à se projeter. Ils voient le rendu du vêtement porté avant de l’acheter, ce qui oriente leur choix ».
Dans son magasin, de grands miroirs fixés aux murs apportent de la profondeur. Entre les reflets des éclairages blancs, les mannequins roses suspendus au plafond et les trois vendeurs de la boutique, une cliente entre et s’arrête devant une figurine afin d’admirer la robe bleue qu’elle porte.
Pour cette cliente nommée Khadija, voir la pièce portée est déterminant : « D’ailleurs, cela évite aux vendeurs de voir les clients tester tous les vêtements avant d’acheter », commente-t-elle après avoir réglé sa facture.
Mamy Sarr acquiesce d’un signe de tête entre deux négociations : « Cela permet de garder les habits propres. C’est bien plus hygiénique », précise-t-elle, son foulard noir et blanc posé sur l’épaule. Tout au long de ces échanges, les mannequins demeurent immobiles malgré la fraîcheur qui souffle sur les Allées du Centenaire. Dans la boutique de Moustapha Diouf, ils semblent simplement contempler le vacarme de la circulation.
Un atout majeur
Leur regard paraît figé dans le matériau : ces mannequins, le plus souvent façonnés comme des silhouettes féminines, ont été acquis pour des montants compris entre 45.000 et 50.000 FCfa l’unité pour les modèles complets. Des tarifs élevés, mais qui, selon Moustapha, valent largement l’investissement. « Les mannequins aident à attirer davantage de clients. Ils permettent aussi de gagner du temps, car l’acheteur n’a plus besoin d’évaluer chaque vêtement pour se projeter », explique le vendeur, les yeux fixés devant lui.
« De plus, ils se montrent particulièrement résistants », poursuit-il après avoir bu une gorgée d’eau. Quant aux mannequins en forme de buste ou qui s’arrêtent aux cuisses, ils se négocient entre 1.000 et 1.500 FCfa, indique Malick, commerçant dans une boutique située à quelques mètres de celle de Moustapha Diouf.
Derrière son comptoir en verre qui laisse entrevoir tout son stock de tissus, Malick, coiffé d’un dégradé, consulte son téléphone pendant que ses deux collègues s’occupent des clients. Ici, on compte plus d’une centaine de mannequins roses plaqués contre les murs, achetés à des prix variables.
« Les modèles sans tête coûtent 35.000 FCfa l’unité. Pour ceux qui en possèdent une, il faut compter près de 50.000 FCfa », précise Malick en pointant chaque modèle du doigt. Vêtu d’un t-shirt gris, il considère ces dépenses comme un investissement particulièrement rentable. « Nous présentons nos produits de la meilleure manière possible, ce qui attire fortement la clientèle », confie-t-il en caressant sa barbe.